Rectangle vert et cercle noir

Assis sur le rebord de ta palombière céleste, tu as du avoir l’œil humide en observant ce qui se passe ici-bas. La famille du rugby dacquois, et bien au-delà, était venue quelques jours auparavant t’accompagner. Regroupée, faisant corps. C’était beau et émouvant.

Aujourd’hui au-dessous de toi, sur le rectangle vert, des joueurs se sont dépouillés, ont fait honneur à ce maillot que tu as porté, à ce club que tu as tellement aimé et soutenu. Ils se sont resserrés. Se sont battus de toutes leurs forces, sans être pour autant récompensés. Mais l’âme est là, elle perdure depuis bien des mois. Ce groupe n’est pas tombé du ciel, il est né d’une histoire commune, de vécus collectifs, d’un cheminement humain qui s’est construit dès la division inférieure. Même s’il n’a jamais connu de périodes aussi difficiles, c’est là qu’on va mesurer toute sa force et son sens de l’engagement.

Aujourd’hui, au-dessous de toi, dans le cercle de ceux qui seraient sensés indiquer une voie, rassurer, créer un cadre pour exercer un métier sereinement, on s’est pitoyablement déchirés. Je ne pensais pas que le mot escobarder, que j’avais précédemment sorti un peu de sa désuétude, aurait connu des illustrations aussi répétées. Mais là, je suis dans l’obligation d’aller plus loin et d’emprunter chez Rutebeuf, le mot « faumoner ». C’est plus direct, et ça nous rapproche davantage de la tromperie. Escobarderies et faumonements, la langue française est décidément savoureuse… Le cercle se dépulpe, toute la substance dacquoise, la pulpe historique, est extraite. Ayant fait du vide autour d’eux, les Stratton brothers, occupent le centre. Après avoir voué aux gémonies Jeff et son staff (une vieille obsession datant du début de l’ère, d’ailleurs largement soutenue par d’autres), renvoyé sans ménagement dans leurs foyers les partenaires historiques, gommé des tablettes les bénévoles investis depuis longtemps, la trace dacquoise se fait mince Un trait qui perd de l’épaisseur. Un terroir qui serait amputé de ses saveurs, de sa culture. Mais pour eux, le terroir qu’est-ce ? Devons-nous nous attendre à une perfusion biarrote, qui pourrait rebooster un groupe sans gain ? Quel chemin emprunteront-ils pour apporter une confiance qui a volé en éclats au fil des mois ? Qui peut affirmer aujourd’hui que leur gestion est exemplaire ? Et quand un journaliste l’exprime, en s’appuyant sur des déclarations internes, il est malmené !

Ceux qui diront qu’il ne faut pas mêler les joueurs à tout cela, ont peu conscience des réalités. Le rectangle vert est dans le cercle noir. Les joueurs sont des citoyens, des salariés qui ont les mêmes droits que tout un chacun. Ils lisent la presse, consultent les réseaux sociaux, réfléchissent, ont des avis. L’exemple récent de Grenoble, devrait nous ouvrir les yeux. L’histoire des sportifs qui doivent rester dans leur bulle, c’est un conte pour enfants.

L’ensemble du rugby dacquois mérite d’être fortement soutenu, des professionnels aux plus jeunes, des garçons aux filles. C’est là qu’il y a de la vie, des racines et de l’espoir. Pour le reste, nous allons croiser les doigts, pour ne pas être emportés dans une folle, et suicidaire dérive.

Jean-Claude Barens

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