LA VALSE DES STAFFS

Vincent LAGASSE, ancien espoir et coach des Crabos du CO, se bat depuis des années contre la maladie de Crohn. Le texte qu’il livre en 2022 est une analyse au cœur du réacteur d’un club professionnel, constat placé dans une perspective humaniste. Compte tenu de son combat au quotidien face à cette maladie invalidante, les décisions brutales de quelques responsables égocentrés, paraissent bien dérisoires. Je voulais vous faire partager ses écrits sur le rôle des hommes de terrain.

« Quel entraîneur n’a pas connu la spirale négative, les défaites qui s’enchaînent, la phase descendante ou bien ce que certains appellent la » fameuse fin de cycle » ? La solution miracle consisterait alors à limoger, à remercier, à virer, à couper la tête de celui qu’on accuse comme seul responsable de ces naufrages.  

Le Castres Olympique a bien prouvé il y a quelques semaines que conserver le manager en lui donnant d’autres prérogatives peut être bénéfique plutôt que de le tenir comme seul coupable. En redistribuant simplement les cartes, les rôles et les missions de chacun, et en lui laissant le choix de ses hommes pour mette en œuvre son projet. Travailler en bonne intelligence avec le potentiel et les facultés de chacun doit permettre à un staff d’œuvrer collectivement en vue de rechercher l’efficience, l’efficacité et la performance.   Ne serait-il pas judicieux, prioritaire de prendre également en compte l’usure que génère ce rôle et ce poste d’entraîneur ? L’usure mentale, psychique, physique, physiologique contribuent à annihiler la motivation d’un coach à cause de la pression du résultat. Rajoutés à ces éléments la charge de travail, les longs déplacements, le stress, la peur de perdre sa crédibilité et son emploi, devraient faire l’objet d’une prise en compte par le président d’un club. Une régénération nécessaire doit être proposée par les décideurs au sein d’un club en vue de préserver la motivation d’un entraîneur qui doit rester entraînant.  L’usure générée par ce poste peut conduire certains à voir leurs relations détériorées avec leurs joueurs mais également avec leurs administratifs voire avec leurs supporters et parfois leurs présidents. Plutôt que de tirer sur la corde jusqu’à l’usure totale et la rupture, les présidents de clubs seraient bien malins d’installer des périodes de repos destinées à cette prise de recul salvatrice et gage de plaisir retrouvé.  Parce qu’il n’est pas non plus aisé de retrouver un club, de rebondir après avoir subi des échecs et avoir fait l’objet d’un licenciement ou d’une rupture de contrat à l’initiative du club. La carrière d’un entraîneur reste fragile et précaire autant que celle des joueurs. Ces décisions sont ainsi lourdes de conséquences pour une famille, pour un sportif, pour son avenir. Il faut ici en appeler à l’intelligence et à la bienveillance des supporters pour ne pas invectiver leurs entraîneurs : s’ils aiment leur club, ils aiment leur coach. Les supporters devraient même soutenir et protéger leur entraîneur pour influer positivement sur l’équipe. La pérennité d’un entraîneur est gage de stabilité sur du long terme, certains clubs l’on bien compris. Il faut aussi être bien conscient que manager ne revient pas seulement à faire courir des garçons après un ballon ou bien à poser des plots. Sont en jeu l’image d’un club, sa politique générale, le pilotage de plusieurs staffs (médicaux, sportifs, intendants, administratifs) mais également le management et l’entraînement des joueurs, la gestion d’un projet de jeu et bien d’autres composantes.  Entraîner et manager ne s’improvise pas, c’est un métier qui se forge dans le temps. La communication y est prépondérante, la posture, le positionnement, le sens oratoire, les mimiques, la tenue vestimentaire, tout se travaille pour véhiculer l’image d’un bon chef. La capacité d’un homme à gérer ses émotions est mise à rude épreuve. Faire preuve d’exemplarité devient rapidement primordial pour qu’un entraîneur puisse asseoir autorité et légitimité. Les présidents de clubs devraient réfléchir au système qu’ils créent eux-mêmes, le système qui déprécie, ce système qui dévalorise et qui rend seul responsable celui qui détient le même diplôme et les mêmes pratiques que son successeur. Cela laisse perplexe, d’autant plus qu’un entraîneur qui n’a jamais été viré devient une espèce en voie de disparition. En effet, certains présidents rappellent ceux dont ils s’étaient séparés quelques temps auparavant, allant même répéter la pratique à plusieurs reprises avec le même homme, alternant entre le costume de sauveur providentiel, de pompier de service et celui de vilain petit canard, responsable de tous les maux.  

Alors, Messieurs les présidents, un peu de réflexion sur le système de bannis que vous êtes en train de fabriquer. »

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