L’ancien staff, qui a accompagné notre histoire rouge et blanche ces dernières saisons, avec le succès que l’on connait, a été mis à l’écart brutalement. Je n’y reviendrai pas, et mon jugement envers les responsables est toujours aussi sévère. Humainement, être attentif à leur devenir, me parait tellement naturel. Tout le monde sait que JEFF DUBOIS préside désormais à la destinée sportive du FC GRENOBLE depuis début octobre et que Marc DAL MASO goûte à un repos bien mérité, après tant d’années données au rugby de haut niveau. Hervé DURQUETY et Eric ARTIGUSTE sont eux dans l’attente de propositions sachant que rien n’est simple quand les saisons sont déjà engagées. Et pour celles et ceux qui ne connaissaient pas Victor AZALBERT, qui avait en charge les analyses Data, voilà son extraordinaire parcours, qui nous est raconté par Laurent TRAVINI, dans le journal SUD-OUEST.
Dans des circonstances aussi improbables que méritées, Victor Azalbert, l’ancien préposé aux data de l’US Dax, vient d’intégrer le staff de la performance du club des Spurs de San Antonio, en NBA, où il côtoie un certain Victor Wembanyama… Entretien
Comment passe-t-on, à 27 ans, d’un staff de rugby de Pro D2 à celui d’un des plus grands clubs de basket de la planète ?
Rien n’était prévu, vous l’imaginez bien. Je n’avais pas imaginé changer de sport et encore moins de me retrouver en NBA. Cette histoire a commencé par une annonce sur le site LinkedIn. Le club de San Antonio recherchait un profil avec des missions qui pouvaient correspondre à ce que je savais faire. J’ai tenté ma chance sans trop y croire. Je me suis dit que j’allais quand même essayer de me challenger et de voir si mon profil avait une chance d’interpeller les responsables d’un tel club.
Et donc ?
J’ai répondu à l’offre sur le site. Moins d’une semaine après, j’ai reçu un mail pour répondre à des questions plus techniques, du style « Savez-vous faire ceci ou cela ? » Là aussi, je me disais que la probabilité que je sois retenu était mince, mais j’ai été le plus sérieux possible. Ensuite, j’ai été contacté pour un entretien avec Xavi Schelling, le directeur de la performance des Spurs. Cet échange a été plutôt libre et sympa. Après ça, j’ai passé un test technique de plus d’une heure sur de l’analyse de données. D’autres ont suivi avec la cellule médicale du staff. Peu de temps après, j’ai reçu une invitation pour une rencontre à San Antonio. Seul problème, la date correspondait à notre dernier match de la saison avec l’US Dax, à Nice.
Comment avez-vous fait, vous en avez informé le staff de Dax ?
Au début, je n’en ai parlé à personne, ça semblait tellement improbable. Quand c’est devenu concret, je l’ai dit à Jeff (Dubois, l’ancien manager de l’US Dax, NDLR). J’ai informé Xavi que je voulais mener à bien ma mission et que je ne pouvais pas venir à cette date. Il a compris et on a repoussé mon départ d’une semaine, pour que je respecte mes engagements avec Dax.
Quels ont été les mots de Jeff Dubois ?
Même s’il me restait une année de contrat, il m’a dit que cette opportunité était unique et qu’il fallait foncer !
Que s’est-il passé ensuite ?
J’ai passé deux jours à San Antonio. Le premier jour, j’ai enchaîné six ou sept entretiens avec les départements analytiques, vidéo, kiné, médical et préparation physique. Beaucoup d’informations et d’émotions cumulées en peu de temps. Le lendemain j’ai visité la ville avec Xavi. Paradoxalement, je l’ai trouvée à taille humaine et les influences hispaniques l’ont rendue presque familière. Je dois avouer que j’étais un peu déboussolé, mais j’ai senti beaucoup de bienveillance et d’attention.
Quelles ont été vos impressions concernant le club ?
J’ai trouvé que c’était une tout autre dimension. Je passais d’un petit staff qui gérait beaucoup de joueurs à un staff quatre fois plus grand qui gère trois fois moins de joueurs…
« J’étais en concurrence avec un gars de Boston et un Australien. Je n’aurais pas parié sur un type venant de Dax »
Comment avez-vous su que c’était vous ?
J’ai reçu un mail quelques jours après mon retour. J’ai hésité à l’ouvrir… J’ai découvert que le club me proposait un contrat de deux ans. Pour vous dire, à la fin, j’étais en concurrence avec un gars de Boston et un Australien. Je n’aurais pas parié sur un type venant de Dax… (rires.). Ils m’ont dit que ce n’était sûrement pas parce que j’étais français que j’étais pris. Mais outre le fait que je suis né à Chesnay, la même ville de naissance qu’un autre Victor du club (Wembanyama, évidemment, NDLR), je pense que la singularité de mon parcours a dû jouer.
C’est-à-dire ?
J’ai joué à Dax, puis à Peyrehorade et Soustons. En parallèle, j’ai suivi des études de maths sans trop savoir ce que je voulais faire. Pendant le Covid, en voyant le film « Le Stratège » avec Brad Pitt, je me suis dit que je pourrais concilier mes attraits pour les maths et le rugby, en me formant dans l’expertise des data. Après des débuts au Biarritz Olympique, j’ai eu l’opportunité, avec l’aide de mon ami Sylvère Reteau, de contacter et rejoindre le staff de Jeff Dubois. J’ai adapté mon travail de « sport data analyste » aux moyens et à leurs attentes. Ça a été une expérience humaine extraordinaire de bosser avec ce staff et ce groupe. En termes de datas, je faisais un peu tout. Cette liberté a été très riche en enseignements.
Cette opportunité a un peu chamboulé votre vie…
J’ai eu le total soutien de ma compagne, que je remercie. Nous avons imaginé nous organiser peu à peu pour que cela respecte les besoins et les projets de chacun. J’ai beaucoup de chance…
Comment se passe ce début d’expérience en NBA ?
L’équipe des Spurs fait un début de saison plutôt intéressant. Je suis impressionné par la compétitivité de ces mecs et surtout par leur énorme capacité de travail.
© Crédit photo : Reginald Thomas II / San Antonio Spurs

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