Auteur : jcbarens

  • Mondovino, mondovalo

    C’est dans une cour d’école que j’ai pris le rugby en plein plexus.

    La besace bourrée de gnons, de malice et de feintes d’Arlequin, j’apprivoisais vite le ballon à deux bouts. Cette balle idiote, capricieuse, usée à la couture tant elle avait été bottée, passée, talonnée, portée.

    Au printemps, le pré se tapissait d’herbe grasse. Il laissait sur le short blanc cette indélébile trace de chlorophylle, source de mémorables avoinées maternelles. Le vocabulaire se faisait parfois forestier, entre les marrons donnés et les châtaignes reçues. Les deux H en bois de peuplier s’élançaient fièrement et crissaient au vent d’autan. Je sentais très tôt qu’ils pouvaient signifier Humanisme et Humilité.

    Je n’aimais pas ces cages de football qui laissent le ballon prisonnier au fond des filets, avec cette ouverture béante soumise à un gardiennage permanent. Les bipèdes ne fréquentaient pas les manchots. C’était dans les années 70. Beaumont-de-Lomagne, Quillan-Espéraza, La Voulte ou Montchanin pouvaient rêver de décrocher le Brennus. Mais c’est Béziers qui enfilait les titres. Sauclières était devenue une place imprenable.

    Roger Couderc, le front plissé sous sa casquette en feutre, vociférait dans le poste de télévision. Pierre Albaladéjo, Monsieur Drop, le rejoignait vite pour former ainsi un exceptionnel duo de comment’acteurs. Plus tard, devenu rugbyman assidu dans un club de série inférieure, mon compère au centre de l’attaque répondait au poétique patronyme d’Aragon. Prêtre-ouvrier de son état, il montait parfois d’incandescentes chandelles, sous lesquelles dans un élan de générosité liturgique, il clamait : il vaut toujours mieux donner que recevoir ! Le Ché poussait en seconde ligne. Colosse barbu, il avait connu toutes les joutes du championnat de France. Inlassable conteur, il parlait des attelages les plus effrayants : Fite-Rossignol à Brive, Goze-Imbernon à Perpignan, Estève-Palmié à Béziers. Le vestiaire sentait le camphre et le recueillement. Le match terminé, les chants profonds montaient des douches fumantes. « Le rugby est un sport de grandes marées. De gros temps, de gadoue et de vent. Un sport de parcours picaresques, de figures hautes en couleur. » Le maçon serre la taille du dentiste et l’amitié se paie rugby sur l’ongle. « C’est du mouvement qui se délie, des tas et des jaillissements, des cocottes qui avancent, des gros qui désossent et des petits qui s’infiltrent. »

    C’est dans une auberge gasconne qu’un Clos Lapeyre, aux parfums d’amandes et d’anis, a habillé mon palais d’aurores boréales. Il était rond en bouche. Un de ces Jurançon qu’Henri de Navarre reçut en onction sur ses lèvres de nourrisson babillard. Le vin a fermenté dans le cœur des hommes. Il est issu de l’invraisemblable alchimie du temps, de la terre, du climat et de l’amour qu’on lui donne. Il s’enrichit de sueur, de patience et de générosité.

    Découvrir un vin est un moment rare. Aussi rare que cet instant où le rugby me tomba dessus. Vin et rugby partagent des racines communes, des styles et des arômes marqués par les terroirs. Ils se pratiquent en équipe, avec des règles qui peuvent surprendre les néophytes.

    Connaissance et maîtrise technique, solidité physique, esprit de corps et de temps en temps le coup de génie, qui vient là, pour faire la différence. Liés au plaisir, à l’amitié, ils sont terriblement convoités par les faiseurs de parts de marché. Un marché à part qui enserre ses victimes dans la globalisation des styles et des goûts.

    En 2003, Jonathan Nossiter promenait sa caméra des Pyrénées aux Palazzi florentins, pour nous montrer cette quête qui unit riches et pauvres, natifs et immigrants : la transformation magique du raisin en vin. « Mondovino », tourné dans différents pays, met en scène les tout-puissants (la multinationale Mondavi en Californie) et les artisans-producteurs qui défendent quelques arpents de terres ancestrales. Michel Rolland, le Jules César des œnologues, a compris la nécessité de produire un vin conforme aux goûts de l’immense majorité. Un vin complaisant, sans âme. Certains résistent, refusent le formatage. Mais le publicitaire est fort mateur. L’image est partout, vorace et impitoyable. Elle nourrit les outils de l’uniformisation.

    Hégémonie du goût imposée par le couple Michel Rolland (œnologue consultant planétaire) et Robert Parker (critique américain).

    Standardisation du jeu prônée par le duo Syd Millar (patron de l’International Rugby Board) et Rupert Murdoch (milliardaire australien, magnat des médias). Monopole de 3 ou 4, équipes aux premières places du championnat, enjeu primant sur le jeu, vertigineuse importance du résultat, Pom-Pom kermesses bodybuildées aux niaiseries des années 80, façon TF1-NRJ.Argent roi et télé reine décervellent tout sur leur passage. Le professionnel du rugby sera comme le vin, un produit de laboratoire répondant aux normes des métropoles high-tech. Les perles du pacifique, et leur jeu qui fait mousser de plaisir, ne seront plus qu’un lointain souvenir. Parfois un gros viendra à chuter… de quoi alimenter le roman de la pipolisation.

    Vous les rigoureux, les performants, les athlètes musculeux, les dirigeants entrepreneurs, disputez entre vous le grand Challenge de la satiété générale. Mais rendez le Brennus aux villageois, car au fond, pour vous, le terroir qu’est-ce ?

    Jean-Claude BARENS

    CONTEXTE -Article écrit en 2007 pour Rue 89, repris en 2016 par l’Obs, et par Philippe Meyer, pour sa chronique sur France Culture.

  • Rectangle vert et cercle noir

    Assis sur le rebord de ta palombière céleste, tu as du avoir l’œil humide en observant ce qui se passe ici-bas. La famille du rugby dacquois, et bien au-delà, était venue quelques jours auparavant t’accompagner. Regroupée, faisant corps. C’était beau et émouvant.

    Aujourd’hui au-dessous de toi, sur le rectangle vert, des joueurs se sont dépouillés, ont fait honneur à ce maillot que tu as porté, à ce club que tu as tellement aimé et soutenu. Ils se sont resserrés. Se sont battus de toutes leurs forces, sans être pour autant récompensés. Mais l’âme est là, elle perdure depuis bien des mois. Ce groupe n’est pas tombé du ciel, il est né d’une histoire commune, de vécus collectifs, d’un cheminement humain qui s’est construit dès la division inférieure. Même s’il n’a jamais connu de périodes aussi difficiles, c’est là qu’on va mesurer toute sa force et son sens de l’engagement.

    Aujourd’hui, au-dessous de toi, dans le cercle de ceux qui seraient sensés indiquer une voie, rassurer, créer un cadre pour exercer un métier sereinement, on s’est pitoyablement déchirés. Je ne pensais pas que le mot escobarder, que j’avais précédemment sorti un peu de sa désuétude, aurait connu des illustrations aussi répétées. Mais là, je suis dans l’obligation d’aller plus loin et d’emprunter chez Rutebeuf, le mot « faumoner ». C’est plus direct, et ça nous rapproche davantage de la tromperie. Escobarderies et faumonements, la langue française est décidément savoureuse… Le cercle se dépulpe, toute la substance dacquoise, la pulpe historique, est extraite. Ayant fait du vide autour d’eux, les Stratton brothers, occupent le centre. Après avoir voué aux gémonies Jeff et son staff (une vieille obsession datant du début de l’ère, d’ailleurs largement soutenue par d’autres), renvoyé sans ménagement dans leurs foyers les partenaires historiques, gommé des tablettes les bénévoles investis depuis longtemps, la trace dacquoise se fait mince Un trait qui perd de l’épaisseur. Un terroir qui serait amputé de ses saveurs, de sa culture. Mais pour eux, le terroir qu’est-ce ? Devons-nous nous attendre à une perfusion biarrote, qui pourrait rebooster un groupe sans gain ? Quel chemin emprunteront-ils pour apporter une confiance qui a volé en éclats au fil des mois ? Qui peut affirmer aujourd’hui que leur gestion est exemplaire ? Et quand un journaliste l’exprime, en s’appuyant sur des déclarations internes, il est malmené !

    Ceux qui diront qu’il ne faut pas mêler les joueurs à tout cela, ont peu conscience des réalités. Le rectangle vert est dans le cercle noir. Les joueurs sont des citoyens, des salariés qui ont les mêmes droits que tout un chacun. Ils lisent la presse, consultent les réseaux sociaux, réfléchissent, ont des avis. L’exemple récent de Grenoble, devrait nous ouvrir les yeux. L’histoire des sportifs qui doivent rester dans leur bulle, c’est un conte pour enfants.

    L’ensemble du rugby dacquois mérite d’être fortement soutenu, des professionnels aux plus jeunes, des garçons aux filles. C’est là qu’il y a de la vie, des racines et de l’espoir. Pour le reste, nous allons croiser les doigts, pour ne pas être emportés dans une folle, et suicidaire dérive.

    Jean-Claude Barens

  • Jean-Louis, la classe jusqu’au bout

    Dans ce grand voyage qui t’emporte avec ton dernier vol d’oiseaux bleus, tu resteras toujours cet humaniste se débattant dans un monde complexe, cet homme bienveillant au regard perçant, éclaboussant de classe et d’humilité. Il était difficile de ne pas se rallier à ton panache blanc, tant ton énergie était communicative. En quelques mots simples, tu remettais vite un échange sur des rails où l’humain était toujours au cœur de tes préoccupations.

    Il y a quelques années, j’apportais dans ton bureau mes archives de l’USDAX et mon projet pour la création du Grand Maul. Adolescent, ma fièvre rouge et blanche, me précipitait sur tout ce qui pouvait concerner le club landais, alors que je vivais pourtant assez loin de là, en pays Lomagnol, aux confins du Gers et du Tarn-et-Garonne. J’avais soigneusement découpé des centaines d’articles, collecté des photos, tenu des cahiers où les mensurations des joueurs dacquois étaient consignées. Amassé des réponses à des courriers échangés avec le secrétariat du club … et même avec Pierre Albaladéjo. Parmi ces petits trésors, un cliché où tu formais la charnière du xv de France, avec Maxou Barrau, celui de chez moi, l’enfant de Beaumont-de-Lomagne. Quand je t’ai déployé pudiquement tous mes secrets, tu as été surpris et ému. Tu m’as vivement encouragé pour le projet du Grand Maul, autour du rugby et la littérature. Et là, quand tu es venu à la première édition, tu as rencontré un écrivain que j’avais invité : Léon Mazzella. Tu lui avouais avec émotion, que ta tonne de chasse à Bélus, était tapissée de quelques pages de certains de ses ouvrages. Celles où sont si bien décrites ses longues attentes dans des cabanes cachées au milieu des bois, les yeux rivés vers le ciel, guettant l’arrivée des palombes. Quand l’automne prend alors une couleur toute particulière et se pare de son plus beau manteau bleu. Des odes à une culture, une identité, et aux âme fortes, mais ouvertes aux rencontres et à l’autre. L’expression d’un art de vivre empreint à la fois de liberté et de discrétion, cultivé avec force. J’ai tout de suite vu que tu étais un séducteur d’oiseaux, un loquace qui devenait taiseux dans les moiteurs de la futaie.

    La dernière fois où nous nous sommes vus, c’était au cœur de la féria dacquoise, à la Pena Robin Desbois, autour de Jeff Dubois et de quelques amis. Qui mieux que Léon Mazzella, dans « le bruissement du monde », peut évoquer une manière de vivre à laquelle tu n’aurais pas renié de t’adonner: « Égrener les bonheurs simples du quotidien – le passage d’oiseaux migrateurs, une lecture galvanisante, la dégustation d’un vin, la délicatesse du givre sur l’herbe, le souvenir d’une journée chez un grand écrivain, une musique bouleversante, le regard d’un chevreuil, une tarte aux mirabelles, un match de rugby, une scène de cinéma inoubliable – figure un chapelet d’émotions, rassemblées de la tranche de la main, comme des miettes sur la nappe afin de les thésauriser au creux de l’autre main. »

    Tu nous quittes quelques jours après Jean Salut, et quelques heures avant Claudia Cardinale … la classe jusqu’au bout.

    Jean-Claude Barens

  • Ma vie est une histoire de migration

    Dacquois d’origine, ayant vécu ses plus belles années de joueur au Stade Toulousain et passionné par la chasse aux oiseaux migrateurs, Jean Louis Bérot nous parle sans détours, de ses migrations.

    Unique fils d’un père Dacquois et d’une mère originaire de Saint Etienne d’Orthe, le jeune Jean Louis Bérot pouvait difficilement passer à côté de ce qui deviendra ses deux grandes passions, le Rugby et la Chasse. Après une enfance passée au quartier du Sablar, non loin de la maison de Pierre Albaladéjo, il migre vers la place Saint Pierre où ses parents tiennent un magasin de cycles. C’est dans ce quartier qu’il va faire la connaissance d’un autre fils unique, Jean Pierre Bastiat. « Nous nous sommes rencontrés là et nous sommes devenus frères » lance Jean Louis. De deux ans son ainés, Jean Louis débute le rugby dans la jeune école de rugby que l’US Dax vient de créer. Après ces années, bon élève, mais un peu dispersé, Jean Louis est envoyé par son père finir ses études secondaires à Toulouse. Par son activité de vendeur de cycles, le papa de Jean Louis échange avec un représentant de la firme Solex et Lambretta, par ailleurs dirigeant au Stade Toulousain. C’est ainsi que Jean Louis, à 17 ans, se retrouve en 1ère au Lycée Pierre de Fermat.

    « On logeait à sept dans un appartement… »

    Ayant déjà connu des sélections chez les jeunes, Jean Louis va signer au Stade Toulousain, à un moment où le club opère un changement de génération chez les joueurs. A cette époque où l’argent était rare, le club loge Jean Louis avec sept autres joueurs… dans un deux pièces. Très vite, le dacquois va faire ses premiers pas en équipe première. Il en profite pour se diriger vers des études de kinésithérapeute. Pendant ses dix saisons au Stade, Jean Louis Bérot va connaitre les honneurs des sélections avec le XV de France. Pour autant, rien ne peut l’empêcher de revenir dans ses chères Landes pour chasser le canard, la bécasse ou la palombe. On ne le sait peut-être pas, mais le grand joueur et incontournable dirigeant dacquois est aussi un inconditionnel de la chasse aux gibiers migrateurs. Pour mesurer le poids de sa passion, Jean Louis nous évoque une anecdote. « Après une tournée en Nouvelle Zélande en 1968, je profite de courtes vacances dans l’hiver pour revenir de Toulouse afin de chasser canards et bécasses. Le tournoi des cinq nations 1969 se profile et son premier match contre l’Ecosse. Bien qu’ayant pris part à la tournée, à ce moment-là de l’année, je me soucis plus des heures de passages, que de celles des annonces de la sélection. Quand la composition d’équipe est annoncée à la radio, je suis sur l’Adour en barque… et en panne de moteur. Quand j’arrive au pont de Tercis, le moteur sur le dos, j’entends mon père qui m’appelle inquiet, car il fait nuit depuis longtemps. Il est accompagné d’Alex CAZALIS, un célèbre journaliste local. Tous les deux m’informent que je suis sélectionné et sont surpris de ma réaction. En effet, ma principale préoccupation du moment est de réparer mon moteur… »

    Le staff médical, c’était Andrieu et Bérot !

    Au cours de sa carrière internationale, Jean Louis va retrouver ses amis dacquois Jean Pierre Lux, Claude Dourthe et son « frère » Jean Pierre Bastiat. Il y vivra des tranches de vies assez mémorables. Les tournois et les tournées vont se succéder. Les tournées du XV de France duraient un mois et demi à cette époque. Au cours d’une d’entre elles, en Nouvelle Zélande, la couverture médicale était assurée par la charnière Bérot/Andrieu. Le Dr Jean Andrieu, ouvreur de Graulhet et Jean Louis Bérot, demi de mêlée, composaient le staff médical… « Avec Jeannot, on trimballait le nécessaire dans une cantine en fer, dans tous les hôtels de Nouvelle-Zélande, qui manquaient cruellement d’ascenseurs… Le staff médical, c’était Andrieu et Bérot ! Quand on pense aux conditions dans lesquelles évoluent les joueurs actuels, on se dit que c’était dingue ! »  Après les tournées, ce sont les tournois qui procurent des moments d’exceptions à Jean Louis. Une autre facette du personnage qu’on connait peu, Jean Louis est un grand chanteur. « J’avais un peu plus de voix que d’autres, je dirais … » déclare Jean Louis, même s’il avoue avec humilité que son ami André Dassary, célèbre chanteur d’opérette, lui avait proposé un jour de s’inscrire au conservatoire à Paris. En janvier 1971, après une victoire de la France contre l’Ecosse, avec quelques joueurs, ils font un passage à l’Olympia, chez un amateur de rugby, un certain Bruno Coquatrix.

    Sur la scène de l’Olympia…

    Le propriétaire de l’Olympia propose aux joueurs une visite des coulisses. « Ce soir-là, Marcel Amont effectue un tour de chant. Je demande à Mr Coquatrix si je peux monter sur scène et me voilà, aux côtés de Marcel Amont sur la scène de l’Olympia. Je prends le micro et je commence à chanter. Avec beaucoup de finesse, Marcel Amont me laisse continuer devant un public conquis et mes coéquipiers aux anges. Je lui ai quand même rendu le micro, afin qu’il finisse son spectacle (rires)… quel souvenir !! »

    Comme tout bon migrateur, à l’issue de sa carrière Toulousaine, Jean Louis va revenir nicher dans sa ville de Dax. Alors qu’il avait commencé à pratiquer sa spécialité à Toulouse, c’est à Dax qu’il va se lancer dans le thermalisme, une activité qu’il ne connait pas bien. En délicatesse avec une épaule, il n’enchainera pas les saisons avec l’US Dax. Après une courte période où il se consacre seul à son établissement, c’est comme entraineur que Jean Louis va d’abord œuvrer dans son club formateur. A deux reprises, de 1979 à 1981 et de 1983 à 1985, il va prendre les rênes de l’équipe fanion. Il connaitra les joies d’encadrer les hommes, mais aussi la difficulté de faire des choix et d’être à la hauteur des attentes de toute une ville.

    Une présidence tournante.

    Après son expérience d’entraineur, c’est aux côtés de ses amis internationaux qu’il va prendre le destin de l’US Dax en main. Sur le principe d’une présidence tournante, le club va éviter les conflits entre ces quatre personnalités fortes. Le glorieux passé du club est lourd à porter, notamment quand les instances annoncent la professionnalisation du rugby, en 1995. « Ça a été un choc. On ne savait rien des conditions. Même le trésorier de la FFR de l’époque ne savait pas comment cela allait se passer…  Ensuite, tout s’est accéléré. Les joueurs ont commencé à partir vers les clubs qui offraient des salaires à la hauteur de leurs moyens. Je crois que nous, dirigeants plutôt bienveillants qui avions le souci d’aider des jeunes à devenir des hommes, avons été effacés au profit des agents et de l’argent… » Celui qui pleure la disparition de son « frère » Jean-Pierre Bastiat et de ses amis Jean-Pierre Lux, Claude Dufau et Jean Louis Azarète ces derniers mois, a un regret : « j’aurais sincèrement aimé que l’on puisse trouver des investisseurs, des repreneurs ou que nous puissions nous regrouper, pour que les jeunes de nos Landes puissent continuer à rêver de rugby dans notre territoire… »  Qui sait ? Peut-être qu’un jour, une nouvelle migration se posera dans les Landes pour penser à un avenir du Rugby Landais…

    Laurent TRAVINI       Landes Rugby Magazine     mars 2022

  • Bas de tableau, toute une histoire

    Petit Poucet un peu égaré dans la jungle du rugby professionnel, voilà plus de deux décennies que l’USDAX se bat pour conserver sa place à cet échelon du sport national. Deux périodes ont cependant redonné un bel enthousiasme au club et de la joie à ses supporters : celles de Marc Lièvremont (2005-2007) & de Jeff Dubois (2022- 2025) Malgré une embellie passagère dans l’entre-deux en 2012, c’est toujours en fond de tableau que nous avons bataillé, échappant même par deux fois à des relégations, (certains clubs s’étant montrés peu vertueux), avant de chuter inexorablement dans le monde amateur, et renaître par la suite. Dans toute cette trajectoire, les efforts réalisés par les joueurs, les staffs, les dirigeants, les encadrants, les bénévoles, pour revenir ou se maintenir à ce niveau, doivent être considérés comme précieux et respectés. Autant qu’hier qu’aujourd’hui. Ceux qui marquent l’histoire d’un club, le plus souvent, agissent clairement et énoncent discrètement.

    Le 23 novembre 2007, le journaliste Jean-Louis Aragon, écrivait dans le journal Le Monde :

    « Le club, qui a fourni de nombreux joueurs au XV de France, occupe la dernière place du championnat, avant de recevoir Auch, samedi. Aucun Dacquois n’oserait le dire ni peut-être même le penser, mais Dax, 20 000 habitants, est au rugby français ce que la gare de Perpignan était, pour Salvador Dali, le centre du monde. Albaladéjo, Dourthe (Claude), Lux, Bérot, Bastiat, Rodriguez, Lescarboura, Lacroix, Roumat, Dourthe (Richard), Pelous, Ibañez, Magne, Mignoni, Lièvremont (Thomas) : tous n’ont pas été baptisés dans les eaux de la Fontaine-Chaude qui fait la fierté de la première ville thermale française, mais tous font partie des 36 joueurs et glorieux héros que l’US Dax a fourni au XV de France. Et comme si le tribut de la sous-préfecture des Landes n’était pas suffisant, voici que la Fédération française décide d’emprunter un de ses deux entraîneurs, Marc Lièvremont, pour en faire celui des Bleus depuis que Bernard Laporte est parti au secrétariat d’Etat aux sports. Alors que le club venait de retrouver l’élite du Top 14, après cinq ans d’absence, le nouveau patron des Bleus n’aura pu assister qu’aux deux premières journées, soldées par deux défaites et la dernière place du classement. Au moment d’affronter l’avant-dernier, Auch, samedi 24 novembre, Jean-Philippe Coyola, l’entraîneur restant, se veut rassurant. « Ça fait deux ans qu’on a mis en place notre projet ensemble, avec Marc, il y a donc continuité, explique Jean-Philippe Coyola. Quatre-vingts pour cent de l’équipe n’a jamais connu ce niveau et il nous faut un temps de rodage. Dax et Auch vont lutter contre la descente et celui qui gagnera prendra un ascendant. Il ne faut donc pas passer à côté. » L’affrontement contre les Auscitains sera, pour le public dacquois, la première véritable occasion de voir à l’oeuvre l’une des vedettes de l’équipe, Thomas Lièvremont. « Quand j’ai signé ici, je ne savais pas que Dax monterait dans le Top 14, c’était forcément lié au plaisir d’être entraîné par mon frère », confie celui qui fera équipe, en troisième-ligne, avec le troisième frère, Matthieu.

    « Des grands joueurs, il y en a toujours eu ici. Pendant cinquante ans, on était comme Toulouse maintenant »,assure fièrement Dindin, un fidèle supporter. « Dax est presque le trou du cul du monde mais c’est un village un peu plus grand que Tyrosse. Ce n’est donc pas illogique qu’il y ait plus d’internationaux au mètre carré », s’amuse Jean-Louis Bérot, le demi d’ouverture aux 21 sélections en Bleus, entre 1968 et 1974. Pour l’ancien président de Dax, la force du club est que plusieurs générations se sont côtoyées sur le terrain, créant une forte émulation. Jean-Pierre Bastiat, international à 32 reprises, de 1969 à 1978, voit une explication dans les traditions sportives des Landes, notamment taurines. « Il faut savoir qu’ici, tout le monde jouait au rugby sur les places publiques ou dans les cours de récréation, se remémore le deuxième-ligne. Quand ailleurs on trouvait un bon, ici on en trouvait cent. La sélection était donc très dure et seuls les meilleurs continuaient. »Malgré tous ses héros, Dax n’a jamais réussi à être champion de France. « Beaucoup d’entre nous ont tout gagné, même le grand chelem, et ça reste mon grand regret, plus pour la ville que pour moi », se désole encore Jean-Pierre Bastiat. Mais le pire reste la demi-finale perdue contre Toulouse, en 1996. « C’est rageant, parce qu’on avait une équipe superbe avec Ibañez, Roumat, Rodriguez, Magne, Dourthe, et tous ces jeunes d’alors ont explosé, mais dans d’autres clubs », se souvient cruellement Jean-Philippe Coyola, alors entraîneur adjoint d’un certain Jacques Ibañez, le père de Raphaël. Il ne reste plus à la grande famille dacquoise qu’à attendre « que ce club mythique retrouve ses heures de gloire, ce qui ne saurait tarder » ainsi que l’augure Raphaël Ibañez.

    Jean-Louis Aragon *

    Journaliste au Monde de 1994 à 2011, Jean-Louis Aragon est mort des suites d’un cancer, le 3 novembre 2023, à Pons (Charente-Maritime), à l’âge de 71 ans. Né à Pau (Pyrénées-Atlantiques) le 19 mai 1952 dans une famille originaire de Jaca (dans la communauté autonome d’Aragon, en Espagne), il a suivi des études de lettres modernes à Pau, à Toulouse, à Madrid et à Salamanque, construisant une impressionnante érudition littéraire et artistique. Contrebassiste dans de petites formations de jazz, puis restaurateur, il a abordé le journalisme par la face technique. Il a participé à l’existence éphémère mais intense et innovante du quotidien Le Sport, en 1987-1988, dont plusieurs journalistes, par la suite, ont rejoint la rédaction du Monde. Ce fut son cas, et il collabora largement à la rubrique sports.

    Jean-Claude Barens

    Photo David Le Déodic.

  • BLOG INFOS – Bulletin météo

    Alors que le réchauffement climatique préoccupe presque tous les dirigeants de la planète, nous voilà confrontés à l’USD, à des températures négatives, comprises entre -5 et -9 en plein mois d’août. Nos vaillants rouge et blanc, ont eu beau se démener du côté de la Drôme, impossible de les faire remonter. Ce n’est pas simple, comme disait ma grand-mère, d’avoir le froid dessus. Ça paralyse un peu, quand on voit que ceux qui nous précèdent sont toujours en maillot de bain. En 2008, l’institut Météo France a mis en place le principe de « température ressentie » pour aller au-delà de la température de l’air mesurée et inclure d’autres éléments. Cette mesure vise à mieux appréhender la température que ressent le corps humain en fonction de plusieurs facteurs. Le froid et le beau temps ne sont pas seulement affaire de météorologistes. Mais l’origine de ces fluctuations, ne doit en aucun cas être perdue de vue. Les épais cumulus directionnels ont déréglé le climat, et créé une instabilité, provoquant des coulées d’air arctique. Des hommes ont été emportés par des torrents de boue. Des hautes pressions ont causé des éruptions volcaniques et une forte réfrigération estivale. En matière de climat, il y a quantité d’idées reçues. Par exemple, concernant les trous dans la couche d’ozone, ce ne sont pas les pets des vaches qui sont responsables …mais leurs rots ! Il y a donc des situations, où il est impératif de resituer les responsabilités au bon endroit. Nos garçons vont lutter, cela ne fait aucun doute. Mais il est assez cocasse de se battre collectivement pour rattraper des points que l’on n’a pas perdu sur le terrain. Souhaitons qu’à l’hiver arrivé, nous soyons remontés dans des températures d’été !

    Allez l’usdax !

  • La direction de l’us Dax, entre mutisme et escobarderie. Billet d’humeur # 1

    La langue française est d’une richesse insoupçonnée. Elle possède cette palette de nuances, qui permet de trouver le mot juste, le mot le plus adapté à une situation. Celui qui va vous permettre de ne pas tomber dans l’outrance. Concernant le cœur du réacteur directionnel de l’US DAX, je crois avoir déniché cette pépite linguistique, directement issue de la fin du XVIIIème siècle : l’escobarderie. D’emblée, pour qu’il n’y ait pas de confusion : aucun lien avec Pablo Escobar, le baron du cartel de Medellin, et fournisseur officiel dans les années 80 de tous les poudrés de la planète. L’escobarderie, et je m’en réfère à l’académie française, à une définition subtile : « Action ou parole équivoque, simulation ou dissimulation adroite destinée à tromper sans mentir précisément ». Si j’écris : « ils sont menteurs », je prends un risque. Selon le contexte, traiter quelqu’un de menteur peut être diffamatoire et porter atteinte à sa réputation. Mais, le plus souvent, traiter quelqu’un de menteur peut simplement être l’expression d’une opinion. J’en resterai cependant à l’escobarderie. Ce terme, délicieusement suranné, est élégant même s’il désigne une conduite qui n’est pas des plus glorieuses. L’escobarderie est soluble dans la communication. Escobarder, doit même figurer, sous des formes actuelles, dans les recommandations qui composent le catéchisme du communicant. Vouloir démontrer sans cesse sa sincérité et son implication. Vouloir embellir la réalité. Attirer l’attention. Pratiquer la position de l’omissionnaire. Utiliser des mots enrobés dans un lexique ambigu, afin de les retourner par la suite, à son avantage. Toujours à la lisière de la manipulation. À l’âge du numérique, internet et des réseaux sociaux, les aspects du mensonge sont banalisés. C’est l’ère de la fausseté. C’est un constat qui ne cesse d’inverser l’ordre rationnel et éthique des choses. Comment peut-on donc dépasser cet état :  en démontant les rouages et en les éclairant pour qu’ils soient lisibles de tous ? En recueillant suffisamment d’éléments livrés dans la sphère publique, qu’ils soient écrits ou enregistrés. Je m’attacherai à ça et la matière ne manque pas. Je ne sais pas si ça intéressera grand monde, mais je serai cette vigie. A la recherche d’une loyauté, d’une transparence, qui éviterait d’être pris pour des benêts, et de laisser s’installer des supputations, des rumeurs, qui sont rarement favorables aux mis en cause et qui ont tendance à nuire à l’ensemble de la communauté. Maintenant à savoir si l’escobarderie fait autant grandir le nez de Pinocchio, que le mensonge ? La question reste entière.

    Jean-Claude Barens

    « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »

  • Causerie avec Jeff DUBOIS #2

    JC-Dans quel état d’esprit se trouve-t-on, quand on a été brutalement privé de son travail, malgré des résultats convaincants ?

    JEFF- Le sentiment qui domine c’est une très grande déception. Déception de ne pas pouvoir poursuivre le travail accompli, alors qu’avec mon staff on en avait encore sous la pédale. D’ailleurs on avait fait des entretiens individuels et collectifs pour présenter une évolution du projet de jeu, proposer des modifications sur notre défense, sur notre attaque …tous les joueurs adhéraient et semblaient enthousiastes. Beaucoup de déception, car l’histoire n’était pas complètement finie de ma part. Il nous restait une année de contrat. On aurait voulu aller jusqu’au bout, que l’on nous fasse confiance. De la tristesse de devoir quitter ce groupe de joueurs que j’ai connus pour la plupart en Nationale et qui ont beaucoup progressé. Enfin, tout simplement triste, de voir une belle histoire stoppée aussi brutalement.

    JC-A l’issue de cette fin brutale, t’es-tu senti soutenu ?

    JEFF-Oui, et je l’ai vraiment très largement matérialisé durant les fêtes de Dax. Enormément de témoignages, de soutiens, de remerciements, de félicitations. De chaleur humaine. La Pena Robin des Bois qui m’a mis à l’honneur, des gens comme toi qui sont présents depuis le début, mais aussi beaucoup de personnes qui m’ont fait part de leur incompréhension face à cette situation. Ça fait chaud au cœur. Ce sont des moments difficiles, depuis le mois de mai tout n’a pas été rose, et même si aujourd’hui l’histoire n’est pas encore terminée- je ne rentrerai pas dans les détails – en tout cas le soutien continue à être présent.

    JC- Que souhaites-tu à cette équipe, composée finalement à 90 %, de joueurs que tu as choisis, dont certains qui ont vécu toute l’histoire depuis la Nationale ?

    JEFF-Je souhaite tout simplement qu’elle continue de progresser et qu’elle se maintienne en PROD 2. L’ambition de cette année était à nouveau la qualification. De faire une grosse dernière saison. Certains l’ont voulu autrement. Mais avec toute l’agitation à l’inter-saison, la mise en place d’un nouveau projet de jeu, il faudra sans doute un peu de temps pour que le collectif soit totalement efficace. Avec un début de championnat aussi corsé, tout retard à l’allumage est pénalisant. Je leur souhaite de s’en sortir sportivement, parce qu’ils le méritent. Ce sont des compétiteurs, des bosseurs et des bons gars. Notre histoire commune a été intense. Vincent Etcheto, que je connais un peu, est expérimenté, et à sous certains aspects des aspirations de jeu, qui peuvent être proches des miennes. Avec certainement un peu plus de classicisme, et un peu moins de place pour les prises de décisions individuelles. Même si on est costaud devant, il faut pouvoir prendre derrière, des initiatives à tout instant.

    JC-Tout au long de ton parcours, tu as pratiqué ce métier d’entraineur, en ayant différentes fonctions. Cette dernière, de manager général, est-elle plus délicate à gérer mais aussi plus intéressante ?

    JEFF- C’est un poste intéressant mais compliqué. J’ai toujours aimé être près des hommes. L’opportunité de le faire à Dax était idéale, pour continuer à me former, à progresser. Prendre le temps. Bien évidemment, si j’avais l’occasion de le faire au plus haut niveau, ça serait formidable. Mais les places sont chères. Trois belles saisons avec Dax, où je me suis régalé, mais j’ai envie d’être toujours au plus près du terrain. Le rôle de Directeur sportif viendra peut-être plus tard.

    JC-Là, tu éprouves le besoin de faire une pause pour les mois qui viennent ? Es-tu attentif à d’éventuelles propositions ? Ton souhait est-il de rester dans la région ?

    JEFF-Dans ce métier il faut rester en vue. On ne peut pas trop faire de longues pauses. A cette période de l’année, tous les staffs sont constitués, les saisons ont commencé. Quand je me suis engagé à Dax c’était idéal, avec un projet sportif et un projet familial. Faire remonter le club et être proche des miens. J’ai eu cet élan brisé. Et s’il faut repartir, je repartirai, c’est évident. Ce métier est passionnant, mais précaire. Je le sais.

    JC-Te vois-tu exercer dans le rugby, une fonction différente : Président de club ? Directeur sportif ?

    JEFF-C ’était une éventualité que j’avais envisagée L’idée était de construire un maximum sur le rugby avant de passer de l’autre côté de la barrière. De se donner les moyens d’avoir une formation forte sur laquelle s’appuyer. A ce titre, le travail fait par Willian Rebeyrotte et Thierry Gatineau est excellent. La politique des JIFF que j’ai portée allait dans ce sens. Comment exister à ce niveau, avec si peu de moyens ? Beaucoup de choses sont encore à inventer. Et les joueurs formés au club en sont obligatoirement la pierre angulaire.

    JC-Beaucoup souhaitent te revoir un jour à Dax, quand les conditions seront réunies. Ce sont de doux rêveurs, ou ont-ils le droit de garder un peu d’espoir ?

    JEFF-Surement pas dans les conditions actuelles, tout le monde s’en doute. Mais, en revenant à un poste différent, nourri de plus d’expériences, avec un peu plus de hauteur, je dirai pourquoi pas ? J’avoue, pour l’instant qu’il y a une brisure. Même si j’ai le sentiment de ne pas être allé au bout de mon projet, j’ai besoin de temps pour digérer. Je suis entre deux eaux. Mais, la porte n’est pas totalement fermée.

    JC-Que retiens-tu de ces trois années assez magiques ? As-tu conscience que tu as rendu heureux tout un peuple rouge et blanc ? As-tu senti cet enthousiasme, autour de l’équipe et de son staff ?

    JEFF -On a senti tout un peuple derrière nous, un public qui était de plus en plus nombreux au stade et un noyau de fidèles supporters à l’extérieur. Je n’ai qu’un regret : ne pas avoir été Champion de France. Nous serions ainsi rentrés dans l’histoire du Club, même si la saison suivante, la qualification pour les phases finales de la part d’un promu, nous permettait de nous y inscrire Des moments très forts, avec finalement peu de moments tristes. Les joueurs étaient confiants, et n’ont jamais craint de jouer le maintien.

    Un grand merci cher Jeff, pour ce moment partagé face à l’océan.

    Jean-Claude Barens « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »

  • Causerie avec Henry BRONCAN #1

    Tous les mois, je vous proposerai une rencontre avec une personnalité, avec bien souvent l’USDAX en filigrane.

    JCB- Henry, la dernière fois où nous nous sommes vus, c’était à Auch, au vernissage de l’exposition « Du coq à l’âme », initiée par Pascal Geneste et les Archives Départementales du Gers. Une plongée passionnante dans cette belle épopée du rugby gersois. Quel regard portes-tu sur l’évolution du rugby dans le Gers, et l’absence de tout club professionnel dans le département ?

    HB- Bien sûr, je suis de très près les évolutions des clubs gersois depuis le modeste mais d’autant plus méritant Vals-et-Villages-l’Isle-de-Noé (VVAL) jusqu’aux têtes d’affiche : le RCAuch et l’ASFleurance en passant par Panjas et l’Isle-Jourdain. Toutes ces identités m’ont tellement aidé, lors de ce passage de 9 ans, à la tête du FCAG, en me confiant, systématiquement, leurs meilleurs éléments, à deux exceptions près – des fautes de notre camp -Après la catastrophe de 2017 prévisible bien auparavant, le RCA s’est reconstruit toujours dans le local autour de dirigeants attachés à la cité et de deux entraîneurs du pays : Grégory Menkarska et Titi Bosque, deux enfants de la maison. Actuellement, il marque un temps d’arrêt dans cette Nationale 2 qui manque un peu d’attractivité. Il faut que les Auscitains accèdent à la division supérieure et retrouvent Tarbes, Narbonne, Bourgoin, Nice… Aux commandes, toujours du local : Frédéric Pujo, digne fils de Roland, Julien Campo élevés au Moulias et Jorick Dastugue formé dans la cuvette de Lousteau. Monter : il le faut afin de pouvoir conserver les meilleurs jeunes tentés par les voisins célèbres : le Stade Toulousain, Colomiers, Pau, Agen, Montauban, le Stade Montois… Pourtant, autour de trio Van de Kerkhove (Plaisance), Debets (Nogaro) et Guttierez (Auch), un bon travail de formation s’active depuis plusieurs saisons. L’arrivée d’un nouveau Président venu de Tarbes mais bien du 32 (Riscle), ambitieux et à l’esprit rugby, associé à un recrutement correct, autorisent quelques espérances. Cependant, il faut mettre fin aux larmoiements sur la composition de la poule avec les longs déplacements ! Le souvenir (Frédéric Pujo s’en souvient !), pendant la saison 2001-2002, d’un déplacement au LOU, en 24h : nous n’avions pas gagné mais le groupe s’était bien resserré !

    JCB- Personnellement, je viens de vivre un épisode douloureux avec l’US DAX, mon club de cœur, que tu as croisé plusieurs fois dans ta carrière, et le licenciement brutal de JEFF DUBOIS et de ses adjoints, après trois années jouées à un niveau que nous n’avions pas connu depuis bien longtemps. C’est pour moi violent et injuste. Un métier dur et précaire ?

    HB- Les US DAX-FC AUCH rappellent de bons souvenirs, des affrontements sans concession entre deux clubs aux moyens limités mais fiers pour ne pas dire orgueilleux. Toujours un peu d’amertume après la 1/2 finale du printemps 2006 perdue, à la dernière minute, sur une transformation difficile de Diaz, après un changement d’arbitre (Poite au départ, après…) fatal !  Souvenir inoubliable (encore une défaite auscitaine !), à Mathalin, le vieux stade célèbre par sa cuvette, en avril 1956. À l’époque, je suivais les rencontres, assis en tailleur, sous la main courante, à moins de 2m. des acteurs ; ça manquait de vue d’ensemble mais les commentaires de mes bérets noirs valaient ceux de Loys Van Lee ; j’adorais Othats et je réclamais, pour lui, une place chez les Coqs ; c’était le temps des Boniface, Martine, Maurice Prat, Bouquet, Stener, Marquesuzaa…et Roger Lerou ne m’écoutait pas ! Les Landais mènent 6-0 ; les Gersois marquent un essai que j’estime, bien sûr indiscutable ; l’arbitre le refuse ; nos supporters irascibles envahissent le terrain ; Pierre Albaladejo, qui jouait 15 cette après-midi-là, n’est pas exempté de l’ire de la foule que j’accompagne… du regard ! On ne se qualifiera pas mais Mathalin ne sera pas suspendu et l’USD sera très bien accueillie, 3 semaines après, lors de son 16eme victorieux contre Cahors : « allez les rouges ! ».

    Une longue digression pour en revenir à Jeff Dubois dont le père, Gaston, évoluait – pas commode sur un terrain, le type ! – dans la période relatée plus bas. J’ai été surpris par son éviction ; avec un effectif relativement modeste, je pense qu’il a tiré le maximum du potentiel à sa disposition ; je ne connais pas la Direction de l’USD et je ne peux pas porter de jugement. Le poste d’entraîneur en chef est ingrat et trop de gens pensent qu’apporter des moyens financiers suffit pour connaître le Rugby alors que les meilleurs coachs du monde ne parviennent pas à en maîtriser tous les rebonds. Cependant, je suis sûr que Jeff aura l’opportunité de prouver, rapidement, l’étendue de son indiscutable talent.

    JCB-Que penses-tu, de ces nouvelles formes de gouvernances, souvent bien éloignées de l’histoire des clubs, de leur enracinement et qui semblent essentiellement obsédées par l’image et la rentabilité. En somme, pour eux, le terroir qu’est-ce ?

    HB-Je réponds tout simplement que les deux meilleurs clubs de France, le Stade Toulousain et Begles-Bordeaux sont dirigés par deux anciens joueurs, Lacroix et Marti, et que ce n’est peut-être pas anodin. Maintenant, on ne peut pas empêcher des gens fortunés de placer leurs capitaux où bon leur semble mais ne les prenons surtout pas pour « des naïfs aux 40 joueurs !!! ». C’est un débat qui mérite des pages et des pages. Un soir d’hiver, un de ces nouveaux arrivants déjà bien pourvu, s’est confié : « On m’a proposé d’être maire de la ville – plus de 100 000 h- ou Président du club de Rugby, j’ai choisi le Rugby ! ». Inégalable en termes d’images.

    JCB-Nous parlions de Jeff Dubois, mais sans doute son papa Gaston t’évoque-t-il ce formidable travail d’éducateur, toi qui as été un militant acharné du rugby scolaire ?

    HB – Gaston Dubois jouait donc ce fameux match de 1956 à Mathalin : Cassiede, Lasserre, Bachelet… ça pesait lourd ! Puis le Prof d’EPS s’est fixé à Peyrehorade et son collège et, pour ma génération d’enseignants attachés au ballon ovale, évoquer cette cité, c’est penser à lui et à son implication dans le milieu scolaire. Pendant les 27 ans passés au Collège de Samatan et les six au Collège Carnot d’Auch, je me suis efforcé de faire du Dubois bis, recrutant les bons jeunes des alentours et de plus loin, multipliant les rendez-vous ovales dans la cour de récréation, lorgnant les aptitudes des footballeurs et basketteurs afin d’intégrer les meilleurs à la Section, faisant jouer les gosses pour ne pas perdre car je pensais que JOUER C’EST GAGNER !!! Des liens très forts avec le club de rugby de la cité, le rôle d’avocat de la défense aux conseils de classe ce qui n’empêchait pas de régler les différends en tête à tête avec les fauteurs… A l’instar de Gaston, nous ne comptions pas les heures supplémentaires parce que nous y trouvions notre bonheur et c’était du BONHEUR ! De nos jours, j’ai mal au rugby scolaire : le professionnalisme et les centres de formation l’ont massacré !

    JCB – Tu as longtemps été affublé de l’appellation d’origine contrôlée : « Le sorcier Gersois » D’où te vient ce surnom ?

    HB – Le surnom, c’est un Conseiller Technique du Gers, Pierre Barthe qui me l’a attribué ; il a conduit de nombreuses équipes à des titres de Champions de France dont Aire sur Adour chez vous : rien ne nous rapprochait sauf le Rugby : les opinions politiques, les conceptions de la vie, les rapports humains, la culture, l’humour…tout nous opposait et nous avions vite compris que ces sujets-là ne pouvaient être abordés. En revanche, que de jours et de nuits à couper en tranches le jeu, à fouiller dans les arcanes, lui, étant encore plus fou que moi ! Après avoir entraîné des milliers de joueurs, il est parti, en 2020, dans le pire des anonymats. Plaqué violemment par Alzheimer, il a fini dans un Établissement d’Accompagnement. De temps en temps, il convoquait ses congénères et, sur le tableau de la salle commune, il leur marquait les combinaisons qu’il avait affectionnées !

    JCB- Aujourd’hui, on nous jette facilement au visage d’être encore les porte-voix de vieilles lunes passéistes, d’un rugby complètement révolu. Mais les Bru, Dupont, Jelonch, Alldritt, Bourgarit, Patat, Sarraute … et j’en oublie, ne sont-ils pas un peu tes enfants ? En tout cas, des hommes qui ont pu éclore dans un environnement que tu as su créer, et qui profite au professionnalisme actuel ?

    HB – Les noms que tu cites sont les enfants de TOUS les Éducateurs gersois. Nous avons beaucoup de chance ici : l’argent ne nous a pas contaminés et nous avons toujours dans nos clubs une masse d’éducateurs BÉNÉVOLES de grande qualité, passionnés, compétents, au service des enfants. Je suis sûr que dans les Landes, vous avez les mêmes ! Ils sont nos forces ; jusqu’à quand ?

    JCB- Un grand merci cher Henry, pour cet échange, et à une prochaine sur les chemins de l’ovalie.

    Jean-Claude Barens « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »

    Henry Broncan – 24.11.2013 – Albi / Pau – 11eme journee de Pro D2
  • A la mi-août, otez-moi d’un doute

    A la mi-août qui approche, les corps souffrent sous un soleil de plomb. La beuchigue vole de mains en mains. L’encadrement prépare le groupe à son retour officiel au jeu de rugby, après une mesclagne estivale, qui s’agglutine encore au fond des têtes. La guérison n’est jamais si prompte que la blessure. Nous soutiendrons nos braves fantassins rouges et blancs, forcément impactés par un épisode, qu’ils subissent plus qu’ils n’influent. Le menu à venir est copieux, et les plats seront de résistance. Surtout si nous avons du retard pour passer à table.

    « A la mi-août, on se sent plus dynamique. A la mi-août, on s’amuse comme des fous ». Les plus anciens reconnaitront sans doute, un bout de cette ritournelle de Ray Ventura & ses Collégiens, ceux-là même qui ont propulsé dans nos oreilles, la fameuse chanson « Tout va très bien, madame la marquise ». Une adaptation dacquoise semblait s’imposer.

    Allô, allô, allô Benjamin
    Quelles nouvelles
    Absent pendant quarante-cinq jours
    Au bout du fil
    Je vous appelle
    Que trouverai-je à mon retour ?

    Tout va très bien, supporteur qui cotise
    Tout va très bien, tout va très bien
    Pourtant, il faut, il faut que l’on vous dise
    On déplore un tout petit rien
    Un incident, une bêtise
    La liquidation du staff est acquise
    Mais, à part ça, amis fidèles
    Tout va très bien, tout va très bien

    Allô, allô Adrien
    Quelle nouvelle ?
    Vous comprendrez bien ma surprise
    Expliquez-moi
    Cocher fidèle
    Comment cela s’est-il produit ?

    Cela n’est rien, supporteur qui cotise
    Cela n’est rien, tout va très bien
    Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise
    On déplore un tout petit rien
    Jeff a péri dans l’incendie
    Allumé très tôt par Benji.
    Mais, à part ça, supporteur fidèle
    Tout va très bien, tout va très bien

    Allô, allô Benoit
    Quelle nouvelle
    Le sportif est donc impacté
    Expliquez-moi
    En chef modèle
    Comment cela s’est-il passé ?

    Cela n’est rien, supporteur qui cotise
    Cela n’est rien, tout va très bien
    Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise
    On déplore un tout petit rien.

    Le recrutement est bien rachtèque

    Car nous n’avons plus un kopek
    Mais à part ça amis fidèles
    Tout va très bien, tout va très bien

    Allô, allô Thomas
    Quelle nouvelle
    Notre club crache son fiel !
    Expliquez-moi
    Car je chancelle
    Comment cela s’est-il produit ?

    Eh bien, voilà, supporteur qui cotise
    Apprenant qu’il était endetté
    À peine revenu de sa surprise
    Le Directoire s’est sabordé
    Et c’est en ramassant à l’appel
    Les quelques soutiens convaincus
    Que la décision de l’A2R
    Qui fut jugée des plus cruelles
    Ne fit qu’amplifier l’incendie,
    Le propageant dans le pays.
    Et c’est ainsi qu’en un moment
    Nous faillîmes tous périr salement.
    Mais, à part ça, amis fidèles
    Tout va très bien, tout va très bien.

    Après les ravages du feu

    On attend impatiemment

    De faire l’état des lieux.

    Jean-Claude Barens