Dans ce grand voyage qui t’emporte avec ton dernier vol d’oiseaux bleus, tu resteras toujours cet humaniste se débattant dans un monde complexe, cet homme bienveillant au regard perçant, éclaboussant de classe et d’humilité. Il était difficile de ne pas se rallier à ton panache blanc, tant ton énergie était communicative. En quelques mots simples, tu remettais vite un échange sur des rails où l’humain était toujours au cœur de tes préoccupations.
Il y a quelques années, j’apportais dans ton bureau mes archives de l’USDAX et mon projet pour la création du Grand Maul. Adolescent, ma fièvre rouge et blanche, me précipitait sur tout ce qui pouvait concerner le club landais, alors que je vivais pourtant assez loin de là, en pays Lomagnol, aux confins du Gers et du Tarn-et-Garonne. J’avais soigneusement découpé des centaines d’articles, collecté des photos, tenu des cahiers où les mensurations des joueurs dacquois étaient consignées. Amassé des réponses à des courriers échangés avec le secrétariat du club … et même avec Pierre Albaladéjo. Parmi ces petits trésors, un cliché où tu formais la charnière du xv de France, avec Maxou Barrau, celui de chez moi, l’enfant de Beaumont-de-Lomagne. Quand je t’ai déployé pudiquement tous mes secrets, tu as été surpris et ému. Tu m’as vivement encouragé pour le projet du Grand Maul, autour du rugby et la littérature. Et là, quand tu es venu à la première édition, tu as rencontré un écrivain que j’avais invité : Léon Mazzella. Tu lui avouais avec émotion, que ta tonne de chasse à Bélus, était tapissée de quelques pages de certains de ses ouvrages. Celles où sont si bien décrites ses longues attentes dans des cabanes cachées au milieu des bois, les yeux rivés vers le ciel, guettant l’arrivée des palombes. Quand l’automne prend alors une couleur toute particulière et se pare de son plus beau manteau bleu. Des odes à une culture, une identité, et aux âme fortes, mais ouvertes aux rencontres et à l’autre. L’expression d’un art de vivre empreint à la fois de liberté et de discrétion, cultivé avec force. J’ai tout de suite vu que tu étais un séducteur d’oiseaux, un loquace qui devenait taiseux dans les moiteurs de la futaie.
La dernière fois où nous nous sommes vus, c’était au cœur de la féria dacquoise, à la Pena Robin Desbois, autour de Jeff Dubois et de quelques amis. Qui mieux que Léon Mazzella, dans « le bruissement du monde », peut évoquer une manière de vivre à laquelle tu n’aurais pas renié de t’adonner: « Égrener les bonheurs simples du quotidien – le passage d’oiseaux migrateurs, une lecture galvanisante, la dégustation d’un vin, la délicatesse du givre sur l’herbe, le souvenir d’une journée chez un grand écrivain, une musique bouleversante, le regard d’un chevreuil, une tarte aux mirabelles, un match de rugby, une scène de cinéma inoubliable – figure un chapelet d’émotions, rassemblées de la tranche de la main, comme des miettes sur la nappe afin de les thésauriser au creux de l’autre main. »
Tu nous quittes quelques jours après Jean Salut, et quelques heures avant Claudia Cardinale … la classe jusqu’au bout.
Jean-Claude Barens

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