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  • Tout à l’ergot

    Dressés sur leurs ergots, bouffis par leurs égos, la guerre des chefs fait rage. Ça se vole dans les plumes. Ça s’invective. Ça se saute au visage. L’ancien chef du poulailler descendu de son perchoir avec une partie de son pool, pas mal mouillé d’ailleurs, a parait-il mis quelques œufs de côté dans un panier, pourtant longtemps percé. Que fera-t-il de ses œufs ?  Vont-ils être consommés avant la date de péremption ? La question reste entière.  Un autre prétendant, un Chantecler fier, genre coq en pâte, ne chante pourtant pas si clair que ça. Tout est flou et il y a des loups partout. Il n’est pas rare que les coqs provoquent de vives tensions, quand avec de retentissants cocorico, ils viennent troubler la quiétude d’un club, réveillant de vieux instincts fratricides, dont ils pensent tirer profit. Quelques sages de la basse-cour essaient d’apaiser les tensions entre tous ceux qui se battent pour le sceptre. Un poids lourd à la crête toulousaine est même appelé à la rescousse. Il ne faudrait pas que les instances réglementaires s’impatientent, elles qui sont là pour éviter la grippe aviaire, qui décimerait tout le poulailler. La menace est bien là. Pendant ce temps nos fiers poulets rouges et blancs, courent dans le pré, grattent, se décarcassent, s’illustrent par leur courage et leur détermination. Ces histoires de plumes et de pouvoir ne peuvent pas les laisser insensibles, et ils commencent à se rendre compte qu’ils seront peut- être les dindons de la farce. Pour l’instant c’est une belle leçon que les joueurs et staff filent aux coqs.

    Sera-t-il facile de faire rentrer une ligne de coqs, dans des narines bouchées ? Cogito ergot sum.

  • PASSIONS OVALES

    Ces personnalités, même si elles ne vous sont pas familières, vous connaissez leur nom. Mais, les auriez-vous imaginées avec un ballon ovale entre les mains ? Et pourtant …

    • Alain-FOURNIER (1886-1914) Ecrivain.

    C’est en 1913, juste avant le Première Guerre mondiale (où il perdra la vie un an plus tard à 28 ans), qu’Henri Fournier, auteur du Grand Meaulnes, son unique livre signé sous le pseudo d’Alain Fournier, décide de fonder le Club sportif de la jeunesse littéraire. Réunissant ses copains du lycée Lakanal ou de Normale, il convainc Jacques Rivière (futur directeur de la Nouvelle Revue Française et beau-frère de Fournier), Gaston Gallimard (alors gérant de la NRF), Pierre Mac Orlan (écrivain et poète auteur notamment des Clients du bon chien jaune) ou encore Jean Giraudoux (que Fournier décrivait comme « trois-quarts inégal mais parfait écrivain »), de participer à l’aventure du club malheureusement éphémère. Giraudoux donnera d’ailleurs une excellente définition d’une équipe de rugby : « L’équipe de rugby prévoit, sur quinze joueurs, huit joueurs forts et actifs, deux légers et rusés, quatre grands et rapides et un dernier, modèle de flegme et de sang-froid. C’est la proportion idéale entre les hommes. » Les rencontres LE GRAND MAUL que nous organisons à Saint-Paul-Lès-Dax, sont un clin d’œil à cette belle histoire

    • Jean-Baptiste CHARCOT (1867-1936) Médecin et explorateur polaire.

    Souvent appelé Commandant Charcot. Il organise en 1880, le premier match scolaire de rugby à XV. Il sera Champion de France de rugby avec l’équipe de l’Olympique de Paris en 1895 (équipe qui fusionnera plus tard avec le Racing Club de France)

    • Haroun TAZIEFF – (1914-1998) Volcanologue, géologue et écrivain.

     Haroun Tazieff était un personnage hors du commun : sportif accompli, courageux voire parfois téméraire, fort en caractère. Il avait le don de la communication, avec un phrasé imagé, roulant les « r » comme personne. Il a fait connaître et aimer les volcans aux Français. Amoureux de ce sport, qu’il a pratiqué, il ne manquait pas d’en parler avec enthousiasme. Des stades portent aujourd’hui son nom.


         –  Jean COLOMBIER Ecrivain français, lauréat du Prix Renaudot en 1990.
    Né le 25 décembre 1945. Après avoir obtenu une licence puis une maîtrise de lettres à l’université de Poitiers, il enseigne le français pendant trois ans. Parallèlement, plusieurs années de rugby au plus haut niveau, entre autres dans le même club que son homonyme, au CA Brive. Jean Colombier est un auteur inclassable, libre, à la fois sombre et joyeusement blasphématoire. Nous avons eu le plaisir de le recevoir au GRAND MAUL en 2022.

    • Michel SERRES (1930-2019) Homme de lettres, philosophe, historien et académicien.

     Issu d’une famille de paysans mariniers de Garonne. Michel Serres était un amoureux du ballon ovale, et chaque fois qu’il le pouvait, il prenait place dans les tribunes du Stade Armandie pour soutenir son SUA (sporting union agenais) Dans sa jeunesse, il avait pratiqué au poste de troisième ligne aile. J’ai eu la chance de pouvoir échanger avec lui autour de cette passion commune assortie d’une appartenance gasconne. Chez cet homme brillant, transpirait Humanisme et Humilité …comme ces deux grands H de part et d’autre d’un terrain de rugby.

    • Pierre MAC ORLAN (1882-1970) Ecrivain et poète.

    C’est vers la fin du 19ème siècle que Pierre Mac Orlan découvre le rugby, qui venait tout juste d’arriver en France. Il s’enthousiasma pour ce sport et joua demi d’ouverture en universitaire. » Le rugby n’est pas un jeu, c’est une force qui s’offre comme un don, elle est trop puissante pour ne pas être partagée « . Proche de Max Jacob et de Guillaume Apollinaire, Pierre Mac Orlan est entré dans la légende avec son roman Le Quai des brumes, adapté au cinéma par Marcel Carné. Également journaliste et poète, ce bourlingueur sensible et rude, tendre et drôle, siégea durant vingt ans à l’Académie Goncourt. Il fut enterré avec le ballon dédicacé par l’équipe de France de 1967 victorieuse du Tournoi des cinq nations.

    • Ernesto CHE GUEVARA (1928-1967) révolutionnaire argentin et homme politique devenu citoyen cubain.

     Etudiant, il s’essaya à plusieurs sports, mais le jeu qui d’emblée le passionna fut le rugby, qu’il pratiqua de 14 à 23 ans parallèlement à des études de médecine.  Il joua au poste de demi de mêlée. Atteint d’asthme, il laissait son inhalateur sur un banc, et quittait le terrain de temps en temps pour en prendre une bouffée.


          –   René CHAR – (1907-1988) Poète et résistant français.

    Bâti comme un colosse (1,92 m) il en imposait physiquement et intellectuellement. Il jouait au rugby avec fougue et passion, au poste de seconde ligne. Il conservera l’amour pour ce sport toute sa vie. Le stade de Bédarieux porte aujourd’hui son nom. René Char est incontestablement l’un des plus grands poètes français du xx -ème siècle.

    • Roland GARROS – (1888-1918) – Aviateur français.

     Il meurt dans un combat aérien au-dessus des Ardennes. Il pratiqua le rugby au Stade Français, aux côtés de son ami Emile Lesieur (12 sélections en équipe de France entre 1906 et 1912) Un autre international français tomba au combat aérien dans la même période. Il s’agit de Maurice BOYAU. Le stade de Dax porte son nom, car il y fut joueur de 1907 à 1909.

    • Youri GAGARINE (1934-1968) Cosmonaute.

    C’était un sportif accompli qui brilla dans tous les sports de balle. Plutôt d’une petite taille mais doté d’un physique très athlétique et d’une grande vivacité, c’est au poste de demi-de-mêlée qu’il s’essaya naturellement dans son équipe scolaire. Mais le rugby était peu développé en URSS à cette époque-là, il se dirigea donc un peu plus tard vers la pratique du basket-ball.

    • Simone WEIL-( 1909-1943) Philosophe.

    Cette grande philosophe humaniste a pratiqué le rugby aux alentours des années 30. Curieuse et volontaire, elle s’est essayée à la course à pied, au saut en hauteur et finalement au rugby. Ce sont de violents maux de tête qui lui gâchaient la vie qui l’ont poussé à pratiquer le rugby. Simone Veil était désireuse de secouer ce corps qui lui faisait des misères à l’époque, et a donc choisi le Fémina Sports de Paris rattaché au club historique de la Barette, symbole des pionnières du rugby féminin en France.

    • Richard BURTON – (1925-1984) Acteur britannique.

    Comme beaucoup de Gallois, où le rugby est plus une religion qu’un simple sport, Burton pratiquait. Il continua à jouer au rugby jusqu’au début de sa carrière d’acteur, principalement au poste d’ailier. Il ne raccrocha les crampons que lorsque des obligations contractuelles envers des producteurs de cinéma et de théâtre l’y contraignirent.

    • Javier BARDEM né en 1969. Immense acteur espagnol, multi nominé.

    Sportif de haut niveau dans son adolescence il pratique le rugby dès l’âge de 9 ans jusqu’à ses 23 ans. Il est même sélectionné dans l’équipe nationale espagnole junior au poste de pilier droit. On a pu le voir dans les tribunes à plusieurs reprises, lors de certains matchs internationaux.

    L’acteur Daniel CRAIG a pratiqué pendant longtemps au Hoylake Rugby Club, en Angleterre. Craig a souvent reconnu que le rugby l’avait aidé à développer l’engagement physique nécessaire à ses rôles intenses au cinéma. Hugh GRANT a aussi tâté de l’ovale. Bill CLINTON, 42e président des Etats-Unis, a joué au rugby à l’université d’Oxford alors qu’il était boursier de la fondation Rhodes.

    Et sans doute, bien d’autres …

    Peinture de Christian JAUREGUY

  • 2026, que bruisse-t-il en coulisses ?

    Ce groupe de joueurs de l’US Dax aura traversé des plaines alluvionnaires, promises aux plus belles récoltes, vécu de formidables ensemencements collectifs, mais s’est aussi plus récemment retrouvé au pied de montagnes escarpées où s’installent les doutes les plus tenaces. Tous ont fait face avec une admirable abnégation, pour ne pas sombrer dans le découragement, pour continuer à espérer. Ces joueurs vont encore lutter pour éviter que 2026 ne s’obscurcisse. Le staff bien impliqué va les accompagner dans cette quête. Tous souhaitent tant que tout s’éclaircisse. Dans ce déchainement tempétueux du printemps dernier, des plumes ont volé, des hommes investis et loyaux, n’ont pas été respectés. La tromperie est devenue Loi. La défiance a pris la place d’une confiance qui aurait dû être le moteur de cette belle histoire. L’une de ces histoires, que les clubs ne vivent que rarement, et que l’on est venu briser avec une grande brutalité. Finalement, les masques ont commencé à tomber, les sanctions à s’accumuler, et les incompétences, à apparaitre au grand jour. Tout ça pour ça ! Probablement le plus grand gâchis que le club ait connu durant sa longue histoire. Que ceux qui en sont responsables aillent voir ailleurs si l’herbe est plus verte, si le terreau est plus propice à être labouré de promesses et d’éléments de langage attrape-tout.

    Mais en coulisse, que se tisse-t-il ? De quoi demain sera fait ? Que trouvera-t-on en soulevant les tapis ? Le doute s’est installé et l’inquiétude est bien présente. Le retour à la crédibilité sera long. Avant l’amour, il faudra des preuves d’amour. Et quelques mea-culpa à arracher de certaines profondeurs égotiques. Beaucoup les attendent impatiemment.

    À tous les joueurs, petits ou grands, amateurs ou professionnels, 

    à toutes les joueuses, débutantes ou aguerries, 

    à tous les staffs attentionnés et partageurs, 

    à toutes et à tous les bénévoles, héros de nos vies ordinaires, 

    à tous les dirigeants qui donnent de leur temps et de leur argent avec honnêteté, 

    aux multiples et fidèles partenaires, moins exposés à la lumière, mais essentiels par leur soutien sonnant et trébuchant, 

    aux administratifs, qui dans l’ombre font avancer la machine, 

    aux supporters enfin, qui donnent de la voix et défendent avec fierté les couleurs du club sur les terres de l’ovalie hexagonale :  toutes et tous, unissons nos forces pour que 2026 ne s’assombrisse pas, et ensemble,  faisons que 2026 nous éblouisse ! 

    Une affectueuse pensée pour Jeff et ceux qui l’entouraient, victimes d’agissements condamnables. Que leurs nouvelles routes les conduisent vers des succès mérités.

    Jean-Claude Barens

  • De l’escobarderie à la tromperie

    Billet d’humeur # 2

    Il y a quelques mois, je me permettais d’introduire dans l’arène rugbystique dacquoise, un mot tombé un peu en désuétude : l’escobarderie, définie comme une action ou parole équivoque, simulation ou dissimulation adroite destinée à tromper sans mentir précisément. Ce terme délicieusement suranné, tentait de caractériser avec un brin d’humour, le comportement de notre édifice directionnel. Je prenais toutes les précautions d’usage, pour ne traiter personne de menteur. Nous étions cependant quelques-uns, à avoir observé des dérives et à le dire. Nous avons parfois été vilipendés par le camp des bénis oui oui, accusés de vouloir abimer le club, d’avoir aveuglément défendu Jeff et son staff lors de son éviction brutale, d’être d’acharnés partisans. J’ai même été traité « d’ultra ». On sent bien que parfois le sens de la nuance n’a pas été distribué à tout le monde. Et avec cette éternelle ritournelle, qui revenait sans cesse : « Puisque vous critiquez tout, et que vous êtes si forts et donneurs de leçons, vous n’avez qu’à mettre des ronds, et ensuite vous pourrez parler ! ». Curieuse réaction, qui résume assez bien le climat dans lequel nous évoluons. Ou plutôt dans lequel nous régressons.

    Côté direction, au bout d’un moment, la position de l’omissionnaire devient éreintante, la manipulation de plus en plus lisible, et quand les faits viennent exploser à la gueule de tout le monde, ceux qui étaient dans une étrange cécité, miraculeusement, se mettent à ouvrir les yeux. Escobarder s’était transformé en tromper. Aujourd’hui les réactions sont parfois étonnantes, entre théorie du complot, assassinat des instances régulatrices, comparaison avec d’autres clubs, dont personne ne connait les dossiers. Pas plus que nous ne connaissons le contenu du notre, et des fautes que l’on peut supposer suffisamment graves en constatant l’ampleur de la sanction. Et pendant ce temps, les courageux combattants qui constituent l’édifice sportif gardent le cap dans la tempête, suent sang et eau pour défendre notre tunique rouge et blanche. Admirables d’abnégation et de solidarité. Mais jusqu’à quand ? Comment supporter que tous les efforts consentis, soient balayés d’un revers de communiqué par l’indigence de ceux qui sont censés tenir la barre. L’avenir s’assombrit, et il faut que les responsables de ce naufrage s’éloignent. Facile à dire derrière un écran, objecterez-vous. Certes, mais comment est-il possible de poursuivre ainsi.

    D’ailleurs, pour que ceux qui nous quitteront ne se retrouvent pas désœuvrés, j’ai un conseil à leur donner : rejoindre dans les meilleurs délais le village de Moncrabeau, en pays d’Albret. C’est le pays de la prune et de la vigne et c’est aussi celui de la menterie, que l’on nomme ici, le mensonge. Et ça ne date pas d’hier, puisque c’est en 1748, que fut érigé le célèbre Fauteuil des menteurs, un trône en pierre situé place de la Halle. Tous les ans, le Roi des menteurs y est élu. Chacun des candidats vient s’installer, à tour de rôle sur le trône et raconte sa petite ou grosse menterie, après avoir prononcé la phrase suivante : « Je jure de travestir la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ! »

     Voilà enfin une compétition qui semble être à leur portée !

    Pile of golden coins with Pinocchio on the shelf.
  • Que sont-ils devenus ?

    L’ancien staff, qui a accompagné notre histoire rouge et blanche ces dernières saisons, avec le succès que l’on connait, a été mis à l’écart brutalement. Je n’y reviendrai pas, et mon jugement envers les responsables est toujours aussi sévère. Humainement, être attentif à leur devenir, me parait tellement naturel. Tout le monde sait que JEFF DUBOIS préside désormais à la destinée sportive du FC GRENOBLE depuis début octobre et que Marc DAL MASO goûte à un repos bien mérité, après tant d’années données au rugby de haut niveau. Hervé DURQUETY et Eric ARTIGUSTE sont eux dans l’attente de propositions sachant que rien n’est simple quand les saisons sont déjà engagées. Et pour celles et ceux qui ne connaissaient pas Victor AZALBERT, qui avait en charge les analyses Data, voilà son extraordinaire parcours, qui nous est raconté par Laurent TRAVINI, dans le journal SUD-OUEST.

    Dans des circonstances aussi improbables que méritées, Victor Azalbert, l’ancien préposé aux data de l’US Dax, vient d’intégrer le staff de la performance du club des Spurs de San Antonio, en NBA, où il côtoie un certain Victor Wembanyama… Entretien

    Comment passe-t-on, à 27 ans, d’un staff de rugby de Pro D2 à celui d’un des plus grands clubs de basket de la planète ?

    Rien n’était prévu, vous l’imaginez bien. Je n’avais pas imaginé changer de sport et encore moins de me retrouver en NBA. Cette histoire a commencé par une annonce sur le site LinkedIn. Le club de San Antonio recherchait un profil avec des missions qui pouvaient correspondre à ce que je savais faire. J’ai tenté ma chance sans trop y croire. Je me suis dit que j’allais quand même essayer de me challenger et de voir si mon profil avait une chance d’interpeller les responsables d’un tel club.

    Et donc ?

    J’ai répondu à l’offre sur le site. Moins d’une semaine après, j’ai reçu un mail pour répondre à des questions plus techniques, du style « Savez-vous faire ceci ou cela ? » Là aussi, je me disais que la probabilité que je sois retenu était mince, mais j’ai été le plus sérieux possible. Ensuite, j’ai été contacté pour un entretien avec Xavi Schelling, le directeur de la performance des Spurs. Cet échange a été plutôt libre et sympa. Après ça, j’ai passé un test technique de plus d’une heure sur de l’analyse de données. D’autres ont suivi avec la cellule médicale du staff. Peu de temps après, j’ai reçu une invitation pour une rencontre à San Antonio. Seul problème, la date correspondait à notre dernier match de la saison avec l’US Dax, à Nice.

    Comment avez-vous fait, vous en avez informé le staff de Dax ?

    Au début, je n’en ai parlé à personne, ça semblait tellement improbable. Quand c’est devenu concret, je l’ai dit à Jeff (Dubois, l’ancien manager de l’US Dax, NDLR). J’ai informé Xavi que je voulais mener à bien ma mission et que je ne pouvais pas venir à cette date. Il a compris et on a repoussé mon départ d’une semaine, pour que je respecte mes engagements avec Dax.

    Quels ont été les mots de Jeff Dubois ?

    Même s’il me restait une année de contrat, il m’a dit que cette opportunité était unique et qu’il fallait foncer !

    Que s’est-il passé ensuite ?

    J’ai passé deux jours à San Antonio. Le premier jour, j’ai enchaîné six ou sept entretiens avec les départements analytiques, vidéo, kiné, médical et préparation physique. Beaucoup d’informations et d’émotions cumulées en peu de temps. Le lendemain j’ai visité la ville avec Xavi. Paradoxalement, je l’ai trouvée à taille humaine et les influences hispaniques l’ont rendue presque familière. Je dois avouer que j’étais un peu déboussolé, mais j’ai senti beaucoup de bienveillance et d’attention.

    Quelles ont été vos impressions concernant le club ?

    J’ai trouvé que c’était une tout autre dimension. Je passais d’un petit staff qui gérait beaucoup de joueurs à un staff quatre fois plus grand qui gère trois fois moins de joueurs…

    « J’étais en concurrence avec un gars de Boston et un Australien. Je n’aurais pas parié sur un type venant de Dax »

    Comment avez-vous su que c’était vous ?

    J’ai reçu un mail quelques jours après mon retour. J’ai hésité à l’ouvrir… J’ai découvert que le club me proposait un contrat de deux ans. Pour vous dire, à la fin, j’étais en concurrence avec un gars de Boston et un Australien. Je n’aurais pas parié sur un type venant de Dax… (rires.). Ils m’ont dit que ce n’était sûrement pas parce que j’étais français que j’étais pris. Mais outre le fait que je suis né à Chesnay, la même ville de naissance qu’un autre Victor du club (Wembanyama, évidemment, NDLR), je pense que la singularité de mon parcours a dû jouer.

    C’est-à-dire ?

    J’ai joué à Dax, puis à Peyrehorade et Soustons. En parallèle, j’ai suivi des études de maths sans trop savoir ce que je voulais faire. Pendant le Covid, en voyant le film « Le Stratège » avec Brad Pitt, je me suis dit que je pourrais concilier mes attraits pour les maths et le rugby, en me formant dans l’expertise des data. Après des débuts au Biarritz Olympique, j’ai eu l’opportunité, avec l’aide de mon ami Sylvère Reteau, de contacter et rejoindre le staff de Jeff Dubois. J’ai adapté mon travail de « sport data analyste » aux moyens et à leurs attentes. Ça a été une expérience humaine extraordinaire de bosser avec ce staff et ce groupe. En termes de datas, je faisais un peu tout. Cette liberté a été très riche en enseignements.

    Cette opportunité a un peu chamboulé votre vie…

    J’ai eu le total soutien de ma compagne, que je remercie. Nous avons imaginé nous organiser peu à peu pour que cela respecte les besoins et les projets de chacun. J’ai beaucoup de chance…

    Comment se passe ce début d’expérience en NBA ?

    L’équipe des Spurs fait un début de saison plutôt intéressant. Je suis impressionné par la compétitivité de ces mecs et surtout par leur énorme capacité de travail.

    © Crédit photo : Reginald Thomas II / San Antonio Spurs

  • LE GRAND MAUL 29-11 au 13-12

    LE PROGRAMME COMPLET

    Toutes les rencontres se déroulent à la Médiathèque Louise-Michel de Saint-Paul-lès-Dax et sont gratuites. Exception faite de L’Éveille papilles, qui aura lieu à la Grange de Christus, le dernier jour.

    MEDIATHEQUE LOUISE MICHEL

    1 bis Rue des Bruyères, 40990 Saint-Paul-lès-Dax

    Téléphone : 05 58 91 20 68

     Du 29 novembre au 13 décembre, exposition photographique de Nelly Blaya, qui a suivi les entraînements et les matchs du RQF (Rugby Quercy Féminin) entre 2021 et 2024.


    Samedi 29 novembre. 15 h 30 : rencontre passion avec Thomas LEGRAND journaliste, auteur, chroniqueur radio. Passionné de rugby, il viendra en parler et dédicacera son dernier ouvrage, « Les Évasions perdues », aux éditions Rue-de-Sèvres. La médiation sera assurée par Guilhem HERBERT Suivra le vernissage de l’expo photo.

    17 heures : rencontre littéraire avec Guilhem HERBERT. Landais de cœur, il a choisi la voie du journalisme pour être au plus près de l’action. Après avoir travaillé pour L’Équipe 21 et RMC Sport, il a créé et réalisé « Cadrage débordement » pour Canal+ pendant deux ans. Il dédicacera « Parce que Toulon », aux éditions Amphora.


    Samedi 6 décembre. 17 heures : rencontre littéraire avec Serge COLLINET Joueur de haut niveau, entraîneur et professeur, il a créé la section sportive rugby du collège Georges-Braque de Paris, qui vit l’éclosion de nombreux joueurs professionnels. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de pédagogie et de formation en rugby. Il présentera et dédicacera son dernier livre « Conquérantes », autour du rugby féminin, aux Éditions Passiflore. Médiation assurée par Patricia MARTINEZ, avec la participation de Mélissa HANNOUNI, ancienne joueuse de Herm, Bayonne et Dax.


    Mercredi 10 décembre. 15 h 30 : rencontre et dessin avec Jean-Michel LAFON Le plus Agenais des Béglais, illustrateur et caricaturiste, animera un atelier dessin et dédicacera « Parents et rugbymen heureux » et « Villes d’ovalie », aux Éditions Passiflore.

    18 h 30 : projection du documentaire de Christophe VINDIS, « Il était une fois dans le Sud-Ouest ».


    Vendredi 12 décembre. 18 heures : rencontre littéraire avec Pierre TRIEP-CAPDEVILLE, une des figures légendaires de la Section Paloise de la fin des années 1990. Drôle et érudit, il présentera son livre « Nous étions rugbymen », paru aux Éditions Gascogne. Médiation par Laurent TRAVINI ancien joueur professionnel, international italien.et Richard ESCOT (écrivain et journaliste, figure rugbystique du journal l’Equipe)


    Samedi 13 décembre. 10 h 30 : rencontre littéraire avec Pedro SOUSA RIBEIRO, président de la Fédération portugaise de rugby à deux reprises, entre 1975 et 2002, et auteur de l’ouvrage de référence retraçant l’histoire du rugby au Portugal, « O ruby em Portugal », aux Éditions Sportbook. Médiation par Guilhem HERBERT

    17 heures : Grande Table Ovale pour mieux comprendre la formidable épopée des « Lobos », lors de la Coupe du monde 2023 en France, avec Patrice LAGISQUET, international, entraîneur des Lobos de 2019 à 2023, Diogo HASSE FERREIRA, joueur portugais international passé par l’Angleterre et évoluant au poste de pilier droit à l’US Dax, et Pedro SOUSA RIBEIRO, ancien Président de la Fédération Portugaise de rugby.  Médiation assurée par Guilhem HERBERT et Richard ESCOT

    Dédicaces et signatures après les rencontres assurées par La librairie Les Feuilles Volantes et les Editions Passiflore

    Samedi 13 décembre – Grange de Christus, au bord du Lac.

    RUGBY & EVEILLE PAPILLES
    DOLCES PORTUGUESES et APERITIF DINATOIRE. A partir de 19h.On continuera à causer rugby, en partageant quelques douceurs. Un tour du monde des musiques lusophones viendra agrémenter ce moment convivial, marquant la clôture de la cinquième édition du Grand Maul.
    Soirée réalisée en partenariat avec LOUS DESENTENUTS


    Deux formules, bières et vins en sus :

    15 € : Verre de porto, accras morue, brochettes poulet, patatas, xistorra,pastel de nata

    20 € : Verre de porto, sopa verde, accras morue, rabas, brochettes poulet, patatas, xistorra, champignons sautes, pastel de nata


    Inscriptions : 06 71 55 68 92 ou par mail : legrandmaul@laposte.net

    Paiement possible par virement : IBAN FR76 1027 8022 8600 0211 8940 184               BIC-CMCIFR2A / Crédit Mutuel DAX

    Photo, de gauche à droite debouts : Yves LOUME (Président de l’association Le Grand Maul ) Képa ZUBILLAGA ( secrétaire et maitre de l’internet) accroupi, Jean-Claude BARENS (créateur et directeur artistique du Grand Maul )

    www.legrandmaul.org

  • Causerie avec Alice HELT #3

    Une formidable initiative solidaire

    JCB-A quel moment a germé l’idée de mettre en place ce projet, et d’après quels constats ?

    AH -L’année dernière, à peu près à la même époque. Quand j’ai pris la mesure de la détresse dans laquelle se trouvait Jope Naseara, après son retour d’opération. J’ai d’abord décidé d’endosser simplement le rôle d’une maman qui viendrait s’assurer que son fils a bien ce dont il a besoin, prend bien ses médicaments… Avec mon mari, lorsque Jope a été admis en urgence au Centre Napoléon, nous avons aussi décidé de remettre son studio en état. L’objectif étant qu’à son retour il se retrouve dans un espace propre et accueillant. Heureusement que ses amis de la Résidence veillaient sur lui ! C’est grâce à eux que nous avons compris. Car Jope comme ses compatriotes ne réclame et ne se plaint jamais. Ensuite, je suis allée quasi-quotidiennement le voir au Napoléon. D’autres personnes l’ont aussi fait. En fait, sans trop le savoir, nous assurions un relai à son chevet. J’ai beaucoup discuté avec Jope. De sa famille, de la mienne, de mon travail, de ma liberté de femme française… J’ai dû demander que ses repas soient adaptés aux besoins de son organisme de jeune sportif de haut niveau. Car les portions pour les habituels pensionnaires étaient tellement petites qu’il a perdu entre 5 et 8 kg en quelques jours.
    En rangeant chez lui je suis tombée sur un tiroir plein d’enveloppes fermées… je suis donc allée le voir au Napoléon avec un sac rempli de ces courriers et nous les avons traités ensemble. J’ai traduit, j’ai expliqué le processus en France. On a ainsi réglé quelques petits retards… Et là je me suis dit que malgré toute la bonne volonté du club, l’écart de culture et de pratique était trop grand. Les petits trucs du quotidien, si vous ne comprenez pas la langue, soit ça vous pourrit la vie, soit vous faites comme s’ils n’existaient pas. Mais ce que l’on appelle aujourd’hui « la charge mentale », elle est bien là !
    Alors, j’ai commencé à écrire, à poser ce qu’il aurait fallu faire. J’ai élaboré un début de projet que j’ai soumis en tout premier à Jeff (Dubois). Sans son aval je n’aurais pas été plus loin. Son retour a été formidable. Il était emballé. Il m’a même dit, « c’est ambitieux et complet. Si tu arrives à mettre tout ça en place, on sera le premier club à faire aussi bien pour les joueurs étrangers et leurs compagnes ». Car mon projet propose aussi un volet pour les compagnes dans leurs démarches du quotidien (inscription des enfants à la crèche, solidarité en cas d’enfant malade, échanges de services…).
    En fait, plus je réfléchissais plus je réalisais que cette démarche ne devait pas s’adresser qu’aux joueurs étrangers. Bien que la barrière de la langue contribue à une très grosse fatigue qu’on n’imagine pas toujours. Ainsi, les jeunes arrivant d’autres régions, pouvaient aussi avoir des besoins similaires. Excepté la langue… mais comme je le dis toujours, ils ne parlent pas tout le « palmipède gras » couramment.
    C’est pourquoi l’objet du projet est bien l’« Accompagnement des Joueurs éloignés de leurs proches ».

    JCB- AMAS signifie Ensemble en gascon. Le vivre Ensemble est-il le moteur principal de la proposition ?

    AH – Eh oui, il fallait bien un nom au dispositif. Avec quelques amis qui m’écoutaient parler de mon projet, on a longtemps cherché. Et puis, on s’est dit que la notion d’Ensemble pouvait être une bonne synthèse de la démarche. Comme nous sommes en pays gascon, on a adopté : AMAS. Dans AMAS on retrouve le A d’Accueil, d’Accompagnement, M de Merci, car on ne peut que les remercier d’avoir choisi de venir porter le maillot de Dax, et le S de Solidarité. En tous les cas, oui, le premier objectif est le bien vivre ensemble. L’idée est que ces joueurs aient un bon souvenir de leur passage dans les Landes. Qu’ils soient à l’aise avec nos modes de vie, qu’ils comprennent comment nous vivons (culture, respect des personnes et des lois…) et qu’ils se sentent bien. Au-delà du premier objectif : l’humain, on pouvait aussi se dire que plus les joueurs (et leurs familles) se sentent bien, plus ils peuvent se concentrer sur le sportif et s’épanouir dans leur projet de rugbyman professionnel.

    JCB -Sous quelles formes, va se décliner cet accompagnement des joueurs éloignés de leurs proches ?

    AH -Disons, en premier, que faisant partie des administrateurs du Fon’Daxtion, il m’a semblé naturel et légitime, au regard des objets du Fonds, de présenter la démarche AMAS aux fondateurs du Fon’Daxtion. Là encore l’accueil a été très favorable, Stéphane Dargelas et Hugo Maurel se sont tout de suite portés volontaires, non seulement pour apporter des coups de main mais aussi pour qu’AMAS puisse se faire sous l’égide du Fon’Daxtion.
    Il y a plusieurs formats dans le projet.
    Tout d’abord, créer du lien et faire savoir que mon équipe de (très) Bonnes Volontés est constituée de personnes de confiance, discrètes et compétentes. Chacune dans son domaine. Nous avons une juriste, une pharmacienne, un banquier, un ancien des impôts… tous en capacité d’orienter les joueurs ou leurs compagnes vers les bons interlocuteurs. Nous avons aussi tout plein de bricoleurs et de personnes disposées à accompagner les joueurs à leurs RDV médicaux (eh oui comment on fait quand on n’a ni permis, ni voiture, et la jambe en plâtre ?). Nous pourrons être là, par exemple, en début de saison, pour les accompagner pour les états de lieux, les branchements Internet-Wifi, électricité… Nous avons aussi une professeure de français, anglophone, qui les accompagne depuis déjà quelques années… et désormais dans le cadre de Fon’Daxtion. Elle fait un lien extraordinaire avec les non-francophones.
    Nous avons prévu une permanence (environ 2h toutes les semaines, voire 15 jours, au stade M. Boyau) pour assurer aux joueurs la possibilité de trouver une écoute et de chercher ensemble des solutions à la plupart de leurs questions extra-sportives.
    Ensuite, des conférences sont prévues au long de l’année sur différentes thématiques. De la même manière que Fon’Daxtion a lancé l’an dernier l’intervention de Colosse aux pieds d’argile, ou d’un ancien rugbyman conseiller en gestion de patrimoine. D’autres sujets sont en cours d’élaboration (les institutions de notre république, les préjugés, l’environnement…).
    Un dispositif complet au travers du projet porté par Catherine Hontang et Hugo Maurel traitera du sujet ô combien important actuellement : la Santé Mentale. C’est une démarche réalisée, là encore, dans le cadre du Fon’Daxtion. Le partenariat avec la clinique AMADE comprenant : conférence introductive, formation des staffs et bénévoles pour détecter les possibles soucis avant d’alerter, rendez-vous individuels avec les joueurs est déjà lancé pour la partie Association de l’U.S.Dax Rugby. Enfin des moments conviviaux et plus informels se mettront en place. Comme l’opération « grand nettoyage de Printemps » de la résidence des joueurs Espoirs et du CDF de ce mois de novembre. On aura aussi des randonnées dans les Pyrénées, des escapades à la plage, une course landaise ou encore des moments « en famille » pour un soir, un WE, chez les Bonnes Volontés d’AMAS qui le proposent.

    JCB-Es-tu rentrée en contact avec d’autres clubs professionnels soucieux de ces problématiques ?

    AH-J ’ai un peu regardé… mais franchement, je n’ai pas eu la sensation d’avoir le temps. Pour moi, il y avait urgence. Comme par exemple, accompagner les jeunes fidjiens pour l’ouverture de leurs comptes bancaires, pour leurs premières courses alimentaires, pour les photos d’identité… Heureusement que Ratu Nacika et sa compagne qui faisaient déjà beaucoup de leur côté, m’ont aidé à comprendre et là où étaient les besoins, et surtout, les spécificités culturelles qui empêchent leurs compatriotes de demander de l’aide. Dès la création d’AMAS, Ana et Ratu se sont portés candidats. J’ai, très récemment, pu discuter avec le relai de l’agent des Fidjiens. Il faut vraiment que nous travaillons tous main dans la main : agents-clubs-AMAS. Ce sera bénéfique pour tous : autant joueurs que clubs ou agents. J’ai bon espoir qu’avec ce que nous mettons en place avec AMAS, nous parvenions à réellement progresser, ensemble, avec les agents. En tous les cas, rendez-vous est pris et nous avons d’ores et déjà convenu que je sois rajoutée au groupe Whatsapp des Fidjiens de Dax et de leur agent.
    Je tiens aussi régulièrement au courant l’équipe Pro, directement auprès des joueurs, de ce que nous mettons en place. Ils suivent ça de près.
    Enfin, j’ai longuement discuté avec « Papa Pierre » de Mont-de-Marsan. Je savais que depuis très longtemps il assurait un rôle d’intégration et de rassemblement des fidjiens de la « province Sud-Ouest ». Mais mon projet n’est pas que pour les Fidjiens. Les jeunes aussi peuvent besoin d’un relai-famille quand ils débarquent ici. Quand on a fait le grand nettoyage de la Résidence, plusieurs sont venus demander si on pouvait réparer un petit truc dans leur studio. Ils n’ont pas tous une trousse à outils sous la main, ces jeunes. Alors que les Bonnes Volontés d’AMAS n’attendent que ça, de donner un petit coup de main ! Et ce, tout en discutant des derniers matchs de l’équipe de France, de la première ou des Espoirs qu’ils suivent.

    JCB- Qu’attends-tu des personnes qui pourraient avoir envie de s’impliquer ?

    AH -En premier, de la bienveillance, des suggestions et des idées pour proposer des moments « famille » comme du soutien et de l’aide face aux tracas du quotidien ! Et, bien sûr, un peu de disponibilité. Car, plus nous serons nombreux, plus ce sera facile et « léger » pour tous. En fait, il y a pas mal de bénévoles autour des jeunes et des joueurs. Mais ce sont souvent, voire toujours, les mêmes. Par exemple, quand les jeunes arrivent à minuit à la gare, ils appellent toujours le même bénévole qui est aussi très sollicité le reste de la journée. Si nous sommes 4 ou 5 à pouvoir nous relayer ce sera bien plus supportable.
    Attention, il s’agit bien d’accompagnement. Les Bonnes Volontés d’AMAS seront aussi là pour traduire, y compris des documents administratifs écrits en français, ou aider à trouver le bon professionnel. L’objectif est d’aider à comprendre. Comprendre des instructions médicales, comprendre un courrier de l’hôpital, une lettre de propriétaire… Mais pas pour faire « à la place de… ». De plus, les personnes qui connaissent bien le tissu local et savent indiquer quel peut être le bon interlocuteur sont très précieuses.
    Quoi qu’il en soit, à voir l’enthousiasme des Bonnes Volontés du projet AMAS, à voir les rires des jeunes et moins jeunes lors du Grand Nettoyage de la Résidence, je suis convaincue que du côté des joueurs comme de celui des bénévoles, cette démarche est plus que positive. Elle est nécessaire, mais aussi elle apporte un vrai plus à ceux qui reçoivent autant qu’à ceux qui donnent.
    Photo Alice HELT- moment convivial lors du Grand Nettoyage de la Résidence, novembre 2025.

    N’hésitez pas à laisser des commentaires sur le BLOG. Si vous avez des encouragements à formuler, des idées, des remarques, des envies d’implication, vous pouvez écrire à : ahelt@laposte.net

    Si vous souhaitez faire un don à Fon’DAXtion : fondaxtion@gmail.com pour tous renseignements.

  • C’était un 16 novembre …

    Il y a un an. Jour pour jour. Le soleil inondait le stade Jean Dauger de Bayonne, pour recevoir en grande pompe le derby des Landes. Les projecteurs étaient braqués sur une rencontre, qui prenait tout à coup une autre dimension. C’était la première fois qu’un match de PROD2 était programmé sur un créneau horaire du samedi après-midi, habituellement réservé au Top 14, en pause ce week-end-là. Cette délocalisation n’avait pas fait que des heureux, et finalement tout le monde s’était rangé derrière cette décision de la Direction, adossée à une pseudo consultation et étayée par un triple argumentaire :  une exposition médiatique exceptionnelle, la migration en masse du peuple rouge et blanc pour venir encourager son équipe dans un magnifique stade de Top 14 et faire une opération financière jugée fort juteuse. Les supporters étaient là, heureux et bruyants, et l’écriture du scénario sportif fut magistrale. Un Noa Nene stratosphérique, un groupe dacquois inspiré et sur de ses forces. Des montois anesthésiés. Des caméras partout, un Président qui se met en avant, tel un papillon attiré par la lumière. Une journée qui fut une grande et belle fête populaire pour le rugby dacquois. Mais, permettez-moi, avec du recul, de trouver le revers de la médaille extrêmement dommageable. Alors que nous étions en Nationale quelques mois auparavant, et malgré une première saison exceptionnelle l’année de notre montée, étions-nous préparés à recevoir ce flot de considérations dithyrambiques, cette avalanche d’images. Nous voilà classés brutalement dans une catégorie qui pourrait faire penser que nous sommes presque un gros club, alors que les réalités sont à mille lieux, et que notre budget est bien en dessous des standards de la division. Et ce match va avoir de terribles conséquences pour la suite de la saison. Tout d’abord, nous perdons nos deux facteurs X : Jope pour de longs mois. Noa, au vu de sa chevauchée diffusée en boucle, est coopté par l’équipe de France. Il en reviendra blessé, et ne retrouvera jamais son niveau, avant finalement de subir une intervention chirurgicale. Il est aujourd’hui titulaire au Stade Français, preuve que la pioche était bonne. Cruelles pertes pour nos lignes arrières. Ce résultat avec bonus nous fait remonter au classement, et flirter avec le Top 6. Beaucoup se mettent à penser alors, que nous allons reproduire l’exploit, car ça en fut un, de la saison précédente, en nous qualifiant une nouvelle fois pour les barrages, et pourquoi pas à domicile, tant qu’on y est. Malgré nos moyens limités et nos blessés non compensés. Ce cap imaginé par beaucoup, restera dans les têtes des supporters, et peut-être un peu dans celles des joueurs. Bien évidemment, finir 11ème va apparaitre comme un terrible échec. Obtenir le maintien était sorti de l’évidence, alors que lors de notre première saison en PROD2, tout le monde nous voyait lutter pour ne pas descendre. Aucun joker médical, malgré les demandes, si ce n’est Viliame Tutuvuli. On comprendra plus tard pourquoi. Et que penser de la fameuse opération financière XXL ? Rien, puisqu’aucun chiffre n’a été communiqué. Même pas la fréquentation au stade. A en croire les soubresauts financiers de fin de saison, tout conduit à penser que la recette n’a pas été miraculeuse.

    Cette journée nous a placé sur une orbite, qui n’était pas la nôtre. L’opération de communication était réussie mais sans avoir derrière, les moyens financiers pour subvenir à la vie ordinaire d’un club, que l’on a voulu montrer bien plus imposant qu’il ne l’était réellement.

    Ironie de l’histoire, ce 16 novembre, jour pour jour, un an plus tard, Jeff, évincé avec la brutalité que l’on sait, va jouer avec le FC Grenoble un nouveau match délocalisé. Cette fois-ci par le RC Vannes, au Roazhon Parc de Rennes, devant 30 000 spectateurs. Bien évidemment que ça va être très compliqué, contre l’ogre qui descend de Top 14. Mais ça reste un match, et tout peut arriver. Là nous ne sommes plus dans les 100 kms aller-retour du derby, mais bien à 850 kms du Stade des Alpes ! Tiens, l’arbitre du match, Ludovic Cayre, sera le même que l’an dernier.

    Vendredi soir, première victoire à l’extérieur pour nos valeureux dacquois à Biarritz. Bravo à tout ce groupe et à son encadrement. Décidément, les voyages sur la côte basque à la mi-novembre, nous réussissent à merveille.

  • Mondovino, mondovalo

    C’est dans une cour d’école que j’ai pris le rugby en plein plexus.

    La besace bourrée de gnons, de malice et de feintes d’Arlequin, j’apprivoisais vite le ballon à deux bouts. Cette balle idiote, capricieuse, usée à la couture tant elle avait été bottée, passée, talonnée, portée.

    Au printemps, le pré se tapissait d’herbe grasse. Il laissait sur le short blanc cette indélébile trace de chlorophylle, source de mémorables avoinées maternelles. Le vocabulaire se faisait parfois forestier, entre les marrons donnés et les châtaignes reçues. Les deux H en bois de peuplier s’élançaient fièrement et crissaient au vent d’autan. Je sentais très tôt qu’ils pouvaient signifier Humanisme et Humilité.

    Je n’aimais pas ces cages de football qui laissent le ballon prisonnier au fond des filets, avec cette ouverture béante soumise à un gardiennage permanent. Les bipèdes ne fréquentaient pas les manchots. C’était dans les années 70. Beaumont-de-Lomagne, Quillan-Espéraza, La Voulte ou Montchanin pouvaient rêver de décrocher le Brennus. Mais c’est Béziers qui enfilait les titres. Sauclières était devenue une place imprenable.

    Roger Couderc, le front plissé sous sa casquette en feutre, vociférait dans le poste de télévision. Pierre Albaladéjo, Monsieur Drop, le rejoignait vite pour former ainsi un exceptionnel duo de comment’acteurs. Plus tard, devenu rugbyman assidu dans un club de série inférieure, mon compère au centre de l’attaque répondait au poétique patronyme d’Aragon. Prêtre-ouvrier de son état, il montait parfois d’incandescentes chandelles, sous lesquelles dans un élan de générosité liturgique, il clamait : il vaut toujours mieux donner que recevoir ! Le Ché poussait en seconde ligne. Colosse barbu, il avait connu toutes les joutes du championnat de France. Inlassable conteur, il parlait des attelages les plus effrayants : Fite-Rossignol à Brive, Goze-Imbernon à Perpignan, Estève-Palmié à Béziers. Le vestiaire sentait le camphre et le recueillement. Le match terminé, les chants profonds montaient des douches fumantes. « Le rugby est un sport de grandes marées. De gros temps, de gadoue et de vent. Un sport de parcours picaresques, de figures hautes en couleur. » Le maçon serre la taille du dentiste et l’amitié se paie rugby sur l’ongle. « C’est du mouvement qui se délie, des tas et des jaillissements, des cocottes qui avancent, des gros qui désossent et des petits qui s’infiltrent. »

    C’est dans une auberge gasconne qu’un Clos Lapeyre, aux parfums d’amandes et d’anis, a habillé mon palais d’aurores boréales. Il était rond en bouche. Un de ces Jurançon qu’Henri de Navarre reçut en onction sur ses lèvres de nourrisson babillard. Le vin a fermenté dans le cœur des hommes. Il est issu de l’invraisemblable alchimie du temps, de la terre, du climat et de l’amour qu’on lui donne. Il s’enrichit de sueur, de patience et de générosité.

    Découvrir un vin est un moment rare. Aussi rare que cet instant où le rugby me tomba dessus. Vin et rugby partagent des racines communes, des styles et des arômes marqués par les terroirs. Ils se pratiquent en équipe, avec des règles qui peuvent surprendre les néophytes.

    Connaissance et maîtrise technique, solidité physique, esprit de corps et de temps en temps le coup de génie, qui vient là, pour faire la différence. Liés au plaisir, à l’amitié, ils sont terriblement convoités par les faiseurs de parts de marché. Un marché à part qui enserre ses victimes dans la globalisation des styles et des goûts.

    En 2003, Jonathan Nossiter promenait sa caméra des Pyrénées aux Palazzi florentins, pour nous montrer cette quête qui unit riches et pauvres, natifs et immigrants : la transformation magique du raisin en vin. « Mondovino », tourné dans différents pays, met en scène les tout-puissants (la multinationale Mondavi en Californie) et les artisans-producteurs qui défendent quelques arpents de terres ancestrales. Michel Rolland, le Jules César des œnologues, a compris la nécessité de produire un vin conforme aux goûts de l’immense majorité. Un vin complaisant, sans âme. Certains résistent, refusent le formatage. Mais le publicitaire est fort mateur. L’image est partout, vorace et impitoyable. Elle nourrit les outils de l’uniformisation.

    Hégémonie du goût imposée par le couple Michel Rolland (œnologue consultant planétaire) et Robert Parker (critique américain).

    Standardisation du jeu prônée par le duo Syd Millar (patron de l’International Rugby Board) et Rupert Murdoch (milliardaire australien, magnat des médias). Monopole de 3 ou 4, équipes aux premières places du championnat, enjeu primant sur le jeu, vertigineuse importance du résultat, Pom-Pom kermesses bodybuildées aux niaiseries des années 80, façon TF1-NRJ.Argent roi et télé reine décervellent tout sur leur passage. Le professionnel du rugby sera comme le vin, un produit de laboratoire répondant aux normes des métropoles high-tech. Les perles du pacifique, et leur jeu qui fait mousser de plaisir, ne seront plus qu’un lointain souvenir. Parfois un gros viendra à chuter… de quoi alimenter le roman de la pipolisation.

    Vous les rigoureux, les performants, les athlètes musculeux, les dirigeants entrepreneurs, disputez entre vous le grand Challenge de la satiété générale. Mais rendez le Brennus aux villageois, car au fond, pour vous, le terroir qu’est-ce ?

    Jean-Claude BARENS

    CONTEXTE -Article écrit en 2007 pour Rue 89, repris en 2016 par l’Obs, et par Philippe Meyer, pour sa chronique sur France Culture.

  • Rectangle vert et cercle noir

    Assis sur le rebord de ta palombière céleste, tu as du avoir l’œil humide en observant ce qui se passe ici-bas. La famille du rugby dacquois, et bien au-delà, était venue quelques jours auparavant t’accompagner. Regroupée, faisant corps. C’était beau et émouvant.

    Aujourd’hui au-dessous de toi, sur le rectangle vert, des joueurs se sont dépouillés, ont fait honneur à ce maillot que tu as porté, à ce club que tu as tellement aimé et soutenu. Ils se sont resserrés. Se sont battus de toutes leurs forces, sans être pour autant récompensés. Mais l’âme est là, elle perdure depuis bien des mois. Ce groupe n’est pas tombé du ciel, il est né d’une histoire commune, de vécus collectifs, d’un cheminement humain qui s’est construit dès la division inférieure. Même s’il n’a jamais connu de périodes aussi difficiles, c’est là qu’on va mesurer toute sa force et son sens de l’engagement.

    Aujourd’hui, au-dessous de toi, dans le cercle de ceux qui seraient sensés indiquer une voie, rassurer, créer un cadre pour exercer un métier sereinement, on s’est pitoyablement déchirés. Je ne pensais pas que le mot escobarder, que j’avais précédemment sorti un peu de sa désuétude, aurait connu des illustrations aussi répétées. Mais là, je suis dans l’obligation d’aller plus loin et d’emprunter chez Rutebeuf, le mot « faumoner ». C’est plus direct, et ça nous rapproche davantage de la tromperie. Escobarderies et faumonements, la langue française est décidément savoureuse… Le cercle se dépulpe, toute la substance dacquoise, la pulpe historique, est extraite. Ayant fait du vide autour d’eux, les Stratton brothers, occupent le centre. Après avoir voué aux gémonies Jeff et son staff (une vieille obsession datant du début de l’ère, d’ailleurs largement soutenue par d’autres), renvoyé sans ménagement dans leurs foyers les partenaires historiques, gommé des tablettes les bénévoles investis depuis longtemps, la trace dacquoise se fait mince Un trait qui perd de l’épaisseur. Un terroir qui serait amputé de ses saveurs, de sa culture. Mais pour eux, le terroir qu’est-ce ? Devons-nous nous attendre à une perfusion biarrote, qui pourrait rebooster un groupe sans gain ? Quel chemin emprunteront-ils pour apporter une confiance qui a volé en éclats au fil des mois ? Qui peut affirmer aujourd’hui que leur gestion est exemplaire ? Et quand un journaliste l’exprime, en s’appuyant sur des déclarations internes, il est malmené !

    Ceux qui diront qu’il ne faut pas mêler les joueurs à tout cela, ont peu conscience des réalités. Le rectangle vert est dans le cercle noir. Les joueurs sont des citoyens, des salariés qui ont les mêmes droits que tout un chacun. Ils lisent la presse, consultent les réseaux sociaux, réfléchissent, ont des avis. L’exemple récent de Grenoble, devrait nous ouvrir les yeux. L’histoire des sportifs qui doivent rester dans leur bulle, c’est un conte pour enfants.

    L’ensemble du rugby dacquois mérite d’être fortement soutenu, des professionnels aux plus jeunes, des garçons aux filles. C’est là qu’il y a de la vie, des racines et de l’espoir. Pour le reste, nous allons croiser les doigts, pour ne pas être emportés dans une folle, et suicidaire dérive.

    Jean-Claude Barens