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  • Il y a un an …

    La classe jusqu’au bout

    Dans ce grand voyage qui t’emporte avec ton dernier vol d’oiseaux bleus, tu resteras toujours cet humaniste se débattant dans un monde complexe, cet homme bienveillant au regard perçant, éclaboussant de classe et d’humilité. Il était difficile de ne pas se rallier à ton panache blanc, tant ton énergie était communicative. En quelques mots simples, tu remettais vite un échange sur des rails où l’humain est au centre des préoccupations.

    Il y a quelques années, j’apportais dans ton bureau mes archives de l’USDAX et mon projet pour la création du Grand Maul. Adolescent, ma fièvre rouge et blanche, me précipitait sur tout ce qui pouvait concerner le club landais, alors que je vivais pourtant assez loin de là, en pays Lomagnol, aux confins du Gers et du Tarn-et-Garonne. J’avais soigneusement découpé des centaines d’articles, collecté des photos, tenu des cahiers où les mensurations des joueurs dacquois étaient consignées. Amassé des réponses à des courriers échangés avec le secrétariat du club … et même avec Pierre Albaladéjo. Parmi ces petits trésors, un cliché où tu formais la charnière du xv de France, avec Maxou Barrau, celui de chez moi, l’enfant de Beaumont-de-Lomagne. Quand je t’ai déployé pudiquement tous mes secrets, tu as été surpris et ému. Tu m’as vivement encouragé pour le projet du Grand Maul, autour du rugby et la littérature. Et là, quand tu es venu à la première édition, tu as rencontré un auteur que j’avais invité : Léon Mazzela. Tu lui avouais avec émotion, que ta tonne de chasse à Bélus, était tapissée de quelques pages de certains de ses ouvrages. Celles où sont si bien décrites ses longues attentes dans des cabanes cachées au milieu des bois, les yeux rivés vers le ciel, guettant l’arrivée des palombes. Quand l’automne prend alors une couleur toute particulière et se pare de son plus beau manteau bleu. Des odes à une culture, une identité, et aux âme fortes, mais ouvertes aux rencontres et à l’autre. L’expression d’un art de vivre empreint à la fois de liberté et de discrétion, cultivé avec force. J’ai tout de suite vu que tu étais un séducteur d’oiseaux, un bavard qui devenait taiseux dans la futaie.Haut du formulaireBas du formulaire

    La dernière fois où nous sommes vus, c’était au cœur de la féria dacquoise, à la Pena Robin Desbois, autour de Jeff Dubois et de quelques amis. Qui mieux que Léon Mazzela, dans « le bruissement du monde », peut évoquer une manière de vivre à laquelle tu n’aurais pas renié de t’adonner: « Égrener les bonheurs simples du quotidien – le passage d’oiseaux migrateurs, une lecture galvanisante, la dégustation d’un vin, la délicatesse du givre sur l’herbe, le souvenir d’une journée chez un grand écrivain, une musique bouleversante, le regard d’un chevreuil, une tarte aux mirabelles, un match de rugby, une scène de cinéma inoubliable – figure un chapelet d’émotions rassemblées de la tranche de la main, comme des miettes sur la nappe afin de les thésauriser au creux de l’autre main. »

    Tu nous quittes quelques jours après Jean Salut, et quelques heures avant Claudia Cardinale … la classe jusqu’au bout.  

    Jean-Claude Barens  

    Pierre Albaladejo et Jean-louis Berot , avant le derby Dax contre Mont-de-marsan , a Dax le 15 Avril 2011 . – Le Deodic David ( Stade Maurice Boyau )

  • Gaston a le goût des mots

    Du haut de ses 96 ans, GASTON DUBOIS figure légendaire du rugby dacquois, éducateur hors pair, à toujours l’œil pétillant et le verbe haut. Son goût pour l’écriture ne l’a jamais quitté. J’ai passé un bon moment avec lui aujourd’hui, et il m’a confié ce texte qu’il vient d’écrire et que j’ai plaisir à vous offrir en partage.

    « Ces hommes de mon temps, jouaient pour une guerre franche,

    Tout tressaillait quand de l’arbre, ils coupaient une branche,

    Et ces joueurs des grandes équipes passées,

    Sont dans mon souvenir, survivants à jamais.

    Ces hommes de mon temps, côtoyaient les hauts sommets,

    Ils parlaient haut et fort, étant tous de fiers landais,

    Ils allaient droit au mur, pour donner l’escalade,

    Ils méprisaient le danger, le piège et l’embuscade.

    Ils n’étaient pas de ceux qui s’endorment longtemps,

    Hors du danger auguste, ils étaient mécontents,

    Les pieds plus que les mains, leur servaient de hache,

     Rester immobiles et impassibles, c’était manquer de panache.

    De tout bien mal acquis, ils disaient qu’on le rende !

    Avec l’adversaire, la distance n’était jamais trop grande,

    Ils ne s’emballaient guère en finesses subtiles,

    Mais donnaient en peu de temps une réponse rapide et utile.

    Etant plus gens de guerre que gens de lettres,

    Ils ne perdaient que peu de temps à remettre,

    Avec cette gaité, cet entrain et ce rire puéril,

    Ils se précipitaient au plus noir du péril.

    Que voulez-vous maintenant qu’on vous dise,

    Ces hommes joyeux, aimés et dotés d’une grande franchise,

    Sans trop d’étonnement et sans aucun souci,

    Savaient sur le terrain crier : par ici !

    Ils étaient curieux d’aller voir tout de près !

    Vous restez dans nos cœurs aimés et respectés. »

    Hommage aux guerriers rouges de la grande époque dacquoise,

    Avec les 3 B, BERILHE, BERHO, BACHELE en tête de ligne, rendons hommage à tous ces avants qui nous ont aussi quittés les LABADIE, LAPIQUE, LASSERRE, CONTIS, DARBOS, CASSIEDE, DARRACQ, LABASTE, et tous ces autres avants de L’USD qui ont participé à maintenir le club longtemps en haut de l’affiche. Nous n’oublions pas bien sûr, les joueurs de la ligne arrière. Ils étaient souvent nos marqueurs, nos finisseurs. Les avants dacquois les aimaient et surtout les protégeaient. Il ne fallait surtout pas toucher à nos petits arrières.

    Honneur aujourd’hui à nos avants légendaires. Et s’il n’en reste plus aujourd’hui pour témoigner de la valeur de ces hommes, je suis heureux et fier de pouvoir le faire.

    GASTON DUBOIS

    Photo : US DAX finaliste 1961.

  • La formation, un coeur battant !

    . C’est elle, dans la phase systolique qui expulse le sang dans les artères, irrigue les vaisseaux, et permet aux professionnels d’évoluer dans la lumière du pré vert, comme dirait le poète. Il y a une vingtaine d’années, l’association US DAX faisait intelligemment l’acquisition d’un petit immeuble de quinze studios, préalablement loué à des curistes. Elle pouvait ainsi héberger des jeunes joueurs arrivant dans un Centre de Formation naissant, qui s’installait sous la houlette de Titou Posper puis de Jérôme Daret (devenu depuis l’heureux manager de l’équipe de France 7, championne olympique 2024). Les jeunes adultes accueillis viennent parfois d’autres régions, mais aussi de lointaines îles du Pacifique. Ce lieu de vie est devenu essentiel, car c’est là que des amitiés se renforcent, que des émotions se partagent, que des soucis personnels peuvent trouver écoute. Que le déracinement, peut paraitre moins pesant. Au printemps 2025, en concertation avec le manager de l’USD Jeff Dubois et du responsable du centre de formation Thierry Gatineau, et sous l’égide de FON’DAXION, Fonds de dotation du club, Alice Helt va créer AMAS (qui signifie Ensemble en Gascon) pour accompagner des joueurs éloignés de leurs proches. Une équipe de bénévoles se forme autour d’elle, où chacun apporte des compétences, pouvant aller des cours de français, aux règlements des démarches administratives. Aujourd’hui nous étions réunis pour un grand nettoyage collectif de fin d’été. Un immeuble avec quinze jeunes durant toute une saison ça demande de temps en temps un gros coup de serpillère !  Nous étions un bon petit groupe composé de joueurs qui occupent les lieux : Raphaël et son petit frère, Jekope, Moon, Logan, Patxi, Mattis, Léonardo et des bénévoles : Alain, François, Alice, Serge, Philippe et moi-même. Un joli moment de partage, qui en appellera d’autres.

    Photo Alice : Après l’effort, le réconfort !

  • QUEL PARCOURS !

    Recruté en 2023 par Jeff Dubois pour apporter son expertise au sein du staff lors de la montée de l’US DAX en PRO D2, son travail est vite remarqué. A la fin de la saison 2025, il rejoint le staff des San Antonio Spurs en NBA et participe à l’accession du club en finales NBA. Victor Azalbert vient d’intégrer aujourd’hui celui de l’Union Bordeaux-Bègles pour la saison de Top 14 à venir. Après avoir analysé en détail les performances de Victor Wembanyama, il va travailler sur celles de Louis Bielle-Biarrey !

  • UNE HISTOIRE DE TOTO

    Bien avant que Toto Dupont ne vienne envahir les écrans du rugby spectacle, nous avions eu aussi notre Toto dacquois. Moins connu, plus discret, mais ayant laissé une empreinte indélébile auprès des amoureux de ce rugby des années 60-70. Jean Desclaux était son nom. A ce moment-là sur les bords de l’Adour, avec des Toto, Titou, Titi, Dédé, il y avait de quoi se prendre les pieds dans le tapis des sobriquets. Flanker, de 1947 à 1959, il ne porta qu’un seul maillot, celui de l’US Dax. Au niveau international, comme le coaching n’existait pas, il se contenta d’être huit fois remplaçant chez les Bleus (sa route barrée par la célèbre troisième ligne Prat-Matheu-Basquet), n’affichant qu’une titularisation en équipe B, contre la Nouvelle-Zélande. C’est donc comme entraîneur que notre landais allait asseoir sa notoriété dans le monde de l’ovalie. Il vécut sa première finale du championnat de France, en tant qu’entraineur, en 1961 contre Béziers.  Le XV de la cité thermale avait pourtant fière allure avec les 3B en première ligne (Bachelé-Berho-Bérilhe) Lasserre et Cassiède en seconde ligne et une troisième ligne de feu : Darbos-Contis-Dubois. Gaston Dubois ayant même terminé meilleur marqueur d’essais la saison 1960-1961, avec 15 réalisations. Mais aussi des lignes arrière qui avaient des fourmis dans les jambes. A la fin, un drop de Pierre Danos mit fin au rêve d’une saison qui aurait dû être couronnée d’un titre de champion de France. A la tête de son club de toujours il décrochera, quatre challenges Yves Du Manoir (1959, 1969, 1971 et 1972), mais perdra aussi quatre finales du championnat : 1961, 1963, 1966 et 1973. Au lendemain de cette dernière défaite face à Tarbes (12-18), Toto Desclaux se verra invité par les barons agenais (Albert Ferrasse et Guy Basquet) à prendre les rênes du XV de France. Poste qu’il allait occuper jusqu’en 1980, écrivant au passage quelques belles pages du rugby hexagonal. Je pense à cette année 1977, et à ce parcours incroyable. C’est l’heure du match du grand Chelem contre l’Irlande. Dans l’intimité du vestiaire de Lansdowne Road, l’entraîneur Toto Desclaux glisse la cassette du Nabucco de Verdi dans le petit mini K7 posé au milieu de la pièce aux effluves camphrés. C’est  « Le chœur des esclaves ». Jacques Fouroux prend la parole. Ils sont tous là à se serrer par la taille, autour du petit caporal gersois : les Bastiat, Paco, Cholley, Skrela,Rives, Paparemborde, Imbernon, Palmié …et toutes les gazelles des lignes arrière. Au bout de l’aventure, un Grand Chelem dans le Tournoi des cinq nations 1977, remporté par les quinze mêmes joueurs et ce sans encaisser le moindre essai. Puis vint le 14 juillet 1979 à L’Eden Park d’Auckland. Cette forteresse des All Blacks où toutes les équipes venaient mourir en silence depuis des décennies. Dans ce lieu où le rugby prend une dimension presque sacrée, sous un ciel moutonneux, le sanctuaire allait tomber sous les coups de boutoir d’une équipe de France qui respirait la fierté collective et l’abnégation.  Pour la première fois de l’histoire, les Blacks pliaient à domicile face aux Français. Puis la vie dacquoise reprit son cours. D’une tradition familiale de maraîchers jusqu’à la direction d’une concession automobile, en ces temps-là, un parcours de vie ne pouvait pas être uniquement rythmé par le rugby, sport pas encore devenu professionnel, et qui ne nourrissait pas financièrement son homme. Jean Desclaux mourut à Dax le 23 mars 2006, après une longue maladie. Là où il était né. Là où il avait toujours fait partager et transmis sa passion. Il n’a jamais cherché les projecteurs. Mais c’est lui, assisté du béarnais Jean Piqué, qui a allumé le feu d’artifice en ce 14 juillet 1979 au pays du long nuage blanc. Il y a bientôt 47 ans, Toto le dacquois a conquis Auckland. Il restera à jamais dans nos cœurs. Jean-Claude Barens

  • Destins croisés

    Qui pourrait se réjouir de voir les montois chuter en division Nationale. Ce sas entre le rugby amateur et professionnel, dont il est de plus en plus difficile de s’extirper, une fois que l’on y a mis les pieds. C’est avant tout une bien mauvaise nouvelle pour le rugby landais, tant nos histoires sont interconnectées. Nous sommes passés par là, et nous nous en sommes relevés très récemment grâce à la conjonction d’un groupe de joueurs exceptionnels et d’un staff expérimenté et talentueux. Après 5 années de purgatoire. Les jaunes et noirs avaient également dégringolé bien bas à la fin des années 1990 et ont connu aussi leur résurrection. Sachons mettre de côté les vieilles rancunes, les périodes où les arrogances successives apparaissaient en fonction de l’échelon occupé, les abeilles qui butinaient et piquaient les culs rouges ou des culs rouges qui les écrasaient dans leur sillon interfessier. Il est bien loin, notamment pour les plus jeunes, le dimanche orageux de juin 1963, où en finale du championnat de France, Dédé Bérilhe se faisait assommer par le coup de poing d’un Cazals arrivant sournoisement dans son dos, sous le regard assez indifférent de monsieur Capelle, arbitre pataud, dépassé par les évènements et transpirant encore le cassoulet de midi. Un autre rugby, une autre époque où les protocoles commotion se testaient à l’effet de l’éponge magique. Ils résonnent encore dans nos coeurs tous ces derbys bruyants et colorés, tous ces charmants chambrages, ces 40 points à rien, qu’ils nous mirent aux 60 que récemment ils prirent.  Et ces jours-là les trésoriers rigolaient en se frottant les mains, la bière coulait et les chants montaient tard dans la nuit landaise. La disparition progressive des préfectures et sous-préfectures rurales du rugby professionnel français est un phénomène qui dépasse largement le sport. Elle reflète les transformations économiques, démographiques et territoriales de la France depuis la professionnalisation du rugby en 1995. Pendant une grande partie du siècle dernier, de nombreuses petites villes constituaient des places fortes du rugby : Agen, Béziers, Tarbes, Dax, Narbonne, Mont-de-Marsan, Lourdes ou Bourgoin-Jallieu. On pouvait retrouver Bagnères, La Voulte ou Mazamet en finale. Ces villes étaient souvent des sous-préfectures ou des centres industriels régionaux dont le club constituait un élément majeur de l’identité locale. Avec l’arrivée du rugby professionnel, le modèle économique a été profondément bouleversé. Les budgets, les infrastructures, les centres de formation et la masse salariale sont devenus déterminants. Les clubs situés dans de petits bassins de population ont progressivement perdu leur avantage historique face à des métropoles capables d’attirer davantage de sponsors, de spectateurs et de partenaires économiques. Tout cela orchestré par le grand patron du rugby professionnel, celui de l’image, du ralenti spectaculaire et des collisions vues sous tous les angles. Je veux parler de Canal +. Maitre des horloges, et argentier incontournable des clubs via ses droits tv.

    Le véritable changement est donc moins la disparition des préfectures et sous-préfectures rurales que leur déclassement relatif. Autrefois dominantes dans l’élite, elles occupent aujourd’hui surtout l’espace de la Pro D2 et de la Nationale, tandis que le Top 14 tend à absorber les territoires disposant d’une puissance économique plus importante. Le rugby français conserve néanmoins une singularité : aucune autre grande ligue professionnelle européenne n’accorde encore autant de place à des villes moyennes ou petites dans son écosystème professionnel. La disparition — ou plus exactement le recul — des bastions historiques du rugby français est l’une des évolutions majeures du rugby professionnel depuis trente ans.

    L’avenir des Landes dans le rugby professionnel reste paradoxal : le territoire demeure l’un des plus rugbystiques de France, mais ses deux clubs phares, US Dax et Stade Montois Rugby, luttent aujourd’hui pour survivre. Le département conserve cependant plusieurs atouts structurels : une culture rugby extrêmement enracinée, un réseau dense de clubs amateurs, une forte pratique chez les jeunes, des équipements de qualité et des derbys à la pelle ! Peu de départements français de 400 000 habitants peuvent encore soutenir deux clubs professionnels. Le problème n’est donc pas la disparition du rugby landais, mais sa capacité à rester compétitif dans un environnement économique de plus en plus exigeant. Les saisons récentes illustrent cette fragilité. Dimanche, Mont-de-Marsan a joué son maintien sur un match et l’a perdu, alors que Dax a également été engagé toute la saison dans la lutte pour éviter la relégation. Sportivement, le club a montré une capacité de résistance remarquable. Malgré plusieurs sanctions administratives et retraits de points, l’équipe est restée soudée et compétitive sur le terrain.  Les clubs landais vont probablement devenir des structures « ascenseur » entre Nationale et Pro D2, avec la hantise de ne pas descendre plus bas.

    L’avenir des Landes n’est peut-être pas d’avoir un champion de France professionnel, mais de rester une grande et belle terre de formation pour filles et garçons. Ici, le ballon ovale vous pousse entre les doigts dès le plus jeune âge. Le vivier existe. Il est dense et irrigue le territoire. Cousons hier à aujourd’hui, renforçons ce maillage pour en faire une force. Notre force. Et à tous ceux qui tentent de s’approprier ce bien commun à des fins spéculatives, je pose une question simple : pour vous, le terroir qu’est-ce ?

    Nous, nous préférons l’histoire sur la longueur, au profit dans la minute.

    Jean-Claude Barens

  • ESPERANZA

    C’est un samedi en ovalie dacquoise. Sous un ciel azuré, la grosse olive blanche s’est immobilisée le long de la ligne de touche. Une nuée de minots aux tuniques blanche et rouge, les mains à peine visibles sous des manches trop longues, se précipite pour la saisir et la faire virevolter. Au même moment, à des centaines de kms de là, à Ansac-sur-Vienne, les plus grands, ceux qui ont parfois déjà foulé des pelouses professionnelles, s’attaquent à l’un des cadors de la catégorie. C’est du costaud en face. Ils s’inclineront de très peu après avoir tout donné, avec talent et générosité. Entre temps, les filles du club auront répété leurs gammes, pour aller peut-être chercher un titre. Des adolescents encore boutonneux, se seront serrés par la taille, dans un ultime élan de motivation. Toute La famille les observe, les couve toutes et tous d’un regard fier et attendri. Tous les week-ends, des techniciens, des éducateurs, des bénévoles, des arbitres, des dirigeants, font don de leur temps et de leur passion au service d’une histoire collective. Des supporters traversent le pays pour aller soutenir les équipes. Le rugby est devenu un sport professionnel. Il emprunte désormais des chemins tortueux, tapissés d’euros et de surbrillance, dont personne ne peut dire où ils mèneront. Et quand on se retrouve parmi ces familles qui ont du mal à boucler les fins de saisons, c’est donc dans la formation qu’il faut aller chercher les cellules vivantes d’une possible existence au meilleur niveau. Que ces jeunes puissent briller le plus possible sous nos couleurs. Qu’ils réussissent sur le terrain et à l’école. Que l’on ait la capacité de les faire adhérer à un projet construit et innovant. Insérer et accompagner ceux qui viennent de loin, ceux qui sont les plus fragiles. FonDAXtion et le projet AMAS en ont bien cerné la nécessité et oeuvrent déjà formidablement. Jérôme Daret avait par le passé posé les bases et saisi l’importance de la formation. L’équipe professionnelle évolue sur une scène où les artistes sont sous les projecteurs, mais c’est toute une lignée solidaire qui grouille en coulisses pour produire au quotidien cette capacité d’émerveillement, ces émotions, ce bien vivre ensemble, qui sont des composantes majeures de ce sport.

    « Le rugby, ce n’est pas un caprice. Ça vous coule dans les veines et ça colle au terroir ». On a raison de dire que c’est « une manière d’être »

    Jean-Claude Barens

    Photo : Equipe Reichel Espoir Accession de l’USDAX

  • Solide esquif & mémoire vive

    Une équipe peut difficilement être appréhendée de façon ponctuelle, hors du contexte et hors de son évolution dans le temps. Elle possède un passé, un présent et un futur. Le mot équipe viendrait trouver sa source au moyen-âge et proviendrait du mot esquif, qui signifie petite embarcation. Puis par extension, le mot désigne les occupants, que l’on retrouve dans le terme équipage. Quand notre embarcation rouge et blanche fut mise à l’eau dans le monde professionnel à l’été 2023, rares étaient celles ou ceux qui ne prédisaient pas un naufrage imminent, même si la navigation dans les eaux agitées du championnat de Nationale avait été des plus brillantes. Tout le monde sait que le sport à un certain niveau, devient un monde d’urgence. Celui de l’urgence de la performance. Les voiles hissées, le Capitaine de Vaisseau qui avait ramené son équipage dans les eaux du rugby pro, est sur le pont avec ses seconds Les amarres sont larguées, avec de sacrés matelots sur le rafiot. Lolo, Néphi, Ratu, Jope, Sam, ça fait du poids accroché au bastingage ! Et je ne vous cite pas les autres valeureux marins, dont certains naviguent au club depuis plusieurs années, sans parler d’autres capables de vous faire franchir la Barrere de corail au sortir du vestiaire. Après un léger tangage au démarrage, l’embarcation trouva son rythme de croisière, paraissant même parfois insubmersible. Plusieurs mois de bonheur pour nous qui suivions ce groupe qui avait le vent en poupe, et qui nous offrait des régates à régaler les plus sombres prédicateurs. Des années que nous attendions ce renouveau. Toutes voiles dehors jusqu’à la fin de l’hiver 2025, où un temps plus incertain s’installa. Parfois de la brume et du gros grain, comme peuvent le vivre toutes les armadas ovales à un moment de leur saison. Toutefois de gros nuages noirs s’accumulaient avec insistance. Fatalement, la tempête éclata. Violente. Le Capitaine de Vaisseau et ses seconds furent débarqués sans ménagement, après avoir fait du club une figure de proue d’un rugby résistant à la puissance des gros armateurs, en pariant sur la formation de jeunes mousses. La capitainerie dirigeante, par sa compétence limitée, son honnêteté relative, et ses soubresauts mensongers, est venue ternir l’image d’un club fraichement réhabilité sur le plan sportif. La punition tomba, et les points soustraits coulèrent à flots. 14 unités. De quoi vous arracher les haubans. Une nouveau Capitaine de Vaisseau expérimenté arriva avec ses seconds. Il fallait affronter le gros temps. La cohésion du groupe s’avérera capitale. 30 matelots, déjà présents à l’été 2023 embarquent pour une traversée de tous les dangers. Ils se connaissent bien, ont appris à jouer ensemble, ont navigué souvent sur des mers d’huile, connu des joies intenses malgré une fin d’escale plus mouvementée. Ils affrontent aujourd’hui des vents contraires d’une rare intensité. La cohésion d’un groupe ne forme pas un tout homogène, monolithique. L’équipe au contraire est organisée, et comporte un minimum de différenciation entre les individus qui la composent. Cet héritage collectif est un bien précieux, que le nouveau Capitanat va savoir gérer avec efficacité et sensibilité. Un sujet reste fondamental dans la vie d’un groupe : les émotions. Oui, le stress, la peur, la jubilation, l’anxiété face aux fluctuations et la joie font partie de ces moments forts qui ponctuent son existence commune. Ces éléments sont le moteur, l’énergie d’une équipe qui en a besoin pour survivre. Le sentiment d’injustice est un levier puissant qu’il faut savoir actionner. Aujourd’hui le bateau n’est pas loin d’arriver au port, avec cette formidable mission du maintien, quasiment accomplie. L’environnement dirigeant semble aussi avoir trouvé une boussole. Que peut-on souhaiter de mieux qu’un retour à l’apaisement et à une gestion saine. J’avais écrit, à l’ouverture de ce blog, que je souhaitais être une vigie et à ce titre je trouvai important de revenir sur l’histoire de ces courageux marins, mais aussi sur celle de ceux qui ont contribué à forger leur état d’esprit, et leurs engagements dans le temps. Et comme le dirait le conteur Henri Gougaud : « On n’oublie jamais ce qu’on aime ». C’est la grande différence entre des acteurs impliqués, qu’ils soient joueurs, partenaires, supporters ou dirigeants et des consommateurs, qui jettent le vendredi avec un grand mépris, ce qu’ils ont adoré le jeudi.

    Hisse et haut matelots, et bravo !

    Jean-Claude Barens

  • Omar HASAN & Grégory DALTIN

    CAFE TANGO / L’émoi des mots 2026

    Un voyage en tango

    Cela fait quelques années qu’Omar ne fréquente plus les pelouses du Top 14, et ne porte plus le maillot des Pumas argentins. Aujourd’hui place à la scène. On n’aurait pas pu imaginer Omar HASAN faire ce spectacle sans Grégory DALTIN musicien surdoué et arrangeur imaginatif. Tous deux ont donné à ce CAFE TANGO son élégance et son esprit voyageur. Partir, revenir, partir à nouveau… un spectacle comme un voyage entre les rives de deux continents dans l’incroyable poésie des mots et des mélodies de cette musique universelle, un voyage agrémenté d’escales, là où nous mène la musique, tout comme le voyage, dans des lieux parfois inattendus. Et dès que ce tango devient prétexte à une note d’humour, la complicité des deux artistes fait le reste et vous guidera dans ce récit de voyage avec pour toile de fond les contours d’un pays lointain, celui d’Omar : l’Argentine.

    Arrangements musicaux > Grégory DALTIN

    Conception et textes > Patrick JOURDAIN

    SAMEDI 11 AVRIL – 20h30

    HEUGAS- Foyer Rural

    Tarif : 15 €

    Réservations : 05 58 57 81 77 (mairie) ou par mail latelierdumot@posteo.net

    Saveurs du terroir offertes pour terminer la soirée.

  • L’US DAX A SON TRIUMVIRAT

    C’était le 26 mai 2025. J’ai voulu créer ce blog, pour alerter sur une situation, que plusieurs mois auparavant, j’avais pressenti bien chaotique et fort inquiétante à mes yeux. L’idée de celui qui aime le club, qui ferme sa gueule et qui subit tout, m’est insupportable. Je ne serai jamais aux Abonnés absents. Qui aime bien châtie bien. Mon goût pour l’écriture a fait le reste. J’ai commencé à y faire part de mon indignation en voyant la manière dont Jeff et ses proches, ont été lamentablement chassés de la maison rouge et blanche. L’amnésie n’a pas de prise sur moi et mon amitié pour lui est restée indéfectible. Son récent passage au Stade Maurice Boyau, a démontré le degré d’ingratitude de certains, parfois la méchanceté et souvent la bêtise. Un supporter, qui n’est certes pas la truite la plus saumonée du torrent, m’invectivant même d’un jet de bave fielleux : « tu as vu un peu ce qu’on lui a mis dans le cul à Dubois ! » Mon sang n’a fait qu’un tour, mais je me raisonnai, me disant qu’une vie passée dans la maréchaussée avait dû le priver du sens de la nuance, et d’une subtilité élémentaire. J’ai toujours affirmé que malgré mon fort attachement au club, je ne me priverai pas d’être cette vigie, ce poil à gratter qui observe ces mouvements de balanciers, ceux qui déplacent les égos et sacrifient les hommes. Si le silence peut-être le plus cruel des mensonges, il est le plus souvent le creuset de tous les fantasmes. Après plusieurs mois d’incubation, de coquilles faussement craquelées, de bouts’d’scalpel à prix d’or, l’oiseau directionnel est enfin sorti de l’œuf. Des triplés, des triplés ! s’écrie la foule en liesse. Ça valait le coup d’attendre !  Le piètre historien de comptoir que je suis, s’est toutefois penché sur ce que les triumvirats ont produit dans l’histoire. A vrai dire, c’est un peu comme les histoires d’amour, ça finit souvent mal. Triumvirat vient du latin tres viri (« trois hommes ») et désigne une alliance souvent fragile et temporaire, entre trois dirigeants qui partagent le pouvoir. Survolons la grande fresque des temps anciens. 1er triumvirat (60 av. J.-C.) Jules César, Pompée & Crassus. Ce n’était pas officiel, mais une alliance secrète pour dominer la politique romaine. Il prend fin après la mort de Crassus et la rivalité entre César et Pompée, va mener à une guerre civile. 2e triumvirat (43 av. J.-C.) Octave, Marc Antoine & Lépide. Pour ces trois l’objectif principal, était de venger l’assassinat de César. Ils se partagent l’empire, mais des tensions apparaissent rapidement. Le triumvirat se termine avec la victoire d’Octave sur Marc Antoine, ouvrant la voie à l’Empire romain. Le Consulat (1799–1804) Un triumvirat officiel nait après le coup d’État de 1799 : Napoléon Bonaparte, Emmanuel-Joseph Sieyès, Roger Ducos. Trois consuls dirigent la France. Mais Napoléon prend rapidement tout le pouvoir et devient empereur. En Union soviétique après la mort de Joseph Staline, un pouvoir partagé apparaît brièvement : Nikita Khrouchtchev, Georgi Malenkov & Lavrenti Beria. Ils tentent de gouverner ensemble. Mais les rivalités entraînent rapidement la chute de Beria puis la domination de Khrouchtchev. Faut dire qu’en matière de triumvirat, les landais ont déjà une certaine pratique, avec notre Roger Ducos, avocat à Dax, né à Montfort-en-Chalosse, comme les frères Boniface. Hélas, il se fit piquer la place, sur un cadrage avec débordements, par le Corse d’Ajaccio. Bien évidemment, je ne souhaite pas que ceux qui ont le courage de prendre les rênes s’empêtrent dans de telles situations qui pourraient devenir virales. Pour le bien de tout le club, souhaitons que l’intelligence collective prenne le pas sur les ambitions personnelles.  Soyons rassurés, car le Duc Benyamino Bufflet de la Gare occupe le siège de la surveillance. Assis certes sur quelques casseroles, il vérifie que sa rapière trempe toujours dans de l’eau à – 14, comme si de rien n’était. Etonnant toutefois qu’il soit jugé le mieux placé pour veiller au bon comportement de ceux qui l’entourent : des anciens admirablement fidèles, des nouveaux, plus jeunes et pleins d’envie. Tous ont mis de l’argent au pot, pour qu’une suite soit possible. Et ça, il faut le dire haut et fort. Les joueurs et le staff se sont habitués à cette température polaire. Ils n’ont pas le choix, et se battent comme des chiens pour remonter sous des cieux plus cléments. Ils vont y arriver, nous le souhaitons de tout notre être.

    Jean-Claude Barens