Ma vie est une histoire de migration

Dacquois d’origine, ayant vécu ses plus belles années de joueur au Stade Toulousain et passionné par la chasse aux oiseaux migrateurs, Jean Louis Bérot nous parle sans détours, de ses migrations.

Unique fils d’un père Dacquois et d’une mère originaire de Saint Etienne d’Orthe, le jeune Jean Louis Bérot pouvait difficilement passer à côté de ce qui deviendra ses deux grandes passions, le Rugby et la Chasse. Après une enfance passée au quartier du Sablar, non loin de la maison de Pierre Albaladéjo, il migre vers la place Saint Pierre où ses parents tiennent un magasin de cycles. C’est dans ce quartier qu’il va faire la connaissance d’un autre fils unique, Jean Pierre Bastiat. « Nous nous sommes rencontrés là et nous sommes devenus frères » lance Jean Louis. De deux ans son ainés, Jean Louis débute le rugby dans la jeune école de rugby que l’US Dax vient de créer. Après ces années, bon élève, mais un peu dispersé, Jean Louis est envoyé par son père finir ses études secondaires à Toulouse. Par son activité de vendeur de cycles, le papa de Jean Louis échange avec un représentant de la firme Solex et Lambretta, par ailleurs dirigeant au Stade Toulousain. C’est ainsi que Jean Louis, à 17 ans, se retrouve en 1ère au Lycée Pierre de Fermat.

« On logeait à sept dans un appartement… »

Ayant déjà connu des sélections chez les jeunes, Jean Louis va signer au Stade Toulousain, à un moment où le club opère un changement de génération chez les joueurs. A cette époque où l’argent était rare, le club loge Jean Louis avec sept autres joueurs… dans un deux pièces. Très vite, le dacquois va faire ses premiers pas en équipe première. Il en profite pour se diriger vers des études de kinésithérapeute. Pendant ses dix saisons au Stade, Jean Louis Bérot va connaitre les honneurs des sélections avec le XV de France. Pour autant, rien ne peut l’empêcher de revenir dans ses chères Landes pour chasser le canard, la bécasse ou la palombe. On ne le sait peut-être pas, mais le grand joueur et incontournable dirigeant dacquois est aussi un inconditionnel de la chasse aux gibiers migrateurs. Pour mesurer le poids de sa passion, Jean Louis nous évoque une anecdote. « Après une tournée en Nouvelle Zélande en 1968, je profite de courtes vacances dans l’hiver pour revenir de Toulouse afin de chasser canards et bécasses. Le tournoi des cinq nations 1969 se profile et son premier match contre l’Ecosse. Bien qu’ayant pris part à la tournée, à ce moment-là de l’année, je me soucis plus des heures de passages, que de celles des annonces de la sélection. Quand la composition d’équipe est annoncée à la radio, je suis sur l’Adour en barque… et en panne de moteur. Quand j’arrive au pont de Tercis, le moteur sur le dos, j’entends mon père qui m’appelle inquiet, car il fait nuit depuis longtemps. Il est accompagné d’Alex CAZALIS, un célèbre journaliste local. Tous les deux m’informent que je suis sélectionné et sont surpris de ma réaction. En effet, ma principale préoccupation du moment est de réparer mon moteur… »

Le staff médical, c’était Andrieu et Bérot !

Au cours de sa carrière internationale, Jean Louis va retrouver ses amis dacquois Jean Pierre Lux, Claude Dourthe et son « frère » Jean Pierre Bastiat. Il y vivra des tranches de vies assez mémorables. Les tournois et les tournées vont se succéder. Les tournées du XV de France duraient un mois et demi à cette époque. Au cours d’une d’entre elles, en Nouvelle Zélande, la couverture médicale était assurée par la charnière Bérot/Andrieu. Le Dr Jean Andrieu, ouvreur de Graulhet et Jean Louis Bérot, demi de mêlée, composaient le staff médical… « Avec Jeannot, on trimballait le nécessaire dans une cantine en fer, dans tous les hôtels de Nouvelle-Zélande, qui manquaient cruellement d’ascenseurs… Le staff médical, c’était Andrieu et Bérot ! Quand on pense aux conditions dans lesquelles évoluent les joueurs actuels, on se dit que c’était dingue ! »  Après les tournées, ce sont les tournois qui procurent des moments d’exceptions à Jean Louis. Une autre facette du personnage qu’on connait peu, Jean Louis est un grand chanteur. « J’avais un peu plus de voix que d’autres, je dirais … » déclare Jean Louis, même s’il avoue avec humilité que son ami André Dassary, célèbre chanteur d’opérette, lui avait proposé un jour de s’inscrire au conservatoire à Paris. En janvier 1971, après une victoire de la France contre l’Ecosse, avec quelques joueurs, ils font un passage à l’Olympia, chez un amateur de rugby, un certain Bruno Coquatrix.

Sur la scène de l’Olympia…

Le propriétaire de l’Olympia propose aux joueurs une visite des coulisses. « Ce soir-là, Marcel Amont effectue un tour de chant. Je demande à Mr Coquatrix si je peux monter sur scène et me voilà, aux côtés de Marcel Amont sur la scène de l’Olympia. Je prends le micro et je commence à chanter. Avec beaucoup de finesse, Marcel Amont me laisse continuer devant un public conquis et mes coéquipiers aux anges. Je lui ai quand même rendu le micro, afin qu’il finisse son spectacle (rires)… quel souvenir !! »

Comme tout bon migrateur, à l’issue de sa carrière Toulousaine, Jean Louis va revenir nicher dans sa ville de Dax. Alors qu’il avait commencé à pratiquer sa spécialité à Toulouse, c’est à Dax qu’il va se lancer dans le thermalisme, une activité qu’il ne connait pas bien. En délicatesse avec une épaule, il n’enchainera pas les saisons avec l’US Dax. Après une courte période où il se consacre seul à son établissement, c’est comme entraineur que Jean Louis va d’abord œuvrer dans son club formateur. A deux reprises, de 1979 à 1981 et de 1983 à 1985, il va prendre les rênes de l’équipe fanion. Il connaitra les joies d’encadrer les hommes, mais aussi la difficulté de faire des choix et d’être à la hauteur des attentes de toute une ville.

Une présidence tournante.

Après son expérience d’entraineur, c’est aux côtés de ses amis internationaux qu’il va prendre le destin de l’US Dax en main. Sur le principe d’une présidence tournante, le club va éviter les conflits entre ces quatre personnalités fortes. Le glorieux passé du club est lourd à porter, notamment quand les instances annoncent la professionnalisation du rugby, en 1995. « Ça a été un choc. On ne savait rien des conditions. Même le trésorier de la FFR de l’époque ne savait pas comment cela allait se passer…  Ensuite, tout s’est accéléré. Les joueurs ont commencé à partir vers les clubs qui offraient des salaires à la hauteur de leurs moyens. Je crois que nous, dirigeants plutôt bienveillants qui avions le souci d’aider des jeunes à devenir des hommes, avons été effacés au profit des agents et de l’argent… » Celui qui pleure la disparition de son « frère » Jean-Pierre Bastiat et de ses amis Jean-Pierre Lux, Claude Dufau et Jean Louis Azarète ces derniers mois, a un regret : « j’aurais sincèrement aimé que l’on puisse trouver des investisseurs, des repreneurs ou que nous puissions nous regrouper, pour que les jeunes de nos Landes puissent continuer à rêver de rugby dans notre territoire… »  Qui sait ? Peut-être qu’un jour, une nouvelle migration se posera dans les Landes pour penser à un avenir du Rugby Landais…

Laurent TRAVINI       Landes Rugby Magazine     mars 2022

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