Bien avant que Toto Dupont ne vienne envahir les écrans du rugby spectacle, nous avions eu aussi notre Toto dacquois. Moins connu, plus discret, mais ayant laissé une empreinte indélébile auprès des amoureux de ce rugby des années 60-70. Jean Desclaux était son nom. A ce moment-là sur les bords de l’Adour, avec des Toto, Titou, Titi, Dédé, il y avait de quoi se prendre les pieds dans le tapis des sobriquets. Flanker, de 1947 à 1959, il ne porta qu’un seul maillot, celui de l’US Dax. Au niveau international, comme le coaching n’existait pas, il se contenta d’être huit fois remplaçant chez les Bleus (sa route barrée par la célèbre troisième ligne Prat-Matheu-Basquet), n’affichant qu’une titularisation en équipe B, contre la Nouvelle-Zélande. C’est donc comme entraîneur que notre landais allait asseoir sa notoriété dans le monde de l’ovalie. Il vécut sa première finale du championnat de France, en tant qu’entraineur, en 1961 contre Béziers. Le XV de la cité thermale avait pourtant fière allure avec les 3B en première ligne (Bachelé-Berho-Bérilhe) Lasserre et Cassiède en seconde ligne et une troisième ligne de feu : Darbos-Contis-Dubois. Gaston Dubois ayant même terminé meilleur marqueur d’essais la saison 1960-1961, avec 15 réalisations. Mais aussi des lignes arrière qui avaient des fourmis dans les jambes. A la fin, un drop de Pierre Danos mit fin au rêve d’une saison qui aurait dû être couronnée d’un titre de champion de France. A la tête de son club de toujours il décrochera, quatre challenges Yves Du Manoir (1959, 1969, 1971 et 1972), mais perdra aussi quatre finales du championnat : 1961, 1963, 1966 et 1973. Au lendemain de cette dernière défaite face à Tarbes (12-18), Toto Desclaux se verra invité par les barons agenais (Albert Ferrasse et Guy Basquet) à prendre les rênes du XV de France. Poste qu’il allait occuper jusqu’en 1980, écrivant au passage quelques belles pages du rugby hexagonal. Je pense à cette année 1977, et à ce parcours incroyable. C’est l’heure du match du grand Chelem contre l’Irlande. Dans l’intimité du vestiaire de Lansdowne Road, l’entraîneur Toto Desclaux glisse la cassette du Nabucco de Verdi dans le petit mini K7 posé au milieu de la pièce aux effluves camphrés. C’est « Le chœur des esclaves ». Jacques Fouroux prend la parole. Ils sont tous là à se serrer par la taille, autour du petit caporal gersois : les Bastiat, Paco, Cholley, Skrela,Rives, Paparemborde, Imbernon, Palmié …et toutes les gazelles des lignes arrière. Au bout de l’aventure, un Grand Chelem dans le Tournoi des cinq nations 1977, remporté par les quinze mêmes joueurs et ce sans encaisser le moindre essai. Puis vint le 14 juillet 1979 à L’Eden Park d’Auckland. Cette forteresse des All Blacks où toutes les équipes venaient mourir en silence depuis des décennies. Dans ce lieu où le rugby prend une dimension presque sacrée, sous un ciel moutonneux, le sanctuaire allait tomber sous les coups de boutoir d’une équipe de France qui respirait la fierté collective et l’abnégation. Pour la première fois de l’histoire, les Blacks pliaient à domicile face aux Français. Puis la vie dacquoise reprit son cours. D’une tradition familiale de maraîchers jusqu’à la direction d’une concession automobile, en ces temps-là, un parcours de vie ne pouvait pas être uniquement rythmé par le rugby, sport pas encore devenu professionnel, et qui ne nourrissait pas financièrement son homme. Jean Desclaux mourut à Dax le 23 mars 2006, après une longue maladie. Là où il était né. Là où il avait toujours fait partager et transmis sa passion. Il n’a jamais cherché les projecteurs. Mais c’est lui, assisté du béarnais Jean Piqué, qui a allumé le feu d’artifice en ce 14 juillet 1979 au pays du long nuage blanc. Il y a bientôt 47 ans, Toto le dacquois a conquis Auckland. Il restera à jamais dans nos cœurs. Jean-Claude Barens









