PASSION OVALE : le rugby en général et L’US DAX en particulier.
C’était au printemps de l’année 1966. Fluet, avec ma casquette vissée sur la tête, je commençais à peine à user mes fonds de culottes sur les bancs de l’école primaire de Marsac, village niché dans les vallons d’oxygène de la Lomagne Gersoise. Cependant, nous appartenions administrativement au département du Tarn-et-Garonne. Mes parents étaient tous deux issus de modestes familles paysannes installées là depuis plusieurs générations. Ils perpétuaient ainsi ce dur labeur lié à cette terre, qui vous colle aux chaussures, et dont on ne peut se détacher. La grand tante Noémie, employée aux PTT à Paris, descendait à Dax pour y faire une cure thermale. Considérant cette proximité, elle nous incita fortement à lui rendre visite. Vous n’imaginez pas le caractère expéditionnaire que cela prit. Les Landes, c’était le bout du monde, avec ses 180 kms. Au jour J, nous primes la route. La vieille Aronde familiale eut quelques toussotements inquiétants, mais nous arrivâmes à bon port. Noémie, et Robert son compagnon, nous attendaient pour déjeuner. Leur logement se situait en face du stade municipal, baptisé depuis Maurice Boyau, du nom de cet aviateur et international de rugby dacquois, abattu en vol en 1918. Le repas terminé, Robert proposa « d’amener le petit au rugby ». La rencontre opposait L’US DAX à la Section PALOISE. C’était une première pour moi, et je pris ce sport en plein plexus. J’allais le pratiquer quelques années avec gourmandise. Et ce club rouge et blanc, vint lui s’installer à jamais dans mon cœur. Je ne l’ai plus quitté, faisant même des folies pour lui. Avalant des kilomètres de route, des heures de train. Cette passion naquit pourtant au milieu de drames. Le club avait perdu en septembre 1964, trois joueurs dans un accident de la route : Jean OTHATS, Emile CARRERE et Raymond ALBALADEJO. En 1966, lors de cette finale d’une violence extrême, perdue 9-8 contre AGEN, Pierre ALBADEJO vint s’ouvrir la tête contre le trépied d’une caméra. Ce visage ensanglanté me marquera à jamais. Puis ce fut à nouveau une finale perdue contre TARBES en 1973. Au total, cinq finales disputées en l’espace de quinze ans, et autant de défaites. Une véritable malédiction. Entre 1970 et 1980, je faisais largement cliqueter les ciseaux, découpais, collais, élaborais consciencieusement des fiches. En cours de maths, mon activité principale consistait à remplir des cahiers de noms, de tailles et de poids de mes idoles landaises, plongeant dans une totale incompréhension, un professeur qui se donnait pourtant beaucoup de mal. J’avais même trouvé un correspondant dacquois, monsieur Mellac, une connaissance de mes parents installé dans la cité thermale, qui me découpait le lundi les articles du journal Sud-Ouest et me les expédiais soigneusement datés. Nous étions bien loin d’internet et de son immédiateté. C’est à cette même époque qu’une passion pour Joséphine BAKER me gagna. J’archivais, et tirais le moindre fil de tout ce qui était susceptible de me relier à elle. Landes et Milandes faisaient corps. La culture et le rugby s’imbriquèrent à jamais.
Rien d’étonnant donc, qu’en quittant Paris, je choisis Dax comme destination. J’ai le club accroché à la boutonnière. Et la boutonnière, c’est tout près du cœur.
Photo : Trésors d’archives.

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