Causerie avec Alice HELT #3

Une formidable initiative solidaire

JCB-A quel moment a germé l’idée de mettre en place ce projet, et d’après quels constats ?

AH -L’année dernière, à peu près à la même époque. Quand j’ai pris la mesure de la détresse dans laquelle se trouvait Jope Naseara, après son retour d’opération. J’ai d’abord décidé d’endosser simplement le rôle d’une maman qui viendrait s’assurer que son fils a bien ce dont il a besoin, prend bien ses médicaments… Avec mon mari, lorsque Jope a été admis en urgence au Centre Napoléon, nous avons aussi décidé de remettre son studio en état. L’objectif étant qu’à son retour il se retrouve dans un espace propre et accueillant. Heureusement que ses amis de la Résidence veillaient sur lui ! C’est grâce à eux que nous avons compris. Car Jope comme ses compatriotes ne réclame et ne se plaint jamais. Ensuite, je suis allée quasi-quotidiennement le voir au Napoléon. D’autres personnes l’ont aussi fait. En fait, sans trop le savoir, nous assurions un relai à son chevet. J’ai beaucoup discuté avec Jope. De sa famille, de la mienne, de mon travail, de ma liberté de femme française… J’ai dû demander que ses repas soient adaptés aux besoins de son organisme de jeune sportif de haut niveau. Car les portions pour les habituels pensionnaires étaient tellement petites qu’il a perdu entre 5 et 8 kg en quelques jours.
En rangeant chez lui je suis tombée sur un tiroir plein d’enveloppes fermées… je suis donc allée le voir au Napoléon avec un sac rempli de ces courriers et nous les avons traités ensemble. J’ai traduit, j’ai expliqué le processus en France. On a ainsi réglé quelques petits retards… Et là je me suis dit que malgré toute la bonne volonté du club, l’écart de culture et de pratique était trop grand. Les petits trucs du quotidien, si vous ne comprenez pas la langue, soit ça vous pourrit la vie, soit vous faites comme s’ils n’existaient pas. Mais ce que l’on appelle aujourd’hui « la charge mentale », elle est bien là !
Alors, j’ai commencé à écrire, à poser ce qu’il aurait fallu faire. J’ai élaboré un début de projet que j’ai soumis en tout premier à Jeff (Dubois). Sans son aval je n’aurais pas été plus loin. Son retour a été formidable. Il était emballé. Il m’a même dit, « c’est ambitieux et complet. Si tu arrives à mettre tout ça en place, on sera le premier club à faire aussi bien pour les joueurs étrangers et leurs compagnes ». Car mon projet propose aussi un volet pour les compagnes dans leurs démarches du quotidien (inscription des enfants à la crèche, solidarité en cas d’enfant malade, échanges de services…).
En fait, plus je réfléchissais plus je réalisais que cette démarche ne devait pas s’adresser qu’aux joueurs étrangers. Bien que la barrière de la langue contribue à une très grosse fatigue qu’on n’imagine pas toujours. Ainsi, les jeunes arrivant d’autres régions, pouvaient aussi avoir des besoins similaires. Excepté la langue… mais comme je le dis toujours, ils ne parlent pas tout le « palmipède gras » couramment.
C’est pourquoi l’objet du projet est bien l’« Accompagnement des Joueurs éloignés de leurs proches ».

JCB- AMAS signifie Ensemble en gascon. Le vivre Ensemble est-il le moteur principal de la proposition ?

AH – Eh oui, il fallait bien un nom au dispositif. Avec quelques amis qui m’écoutaient parler de mon projet, on a longtemps cherché. Et puis, on s’est dit que la notion d’Ensemble pouvait être une bonne synthèse de la démarche. Comme nous sommes en pays gascon, on a adopté : AMAS. Dans AMAS on retrouve le A d’Accueil, d’Accompagnement, M de Merci, car on ne peut que les remercier d’avoir choisi de venir porter le maillot de Dax, et le S de Solidarité. En tous les cas, oui, le premier objectif est le bien vivre ensemble. L’idée est que ces joueurs aient un bon souvenir de leur passage dans les Landes. Qu’ils soient à l’aise avec nos modes de vie, qu’ils comprennent comment nous vivons (culture, respect des personnes et des lois…) et qu’ils se sentent bien. Au-delà du premier objectif : l’humain, on pouvait aussi se dire que plus les joueurs (et leurs familles) se sentent bien, plus ils peuvent se concentrer sur le sportif et s’épanouir dans leur projet de rugbyman professionnel.

JCB -Sous quelles formes, va se décliner cet accompagnement des joueurs éloignés de leurs proches ?

AH -Disons, en premier, que faisant partie des administrateurs du Fon’Daxtion, il m’a semblé naturel et légitime, au regard des objets du Fonds, de présenter la démarche AMAS aux fondateurs du Fon’Daxtion. Là encore l’accueil a été très favorable, Stéphane Dargelas et Hugo Maurel se sont tout de suite portés volontaires, non seulement pour apporter des coups de main mais aussi pour qu’AMAS puisse se faire sous l’égide du Fon’Daxtion.
Il y a plusieurs formats dans le projet.
Tout d’abord, créer du lien et faire savoir que mon équipe de (très) Bonnes Volontés est constituée de personnes de confiance, discrètes et compétentes. Chacune dans son domaine. Nous avons une juriste, une pharmacienne, un banquier, un ancien des impôts… tous en capacité d’orienter les joueurs ou leurs compagnes vers les bons interlocuteurs. Nous avons aussi tout plein de bricoleurs et de personnes disposées à accompagner les joueurs à leurs RDV médicaux (eh oui comment on fait quand on n’a ni permis, ni voiture, et la jambe en plâtre ?). Nous pourrons être là, par exemple, en début de saison, pour les accompagner pour les états de lieux, les branchements Internet-Wifi, électricité… Nous avons aussi une professeure de français, anglophone, qui les accompagne depuis déjà quelques années… et désormais dans le cadre de Fon’Daxtion. Elle fait un lien extraordinaire avec les non-francophones.
Nous avons prévu une permanence (environ 2h toutes les semaines, voire 15 jours, au stade M. Boyau) pour assurer aux joueurs la possibilité de trouver une écoute et de chercher ensemble des solutions à la plupart de leurs questions extra-sportives.
Ensuite, des conférences sont prévues au long de l’année sur différentes thématiques. De la même manière que Fon’Daxtion a lancé l’an dernier l’intervention de Colosse aux pieds d’argile, ou d’un ancien rugbyman conseiller en gestion de patrimoine. D’autres sujets sont en cours d’élaboration (les institutions de notre république, les préjugés, l’environnement…).
Un dispositif complet au travers du projet porté par Catherine Hontang et Hugo Maurel traitera du sujet ô combien important actuellement : la Santé Mentale. C’est une démarche réalisée, là encore, dans le cadre du Fon’Daxtion. Le partenariat avec la clinique AMADE comprenant : conférence introductive, formation des staffs et bénévoles pour détecter les possibles soucis avant d’alerter, rendez-vous individuels avec les joueurs est déjà lancé pour la partie Association de l’U.S.Dax Rugby. Enfin des moments conviviaux et plus informels se mettront en place. Comme l’opération « grand nettoyage de Printemps » de la résidence des joueurs Espoirs et du CDF de ce mois de novembre. On aura aussi des randonnées dans les Pyrénées, des escapades à la plage, une course landaise ou encore des moments « en famille » pour un soir, un WE, chez les Bonnes Volontés d’AMAS qui le proposent.

JCB-Es-tu rentrée en contact avec d’autres clubs professionnels soucieux de ces problématiques ?

AH-J ’ai un peu regardé… mais franchement, je n’ai pas eu la sensation d’avoir le temps. Pour moi, il y avait urgence. Comme par exemple, accompagner les jeunes fidjiens pour l’ouverture de leurs comptes bancaires, pour leurs premières courses alimentaires, pour les photos d’identité… Heureusement que Ratu Nacika et sa compagne qui faisaient déjà beaucoup de leur côté, m’ont aidé à comprendre et là où étaient les besoins, et surtout, les spécificités culturelles qui empêchent leurs compatriotes de demander de l’aide. Dès la création d’AMAS, Ana et Ratu se sont portés candidats. J’ai, très récemment, pu discuter avec le relai de l’agent des Fidjiens. Il faut vraiment que nous travaillons tous main dans la main : agents-clubs-AMAS. Ce sera bénéfique pour tous : autant joueurs que clubs ou agents. J’ai bon espoir qu’avec ce que nous mettons en place avec AMAS, nous parvenions à réellement progresser, ensemble, avec les agents. En tous les cas, rendez-vous est pris et nous avons d’ores et déjà convenu que je sois rajoutée au groupe Whatsapp des Fidjiens de Dax et de leur agent.
Je tiens aussi régulièrement au courant l’équipe Pro, directement auprès des joueurs, de ce que nous mettons en place. Ils suivent ça de près.
Enfin, j’ai longuement discuté avec « Papa Pierre » de Mont-de-Marsan. Je savais que depuis très longtemps il assurait un rôle d’intégration et de rassemblement des fidjiens de la « province Sud-Ouest ». Mais mon projet n’est pas que pour les Fidjiens. Les jeunes aussi peuvent besoin d’un relai-famille quand ils débarquent ici. Quand on a fait le grand nettoyage de la Résidence, plusieurs sont venus demander si on pouvait réparer un petit truc dans leur studio. Ils n’ont pas tous une trousse à outils sous la main, ces jeunes. Alors que les Bonnes Volontés d’AMAS n’attendent que ça, de donner un petit coup de main ! Et ce, tout en discutant des derniers matchs de l’équipe de France, de la première ou des Espoirs qu’ils suivent.

JCB- Qu’attends-tu des personnes qui pourraient avoir envie de s’impliquer ?

AH -En premier, de la bienveillance, des suggestions et des idées pour proposer des moments « famille » comme du soutien et de l’aide face aux tracas du quotidien ! Et, bien sûr, un peu de disponibilité. Car, plus nous serons nombreux, plus ce sera facile et « léger » pour tous. En fait, il y a pas mal de bénévoles autour des jeunes et des joueurs. Mais ce sont souvent, voire toujours, les mêmes. Par exemple, quand les jeunes arrivent à minuit à la gare, ils appellent toujours le même bénévole qui est aussi très sollicité le reste de la journée. Si nous sommes 4 ou 5 à pouvoir nous relayer ce sera bien plus supportable.
Attention, il s’agit bien d’accompagnement. Les Bonnes Volontés d’AMAS seront aussi là pour traduire, y compris des documents administratifs écrits en français, ou aider à trouver le bon professionnel. L’objectif est d’aider à comprendre. Comprendre des instructions médicales, comprendre un courrier de l’hôpital, une lettre de propriétaire… Mais pas pour faire « à la place de… ». De plus, les personnes qui connaissent bien le tissu local et savent indiquer quel peut être le bon interlocuteur sont très précieuses.
Quoi qu’il en soit, à voir l’enthousiasme des Bonnes Volontés du projet AMAS, à voir les rires des jeunes et moins jeunes lors du Grand Nettoyage de la Résidence, je suis convaincue que du côté des joueurs comme de celui des bénévoles, cette démarche est plus que positive. Elle est nécessaire, mais aussi elle apporte un vrai plus à ceux qui reçoivent autant qu’à ceux qui donnent.
Photo Alice HELT- moment convivial lors du Grand Nettoyage de la Résidence, novembre 2025.

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