JC-Dans quel état d’esprit se trouve-t-on, quand on a été brutalement privé de son travail, malgré des résultats convaincants ?
JEFF- Le sentiment qui domine c’est une très grande déception. Déception de ne pas pouvoir poursuivre le travail accompli, alors qu’avec mon staff on en avait encore sous la pédale. D’ailleurs on avait fait des entretiens individuels et collectifs pour présenter une évolution du projet de jeu, proposer des modifications sur notre défense, sur notre attaque …tous les joueurs adhéraient et semblaient enthousiastes. Beaucoup de déception, car l’histoire n’était pas complètement finie de ma part. Il nous restait une année de contrat. On aurait voulu aller jusqu’au bout, que l’on nous fasse confiance. De la tristesse de devoir quitter ce groupe de joueurs que j’ai connus pour la plupart en Nationale et qui ont beaucoup progressé. Enfin, tout simplement triste, de voir une belle histoire stoppée aussi brutalement.
JC-A l’issue de cette fin brutale, t’es-tu senti soutenu ?
JEFF-Oui, et je l’ai vraiment très largement matérialisé durant les fêtes de Dax. Enormément de témoignages, de soutiens, de remerciements, de félicitations. De chaleur humaine. La Pena Robin des Bois qui m’a mis à l’honneur, des gens comme toi qui sont présents depuis le début, mais aussi beaucoup de personnes qui m’ont fait part de leur incompréhension face à cette situation. Ça fait chaud au cœur. Ce sont des moments difficiles, depuis le mois de mai tout n’a pas été rose, et même si aujourd’hui l’histoire n’est pas encore terminée- je ne rentrerai pas dans les détails – en tout cas le soutien continue à être présent.
JC- Que souhaites-tu à cette équipe, composée finalement à 90 %, de joueurs que tu as choisis, dont certains qui ont vécu toute l’histoire depuis la Nationale ?
JEFF-Je souhaite tout simplement qu’elle continue de progresser et qu’elle se maintienne en PROD 2. L’ambition de cette année était à nouveau la qualification. De faire une grosse dernière saison. Certains l’ont voulu autrement. Mais avec toute l’agitation à l’inter-saison, la mise en place d’un nouveau projet de jeu, il faudra sans doute un peu de temps pour que le collectif soit totalement efficace. Avec un début de championnat aussi corsé, tout retard à l’allumage est pénalisant. Je leur souhaite de s’en sortir sportivement, parce qu’ils le méritent. Ce sont des compétiteurs, des bosseurs et des bons gars. Notre histoire commune a été intense. Vincent Etcheto, que je connais un peu, est expérimenté, et à sous certains aspects des aspirations de jeu, qui peuvent être proches des miennes. Avec certainement un peu plus de classicisme, et un peu moins de place pour les prises de décisions individuelles. Même si on est costaud devant, il faut pouvoir prendre derrière, des initiatives à tout instant.
JC-Tout au long de ton parcours, tu as pratiqué ce métier d’entraineur, en ayant différentes fonctions. Cette dernière, de manager général, est-elle plus délicate à gérer mais aussi plus intéressante ?
JEFF- C’est un poste intéressant mais compliqué. J’ai toujours aimé être près des hommes. L’opportunité de le faire à Dax était idéale, pour continuer à me former, à progresser. Prendre le temps. Bien évidemment, si j’avais l’occasion de le faire au plus haut niveau, ça serait formidable. Mais les places sont chères. Trois belles saisons avec Dax, où je me suis régalé, mais j’ai envie d’être toujours au plus près du terrain. Le rôle de Directeur sportif viendra peut-être plus tard.
JC-Là, tu éprouves le besoin de faire une pause pour les mois qui viennent ? Es-tu attentif à d’éventuelles propositions ? Ton souhait est-il de rester dans la région ?
JEFF-Dans ce métier il faut rester en vue. On ne peut pas trop faire de longues pauses. A cette période de l’année, tous les staffs sont constitués, les saisons ont commencé. Quand je me suis engagé à Dax c’était idéal, avec un projet sportif et un projet familial. Faire remonter le club et être proche des miens. J’ai eu cet élan brisé. Et s’il faut repartir, je repartirai, c’est évident. Ce métier est passionnant, mais précaire. Je le sais.
JC-Te vois-tu exercer dans le rugby, une fonction différente : Président de club ? Directeur sportif ?
JEFF-C ’était une éventualité que j’avais envisagée L’idée était de construire un maximum sur le rugby avant de passer de l’autre côté de la barrière. De se donner les moyens d’avoir une formation forte sur laquelle s’appuyer. A ce titre, le travail fait par Willian Rebeyrotte et Thierry Gatineau est excellent. La politique des JIFF que j’ai portée allait dans ce sens. Comment exister à ce niveau, avec si peu de moyens ? Beaucoup de choses sont encore à inventer. Et les joueurs formés au club en sont obligatoirement la pierre angulaire.
JC-Beaucoup souhaitent te revoir un jour à Dax, quand les conditions seront réunies. Ce sont de doux rêveurs, ou ont-ils le droit de garder un peu d’espoir ?
JEFF-Surement pas dans les conditions actuelles, tout le monde s’en doute. Mais, en revenant à un poste différent, nourri de plus d’expériences, avec un peu plus de hauteur, je dirai pourquoi pas ? J’avoue, pour l’instant qu’il y a une brisure. Même si j’ai le sentiment de ne pas être allé au bout de mon projet, j’ai besoin de temps pour digérer. Je suis entre deux eaux. Mais, la porte n’est pas totalement fermée.
JC-Que retiens-tu de ces trois années assez magiques ? As-tu conscience que tu as rendu heureux tout un peuple rouge et blanc ? As-tu senti cet enthousiasme, autour de l’équipe et de son staff ?
JEFF -On a senti tout un peuple derrière nous, un public qui était de plus en plus nombreux au stade et un noyau de fidèles supporters à l’extérieur. Je n’ai qu’un regret : ne pas avoir été Champion de France. Nous serions ainsi rentrés dans l’histoire du Club, même si la saison suivante, la qualification pour les phases finales de la part d’un promu, nous permettait de nous y inscrire Des moments très forts, avec finalement peu de moments tristes. Les joueurs étaient confiants, et n’ont jamais craint de jouer le maintien.
Un grand merci cher Jeff, pour ce moment partagé face à l’océan.
Jean-Claude Barens « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »

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