JC-Dans quel état d’esprit se trouve-t-on, quand on a été brutalement privé de son travail, malgré des résultats convaincants ?
JEFF- Le sentiment qui domine c’est une très grande déception. Déception de ne pas pouvoir poursuivre le travail accompli, alors qu’avec mon staff on en avait encore sous la pédale. D’ailleurs on avait fait des entretiens individuels et collectifs pour présenter une évolution du projet de jeu, proposer des modifications sur notre défense, sur notre attaque …tous les joueurs adhéraient et semblaient enthousiastes. Beaucoup de déception, car l’histoire n’était pas complètement finie de ma part. Il nous restait une année de contrat. On aurait voulu aller jusqu’au bout, que l’on nous fasse confiance. De la tristesse de devoir quitter ce groupe de joueurs que j’ai connus pour la plupart en Nationale et qui ont beaucoup progressé. Enfin, tout simplement triste, de voir une belle histoire stoppée aussi brutalement.
JC-A l’issue de cette fin brutale, t’es-tu senti soutenu ?
JEFF-Oui, et je l’ai vraiment très largement matérialisé durant les fêtes de Dax. Enormément de témoignages, de soutiens, de remerciements, de félicitations. De chaleur humaine. La Pena Robin des Bois qui m’a mis à l’honneur, des gens comme toi qui sont présents depuis le début, mais aussi beaucoup de personnes qui m’ont fait part de leur incompréhension face à cette situation. Ça fait chaud au cœur. Ce sont des moments difficiles, depuis le mois de mai tout n’a pas été rose, et même si aujourd’hui l’histoire n’est pas encore terminée- je ne rentrerai pas dans les détails – en tout cas le soutien continue à être présent.
JC- Que souhaites-tu à cette équipe, composée finalement à 90 %, de joueurs que tu as choisis, dont certains qui ont vécu toute l’histoire depuis la Nationale ?
JEFF-Je souhaite tout simplement qu’elle continue de progresser et qu’elle se maintienne en PROD 2. L’ambition de cette année était à nouveau la qualification. De faire une grosse dernière saison. Certains l’ont voulu autrement. Mais avec toute l’agitation à l’inter-saison, la mise en place d’un nouveau projet de jeu, il faudra sans doute un peu de temps pour que le collectif soit totalement efficace. Avec un début de championnat aussi corsé, tout retard à l’allumage est pénalisant. Je leur souhaite de s’en sortir sportivement, parce qu’ils le méritent. Ce sont des compétiteurs, des bosseurs et des bons gars. Notre histoire commune a été intense. Vincent Etcheto, que je connais un peu, est expérimenté, et à sous certains aspects des aspirations de jeu, qui peuvent être proches des miennes. Avec certainement un peu plus de classicisme, et un peu moins de place pour les prises de décisions individuelles. Même si on est costaud devant, il faut pouvoir prendre derrière, des initiatives à tout instant.
JC-Tout au long de ton parcours, tu as pratiqué ce métier d’entraineur, en ayant différentes fonctions. Cette dernière, de manager général, est-elle plus délicate à gérer mais aussi plus intéressante ?
JEFF- C’est un poste intéressant mais compliqué. J’ai toujours aimé être près des hommes. L’opportunité de le faire à Dax était idéale, pour continuer à me former, à progresser. Prendre le temps. Bien évidemment, si j’avais l’occasion de le faire au plus haut niveau, ça serait formidable. Mais les places sont chères.Trois belles saisons avec Dax, où je me suis régalé, mais j’ai envie d’être toujours au plus près du terrain. Le rôle de Directeur sportif viendra peut-être plus tard.
JC-Là, tu éprouves le besoin de faire une pause pour les mois qui viennent ? Es-tu attentif à d’éventuelles propositions ? Ton souhait est-il de rester dans la région ?
JEFF-Dans ce métier il faut rester en vue. On ne peut pas trop faire de longues pauses. A cette période de l’année, tous les staffs sont constitués, les saisons ont commencé. Quand je me suis engagé à Dax c’était idéal, avec un projet sportif et un projet familial. Faire remonter le club et être proche des miens. J’ai eu cet élan brisé. Et s’il faut repartir, je repartirai, c’est évident. Ce métier est passionnant, mais précaire. Je le sais.
JC-Te vois-tu exercer dans le rugby, une fonction différente : Président de club ? Directeur sportif ?
JEFF-C ’était une éventualité que j’avais envisagée L’idée était de construire un maximum sur le rugby avant de passer de l’autre côté de la barrière. De se donner les moyens d’avoir une formation forte sur laquelle s’appuyer. A ce titre, le travail fait par Willian Rebeyrotte et Thierry Gatineau est excellent. La politique des JIFF que j’ai portée allait dans ce sens. Comment exister à ce niveau, avec si peu de moyens ? Beaucoup de choses sont encore à inventer. Et les joueurs formés au club en sont obligatoirement la pierre angulaire.
JC-Beaucoup souhaitent te revoir un jour à Dax, quand les conditions seront réunies. Ce sont de doux rêveurs, ou ont-ils le droit de garder un peu d’espoir ?
JEFF-Surement pas dans les conditions actuelles, tout le monde s’en doute. Mais, en revenant à un poste différent, nourri de plus d’expériences, avec un peu plus de hauteur, je dirai pourquoi pas ? J’avoue, pour l’instant qu’il y a une brisure. Même si j’ai le sentiment de ne pas être allé au bout de mon projet, j’ai besoin de temps pour digérer. Je suis entre deux eaux. Mais, la porte n’est pas totalement fermée.
JC-Que retiens-tu de ces trois années assez magiques ? As-tu conscience que tu as rendu heureux tout un peuple rouge et blanc ? As-tu senti cet enthousiasme, autour de l’équipe et de son staff ?
JEFF -On a senti tout un peuple derrière nous, un public qui était de plus en plus nombreux au stade et un noyau de fidèles supporters à l’extérieur. Je n’ai qu’un regret : ne pas avoir été Champion de France. Nous serions ainsi rentrés dans l’histoire du Club, même si la saison suivante, la qualification pour les phases finales de la part d’un promu, nous permettait de nous y inscrire Des moments très forts, avec finalement peu de moments tristes. Les joueurs étaient confiants, et n’ont jamais craint de jouer le maintien.
Un grand merci cher Jeff, pour ce moment partagé face à l’océan.
Jean-Claude Barens « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »
Tous les mois, je vous proposerai une rencontre avec une personnalité, avec bien souvent l’USDAX en filigrane.
JCB- Henry, la dernière fois où nous nous sommes vus, c’était à Auch, au vernissage de l’exposition « Du coq à l’âme », initiée par Pascal Geneste et les Archives Départementales du Gers. Une plongée passionnante dans cette belle épopée du rugby gersois. Quel regard portes-tu sur l’évolution du rugby dans le Gers, et l’absence de tout club professionnel dans le département ?
HB- Bien sûr, je suis de très près les évolutions des clubs gersois depuis le modeste mais d’autant plus méritant Vals-et-Villages-l’Isle-de-Noé (VVAL) jusqu’aux têtes d’affiche : le RCAuch et l’ASFleurance en passant par Panjas et l’Isle-Jourdain. Toutes ces identités m’ont tellement aidé, lors de ce passage de 9 ans, à la tête du FCAG, en me confiant, systématiquement, leurs meilleurs éléments, à deux exceptions près – des fautes de notre camp -Après la catastrophe de 2017 prévisible bien auparavant, le RCA s’est reconstruit toujours dans le local autour de dirigeants attachés à la cité et de deux entraîneurs du pays : Grégory Menkarska et Titi Bosque, deux enfants de la maison. Actuellement, il marque un temps d’arrêt dans cette Nationale 2 qui manque un peu d’attractivité. Il faut que les Auscitains accèdent à la division supérieure et retrouvent Tarbes, Narbonne, Bourgoin, Nice… Aux commandes, toujours du local : Frédéric Pujo, digne fils de Roland, Julien Campo élevés au Moulias et Jorick Dastugue formé dans la cuvette de Lousteau. Monter : il le faut afin de pouvoir conserver les meilleurs jeunes tentés par les voisins célèbres : le Stade Toulousain, Colomiers, Pau, Agen, Montauban, le Stade Montois… Pourtant, autour de trio Van de Kerkhove (Plaisance), Debets (Nogaro) et Guttierez (Auch), un bon travail de formation s’active depuis plusieurs saisons. L’arrivée d’un nouveau Président venu de Tarbes mais bien du 32 (Riscle), ambitieux et à l’esprit rugby, associé à un recrutement correct, autorisent quelques espérances. Cependant, il faut mettre fin aux larmoiements sur la composition de la poule avec les longs déplacements ! Le souvenir (Frédéric Pujo s’en souvient !), pendant la saison 2001-2002, d’un déplacement au LOU, en 24h : nous n’avions pas gagné mais le groupe s’était bien resserré !
JCB- Personnellement, je viens de vivre un épisode douloureux avec l’US DAX, mon club de cœur, que tu as croisé plusieurs fois dans ta carrière, et le licenciement brutal de JEFF DUBOIS et de ses adjoints, après trois années jouées à un niveau que nous n’avions pas connu depuis bien longtemps. C’est pour moi violent et injuste. Un métier dur et précaire ?
HB- Les US DAX-FC AUCH rappellent de bons souvenirs, des affrontements sans concession entre deux clubs aux moyens limités mais fiers pour ne pas dire orgueilleux. Toujours un peu d’amertume après la 1/2 finale du printemps 2006 perdue, à la dernière minute, sur une transformation difficile de Diaz, après un changement d’arbitre (Poite au départ, après…) fatal ! Souvenir inoubliable (encore une défaite auscitaine !), à Mathalin, le vieux stade célèbre par sa cuvette, en avril 1956. À l’époque, je suivais les rencontres, assis en tailleur, sous la main courante, à moins de 2m. des acteurs ; ça manquait de vue d’ensemble mais les commentaires de mes bérets noirs valaient ceux de Loys Van Lee ; j’adorais Othats et je réclamais, pour lui, une place chez les Coqs ; c’était le temps des Boniface, Martine, Maurice Prat, Bouquet, Stener, Marquesuzaa…et Roger Lerou ne m’écoutait pas ! Les Landais mènent 6-0 ; les Gersois marquent un essai que j’estime, bien sûr indiscutable ; l’arbitre le refuse ; nos supporters irascibles envahissent le terrain ; Pierre Albaladejo, qui jouait 15 cette après-midi-là, n’est pas exempté de l’ire de la foule que j’accompagne… du regard ! On ne se qualifiera pas mais Mathalin ne sera pas suspendu et l’USD sera très bien accueillie, 3 semaines après, lors de son 16eme victorieux contre Cahors : « allez les rouges ! ».
Une longue digression pour en revenir à Jeff Dubois dont le père, Gaston, évoluait – pas commode sur un terrain, le type ! – dans la période relatée plus bas. J’ai été surpris par son éviction ; avec un effectif relativement modeste, je pense qu’il a tiré le maximum du potentiel à sa disposition ; je ne connais pas la Direction de l’USD et je ne peux pas porter de jugement. Le poste d’entraîneur en chef est ingrat et trop de gens pensent qu’apporter des moyens financiers suffit pour connaître le Rugby alors que les meilleurs coachs du monde ne parviennent pas à en maîtriser tous les rebonds. Cependant, je suis sûr que Jeff aura l’opportunité de prouver, rapidement, l’étendue de son indiscutable talent.
JCB-Que penses-tu, de ces nouvelles formes de gouvernances, souvent bien éloignées de l’histoire des clubs, de leur enracinement et qui semblent essentiellement obsédées par l’image et la rentabilité. En somme, pour eux, le terroir qu’est-ce ?
HB-Je réponds tout simplement que les deux meilleurs clubs de France, le Stade Toulousain et Begles-Bordeaux sont dirigés par deux anciens joueurs, Lacroix et Marti, et que ce n’est peut-être pas anodin. Maintenant, on ne peut pas empêcher des gens fortunés de placer leurs capitaux où bon leur semble mais ne les prenons surtout pas pour « des naïfs aux 40 joueurs !!! ». C’est un débat qui mérite des pages et des pages. Un soir d’hiver, un de ces nouveaux arrivants déjà bien pourvu, s’est confié : « On m’a proposé d’être maire de la ville – plus de 100 000 h- ou Président du club de Rugby, j’ai choisi le Rugby ! ». Inégalable en termes d’images.
JCB-Nous parlions de Jeff Dubois, mais sans doute son papa Gaston t’évoque-t-il ce formidable travail d’éducateur, toi qui as été un militant acharné du rugby scolaire ?
HB – Gaston Dubois jouait donc ce fameux match de 1956 à Mathalin : Cassiede, Lasserre, Bachelet… ça pesait lourd ! Puis le Prof d’EPS s’est fixé à Peyrehorade et son collège et, pour ma génération d’enseignants attachés au ballon ovale, évoquer cette cité, c’est penser à lui et à son implication dans le milieu scolaire. Pendant les 27 ans passés au Collège de Samatan et les six au Collège Carnot d’Auch, je me suis efforcé de faire du Dubois bis, recrutant les bons jeunes des alentours et de plus loin, multipliant les rendez-vous ovales dans la cour de récréation, lorgnant les aptitudes des footballeurs et basketteurs afin d’intégrer les meilleurs à la Section, faisant jouer les gosses pour ne pas perdre car je pensais que JOUER C’EST GAGNER !!! Des liens très forts avec le club de rugby de la cité, le rôle d’avocat de la défense aux conseils de classe ce qui n’empêchait pas de régler les différends en tête à tête avec les fauteurs… A l’instar de Gaston, nous ne comptions pas les heures supplémentaires parce que nous y trouvions notre bonheur et c’était du BONHEUR ! De nos jours, j’ai mal au rugby scolaire : le professionnalisme et les centres de formation l’ont massacré !
JCB – Tu as longtemps été affublé de l’appellation d’origine contrôlée : « Le sorcier Gersois » D’où te vient ce surnom ?
HB – Le surnom, c’est un Conseiller Technique du Gers, Pierre Barthe qui me l’a attribué ; il a conduit de nombreuses équipes à des titres de Champions de France dont Aire sur Adour chez vous : rien ne nous rapprochait sauf le Rugby : les opinions politiques, les conceptions de la vie, les rapports humains, la culture, l’humour…tout nous opposait et nous avions vite compris que ces sujets-là ne pouvaient être abordés. En revanche, que de jours et de nuits à couper en tranches le jeu, à fouiller dans les arcanes, lui, étant encore plus fou que moi ! Après avoir entraîné des milliers de joueurs, il est parti, en 2020, dans le pire des anonymats. Plaqué violemment par Alzheimer, il a fini dans un Établissement d’Accompagnement. De temps en temps, il convoquait ses congénères et, sur le tableau de la salle commune, il leur marquait les combinaisons qu’il avait affectionnées !
JCB- Aujourd’hui, on nous jette facilement au visage d’être encore les porte-voix de vieilles lunes passéistes, d’un rugby complètement révolu. Mais les Bru, Dupont, Jelonch, Alldritt, Bourgarit, Patat, Sarraute … et j’en oublie, ne sont-ils pas un peu tes enfants ? En tout cas, des hommes qui ont pu éclore dans un environnement que tu as su créer, et qui profite au professionnalisme actuel ?
HB – Les noms que tu cites sont les enfants de TOUS les Éducateurs gersois. Nous avons beaucoup de chance ici : l’argent ne nous a pas contaminés et nous avons toujours dans nos clubs une masse d’éducateurs BÉNÉVOLES de grande qualité, passionnés, compétents, au service des enfants. Je suis sûr que dans les Landes, vous avez les mêmes ! Ils sont nos forces ; jusqu’à quand ?
JCB- Un grand merci cher Henry, pour cet échange, et à une prochaine sur les chemins de l’ovalie.
Jean-Claude Barens « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »
Henry Broncan – 24.11.2013 – Albi / Pau – 11eme journee de Pro D2
A la mi-août qui approche, les corps souffrent sous un soleil de plomb. La beuchigue vole de mains en mains. L’encadrement prépare le groupe à son retour officiel au jeu de rugby, après une mesclagne estivale, qui s’agglutine encore au fond des têtes. La guérison n’est jamais si prompte que la blessure. Nous soutiendrons nos braves fantassins rouges et blancs, forcément impactés par un épisode, qu’ils subissent plus qu’ils n’influent. Le menu à venir est copieux, et les plats seront de résistance. Surtout si nous avons du retard pour passer à table.
« A la mi-août, on se sent plus dynamique. A la mi-août, on s’amuse comme des fous ». Les plus anciens reconnaitront sans doute, un bout de cette ritournelle de Ray Ventura & ses Collégiens, ceux-là même qui ont propulsé dans nos oreilles, la fameuse chanson « Tout va très bien, madame la marquise ». Une adaptation dacquoise semblait s’imposer.
Allô, allô, allô Benjamin Quelles nouvelles Absent pendant quarante-cinq jours Au bout du fil Je vous appelle Que trouverai-je à mon retour ?
Tout va très bien, supporteur qui cotise Tout va très bien, tout va très bien Pourtant, il faut, il faut que l’on vous dise On déplore un tout petit rien Un incident, une bêtise La liquidation du staff est acquise Mais, à part ça, amis fidèles Tout va très bien, tout va très bien
Allô, allô Adrien Quelle nouvelle ? Vous comprendrez bien ma surprise Expliquez-moi Cocher fidèle Comment cela s’est-il produit ?
Cela n’est rien, supporteur qui cotise Cela n’est rien, tout va très bien Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise On déplore un tout petit rien Jeff a péri dans l’incendie Allumé très tôt par Benji. Mais, à part ça, supporteur fidèle Tout va très bien, tout va très bien
Allô, allô Benoit Quelle nouvelle Le sportif est donc impacté Expliquez-moi En chef modèle Comment cela s’est-il passé ?
Cela n’est rien, supporteur qui cotise Cela n’est rien, tout va très bien Pourtant il faut, il faut que l’on vous dise On déplore un tout petit rien.
Le recrutement est bien rachtèque
Car nous n’avons plus un kopek Mais à part ça amis fidèles Tout va très bien, tout va très bien
Allô, allô Thomas Quelle nouvelle Notre club crache son fiel ! Expliquez-moi Car je chancelle Comment cela s’est-il produit ?
Eh bien, voilà, supporteur qui cotise Apprenant qu’il était endetté À peine revenu de sa surprise Le Directoire s’est sabordé Et c’est en ramassant à l’appel Les quelques soutiens convaincus Que la décision de l’A2R Qui fut jugée des plus cruelles Ne fit qu’amplifier l’incendie, Le propageant dans le pays. Et c’est ainsi qu’en un moment Nous faillîmes tous périr salement. Mais, à part ça, amis fidèles Tout va très bien, tout va très bien.
Bernard DOLET, grand journaliste au journal l’Equipe et dacquois de naissance, écrivait ceci au lendemain de la défaite de l’USDAX pour une cinquième finale perdue le 20 mai 1973 contre le Stadoceste TARBAIS :
« Avec le recul, la défaite a pris des proportions plus justes, moins dramatiques, même si ici le mot « finale » porte le symbole de la malédiction. Mais « après tout ce n’est que du sport », philosophie simpliste, mais plus qu’acceptable. Soyons logiques : de quel droit peut-on reprocher quelque chose à une équipe, à un entraineur et surtout à un club dont l’extraordinaire tenue depuis plus d’une décennie est évidente, à une équipe qui arrive en finale, à une équipe qui a fait la renommée de sa ville et qui a apporté tant de grands moments à ses supporters ? Les gens ici semblent avoir pris conscience de toute cela, comme, en ont témoigné les diverses réceptions après la finale. Cette cinquième de perdue doit être rangée dans le tiroir des oubliettes avec toutes les autres, elle doit même apporter une grande satisfaction, celle de posséder un XV capable de grandeur à la fois sur les terrains et à l’extérieur et un public, n’ayant point fait preuve d’un chauvinisme exacerbé. Le dacquois est redevenu ce qu’il était : sage et juste. Peu lui importe de savoir si ses joueurs étaient « dignes ». Une très belle page est encore tournée dans l’histoire du club. Tous les héros de cette année seront au départ pour la précoce saison 1973-1974 avec en plus Jean-louis Bérot de retour au bercail et avec toujours Popaul Lasaosa, qui finalement s’occupera encore d’une équipe et d’un club qui peuvent le saluer bien bas. Tous souhaitent bien sûr faire exploser Dax par un beau soir du mois de mai 1974. Ceci n’est pas un but à atteindre à tout prix ; il s’agit simplement d’un souhait. Le cru a été bon et le reste, la relève aussi. Alors pourquoi pas, une nouvelle finale … pardon, un titre ? Mais ceci, comme dirait Kipling, est une autre histoire. »
Bernard DOLET
On retrouve là toute la place de la vertu de tempérance dans l’éthique du sport. Aujourd’hui, quatre mois de moins bien dans un cycle exceptionnel, sont prétexte à une violence décomplexée envers des êtres humains, à une maltraitance insupportable. Attitudes devenues monnaie courante dans le sport professionnel, où les chiffres ont remplacé les mots. Et comme Bernard Dolet, je terminerai par du Kipling : « Quand on commence à se prendre pour un dieu, on finit toujours par se rappeler qu’on n’est qu’un homme ». Histoire à suivre …
Jeff Dubois est licencié pour faute grave, avec l’insubordination comme affront suprême. Les chefaillons détestent les oppositions. La lettre de cachet est parvenue au destinataire, frappée du sceau de la punition Le Robin Dubois n’a plus de flèches dans son carquois et la forêt de Boyau est éviscérée. La sentence est enfin tombée, la poignée de juges en barboteuses va pouvoir pérorer. Au bal des égos, vont-ils se regarder dans des miroirs sans tain, avant de se lancer dans l’enivrante valse de la domination ? A moins que tous ces crocodiles dans le même marigot ne se dévorent au fond de l’eau. Je vais ravaler mes mots et ma colère, pour ne pas diffamer, mais ce que vous faites là n’est pas digne de l’état d’esprit qui devrait présider chez nous. Je ne reviendrai pas sur tout ce que nous a apporté depuis trois ans, le destitué d’aujourd’hui. Je l’ai largement fait lors de précédentes publications. Il y a parmi le public, ceux qui sont grandement reconnaissants, parfois admiratifs, qui trouvent la méthode scandaleuse. Et ceux qui ont déjà oublié, tout balayé, et qui s’accommodent de la situation. Dirigeants, vos agissements sont à l’image des réseaux sociaux, où une information en balaye une autre, où l’histoire devient une variable d’ajustement des ambitions personnelles, où l’occupation des espaces d’échanges, à force de publications et d’offres d’achats, devient une supercherie de bazar. Avec cette dose de suffisance, cette logorrhée parfois mensongère, où vous voulez donner l’impression de tout maitriser. Il faut être frappé de cécité pour constater que ce n’est pas le cas. Mais vous allez à un moment ou à un autre, être dans l’œil du cyclone, et vos embarcations argumentaires paraitront bien frêles, quand vous serez pris dans la tourmente. Vous allez être observés à la loupe. Que dis-je, au microscope. L’amnésie côté supporters, quand elle devient collective, est inquiétante au plus haut point, mais tellement le reflet d’une société déliquescente. Les exemples sont nombreux tous les jours. Alors, Indignez-vous donc ! car l’indignation est vraiment le ferment d’un esprit de résistance. Où donnez simplement votre avis ! même s’il est contraire. Parfois ça fait du bien. Et les raisons de s’indigner ne manquent pas. La manière de gérer notre club prend une tournure préoccupante. Bafouer à ce point le bien commun vire au grotesque. Pensez-vous que vos gesticulations, vont provoquer l’exaltation de tout un peuple ? De certains peut-être. D’autres ne sont pas dupes. Alors oui, nous allons passer à autre chose, soutenir ce groupe qui devra rester très solidaire, au vu de la saison terrible qui l’attend sportivement, avec de plus, ces points de sanction dont les communicants semblent bien embarrassés pour nous dire la vérité. Mais n’oubliez jamais qu’il est possible d’accompagner passionnément une équipe tout en ayant un désaccord abyssal avec ses dirigeants. Et je vous en prie, ne jouez pas la fibre victimaire : vous faites du mal au club ! J’ai bien l’intention de m’intéresser à tout ce qui se passe. Et de le relater.
Cette page de notre histoire en rouge & blanc, vous ne la tournez pas, vous l’arrachez pitoyablement.
Jeff DUBOIS, Headcoach of Dax during the Pro D2 match between Vannes and Dax on April 12, 2024 atStade de la Rabine in Vannes, France. (Photo by Eddy Lemaistre/Icon Sport) – Photo by Icon Sport
Intégralité de l’échange entre le philosophe Michel SERRES et Daniel HERRERO le 02 juin 2020.
Le rugby est-il pour vous un sport mondialisé ?
Michel Serres. Le rugby est au tiers ou au quart mondialisé. Parler de mondialisation est un abus de mot. Parler de Coupe du monde l’est aussi, lorsque des matchs de premier tour se soldent par des scores de 70 à 0. Certaines équipes jouent vraiment au rugby. D’autres, pas complètement. Il s’agit de la Coupe du tiers du monde.
Daniel Herrero. J’irai plus loin. Nous nous sommes inventé une planète qu’on a baptisée Ovalie pour avoir la sensation d’une discipline qui couvre un très large territoire. Nous savons pourtant qu’en superficie, il est très réduit. Depuis la première Coupe du monde 1987, les cinq mêmes équipes européennes et les trois mêmes de l’hémisphère Sud se retrouvent toujours dans les derniers tours, jusqu’à la finale. En revanche, nous assistons à la promulgation de l’image planétaire du rugby. Nous montrons beaucoup de ce petit territoire au monde. En termes d’économie, en revanche, la Coupe du monde de rugby semble s’installer comme le troisième événement sportif de la planète, après les jeux Olympiques et la Coupe du monde de football. Or, et c’est l’angoisse, dans la réalité palpable du terrain, dans le nombre de joueurs, dans le décanter de l’élite, le rugby se trouve peut-être en situation de ralentissement.
Quel est le meilleur vecteur de développement du rugby : son âme ou son côté spectaculaire et télévisuel ?
Michel Serres. Posons une question préalable. Le rugby peut-il conserver ses valeurs avec l’évolution actuelle ? Étant donné les exigences corporelles, économiques, de salaire, peut-on dire que le rugby a conservé ses valeurs traditionnelles ?
Daniel Herrero. Il s’agit du sujet majeur. Le rugby s’est bâti autour d’une pratique amateur en lien étroit avec des valeurs mises en ordre et en lois. En Angleterre, on ne jouait pas en championnat jusqu’en 1990. Il était hors de question de se mesurer pour être le premier. La mutation jeu-travail, entamée par les Français depuis longtemps, par le monde ovale dans les vingt-cinq dernières années, est cataclysmique. Un jeu devenu métier. Les joueurs festoient moins. Ils robotisent leur musculature. Ils industrialisent leurs comportements, y compris leur camaraderie. On ne porte pas encore, pour l’instant, de jugement. Mais on sent bien tout simplement qu’il y a un prix à payer, que l’on ne formule pas bien.
Ces évolutions remettent-elles en cause les fondements du jeu, autour de l’engagement, du collectif et du courage ?
Daniel Herrero. Au départ, le rugby ne générait pas la star car sa pratique sacralisait le groupe. L’essai arrivait en bout de route. Celui qui concluait cette aventure collective recevait la tape de satisfaction. C’était initiatique.
Michel Serres. Daniel a raison. C’est devenu peu à peu un spectacle qui, au départ, ne l’était pas. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il constituait la laïcisation de l’entraînement solidaire. Au fond, les rugbymen correspondaient à ces mousquetaires d’autrefois qui s’entraînaient physiquement à l’escrime, à l’équitation, pour faire la guerre. Ils avaient le sens de la communauté et de la solidarité. Plus que cela encore, il y a dans le rugby quelque chose que l’on ne trouve nulle part ailleurs : l’apprentissage du droit, le juridique. Tu pousses à l’extrême de la violence, mais tu t’arrêtes, et c’est essentiel, dès que l’arbitre se manifeste. Cette maîtrise de la violence constitue le premier apprentissage du droit. Le rugby fut pour moi ma faculté de droit. Le droit impose qu’à un certain moment des relations humaines la violence soit régulée par des lois. L’arbitre est probablement le premier joueur du terrain.
Daniel Herrero. « Le rugby est ma faculté de droit… » C’est magnifique ! Sur nos terres du Sud, l’Anglais est arrivé et il a mis du droit là où c’était rude dans les comportements des hommes. Par ailleurs, pendant longtemps, l’arbitre ne sifflait pas. Quand il décelait une petite anomalie il levait le drapeau.
Michel Serres. Tout le monde le regardait et fermait sa gueule. Comme je l’ai dit dans une interview : le journaliste ne doit jamais dire, « L’essai y était, l’arbitre l’a refusé. » Car c’est l’arbitre qui marque l’essai, et non le trois-quarts aile. La preuve : on dit marquer un essai, mais marquer sur le « tableau de marque ». C’est l’arbitre qui le marque.
Daniel Herrero. L’essentiel n’est pas de déterminer s’il y a essai ou non. L’arbitre a estimé que… Donc, il a raison.
Que penser dès lors de l’arbitrage vidéo ?
Michel Serres. Pourquoi l’arbitre a-t-il toujours raison ? Pourquoi le juge n’a-t-il pas forcément raison, si je suis en procès avec Daniel ? Parce que si Daniel gagne le procès, je peux toujours faire appel de cette décision. Mais l’appel est impossible sur un terrain. On ne va pas refaire 150 fois le match. Si l’appel est impossible, l’arbitre ne peut pas avoir tort. Le droit est de l’ordre de la décision. Il n’est pas de l’ordre du fait. L’arbitre a toujours raison par définition.
Daniel Herrero. L’arrivée de la vidéo nous séduit et nous trouble. Elle va objectiver ce que nous estimions non objectivable depuis cent cinquante ans. Aujourd’hui, on ne discute toujours pas une décision d’arbitre, même si l’on voit arriver les prémices de la métastase qui nous inquiète. Si l’on fait la comparaison avec nos amis footballeurs, les rugbymen sont d’une grande dignité. Cette année, dans le Tournoi, il y a eu deux ou trois décisions terribles. Les Gallois se sont fait blackbouler par une décision d’arbitrage. Après le match, ils sont restés dignes, stoïques. Ils ont salué les vainqueurs.
Maintenant, l’arbitre fait ça (il fait le geste de l’arbitrage vidéo) pour savoir s’il y a l’essai ou non. Nous, à l’époque, on s’en foutait. Et, quand nous passions en groupe l’en-but adverse, nous annoncions « essai collectif ». Peu importe qui avait marqué. Parfois même, on utilisait ce mot suspect d’« essai anonyme ». L’arbitre commande la vidéo. Puis, le réalisateur du match, avec ses vingt-cinq caméras, montre les images, et au final le quatrième arbitre décide. La télé dicte la décision !
Michel Serres. Qui prend la décision dans le monde contemporain ? La télé. En rugby comme en politique, dans le droit ou dans l’économie, tu as beau avoir raison, si le journaliste à la télé dit le contraire, c’est lui qui a raison. Le rugby renvoie à une image partielle de ce qui est l’arbitrage définitif dans nos sociétés, le média.
Daniel Herrero. La pression médiatique est devenue insidieuse. C’est elle qui a fait qu’aujourd’hui on voit la balle les trois-quarts du temps, alors qu’avant on ne la voyait que la moitié ou les deux tiers du match. Dans les années 1970, on voyait quatre matchs du Tournoi et la finale du championnat de France. Dans les années 1980 se sont ajoutées les demi-finales. Maintenant, trois ou quatre matchs sont retransmis par week-end. La saison prochaine, Canal Plus possédera tous les droits de retransmission pour le Top 14 comme pour la Pro D2. Le rugby appartient à Canal Plus. On passe de l’existentiel au spectacle.
Michel Serres. C’est à l’image de l’évolution de toute la société.
Daniel Herrero. Cette évolution nous a rattrapés. Nous, les drôles de gens, étions un peu anachroniques. En 1995, Philippe Sella, athlète hors norme, meilleur joueur de la Coupe du monde, s’entraînait quatre ou cinq fois par semaine. À ses côtés, Frank Mesnel, alors international, s’entraînait deux fois par semaine. L’homme inséré dans la société pouvait prétendre disputer une finale de Coupe du monde avec un peu d’entraînement. Tout cela est dépassé. Nous sommes passés à l’étape de la robotisation des joueurs.
Le spectacle n’est-il pas indispensable pour que le rugby survive et se développe ?
Michel Serres. Ce que vous dites du rugby est vrai pour tout. Il en est par exemple de même pour la recherche scientifique. Si vous ne médiatisez pas ce que vous inventez, vous n’existez pas. Autrefois, on passait à la télévision parce qu’on était bon. Aujourd’hui, on est bon parce que l’on passe à la télévision. Ça change tout.
Daniel Herrero. On a vu arriver la première star, peut-être Jean-Pierre Rives. Il a le look et, de plus, il faisait preuve d’un courage hors norme. Le visage en sang, le maillot blanc tout rouge. Autre joueur très brillant : Serge Blanco. Sur la fin de carrière, quand il était « number one », il nous prenait deux-trois minutes par match (Daniel se tient la cheville). Et pendant deux-trois minutes par match, les caméras nous montraient Blanco. « Que se passe-t-il, Serge est-il blessé », se demandait-on. C’était là des signaux. L’image est première, et par nature éphémère, superficielle. C’est la définition du spectacle.
Michel Serres. De la même manière, la dernière élection présidentielle a été du spectacle. La politique est devenue du spectacle. Le rugby, la science… Je ne l’ai pas inventé. Guy Debord l’a dit avant moi.
L’uniformisation guette-t-elle l’Ovalie ?
Daniel Herrero. L’une des noblesses, ou des beautés, de l’aventure ovale consistait en ce mariage assez étrange entre l’âme du jeu et l’âme des peuples. Ce qui est dit là est un peu caricatural…
Michel Serres. Mais il y a quelque chose de vrai.
Daniel Herrero. On ne jouait pas au rugby à Agen comme à Béziers. Dans les années 1980 – ce n’est pas si vieux que cela -, tu mettais les All Blacks avec les maillots de l’Angleterre, tu sentais quand même que les Anglais n’étaient pas sur le terrain. De même avec les Gallois et le maillot vert des Irlandais. L’Irlandais, c’est le Catalan. Il est dans la pression, la compression, la surpression. Le Gallois est dans la construction, dans la créativité. En France, quand tu allais jouer chez les Basques du bas, ce n’était pas la même chose que chez ceux de Bayonne. L’Auvergnat, qui se préoccupe toujours de l’hiver prochain et de l’été à venir, ne pratiquait pas le même rugby à Clermont qu’au Puy. Aujourd’hui, cette beauté-là se rogne.
Michel Serres. J’appelle cela la fable de l’huile et du fromage. Dans ses romans, Jean Giono raconte que ses parents ne se fournissaient pas en huile d’olive dans n’importe quel moulin. Eux achetaient l’huile qui provenait précisément d’un endroit, là. D’un coup, un Monsieur Lesieur a acheté toutes les huiles. Tout le monde a trouvé normal de consommer de l’huile d’olive normalisée. Quant au fromage… J’ai vécu dix ans à Clermont-Ferrand au début de ma carrière. J’ai vu les caves du saint-nectaire et du cantal fermer les unes après les autres sous la puissance du Bonbel, le fromage industrialisé. « Tiens, le fromage va se faire « normer » comme l’huile », me suis-je dit. Tout d’un coup, les consommateurs se sont révoltés. Les fromageries industrielles ont fait faillite. J’ai alors vu renaître le saint-nectaire, la fourme d’Ambert… La question fondamentale du monde moderne : va-t-on suivre le destin du fromage ou celui de l’huile ?
En rugby, le risque de formatage est sérieux. Et si, par un retournement complet, demain matin, on disait : « On a déconné, tout le monde joue pareil, on s’ennuie, il n’y a plus de public… »
Daniel Herrero. En termes de lecture du jeu et de rapport à l’adversaire, nous assistons ces cinq dernières années à une stagnation des stratégies. C’est le jeu le plus pauvre en termes de variété et d’articulation. Les All Blacks n’ont pas un jeu novateur. Mais il est plus volumineux par rapport au nôtre qui, lui, est plus réduit et étriqué. Avec Jonah Lomu, la porte avait beau être grande ouverte, il passait à travers le mur. Il y a mille ans, on l’aurait mis au frigo. Mais bon… Quand il passe à travers le mur, cela vaut tout de même cinq points à l’arrivée. Souvent, alors que tu as l’impression qu’un match sombre dans le purin, tu vois parfois pousser une fleur. Un Lomu ou un Caucaunibuca passe alors à travers tout le monde.
Le rugby est-il une histoire d’homme ou de terroir ?
Michel Serres. Question très difficile.
Daniel Herrero. Cette question est troublante. Terre, terroir, c’est un univers qui fait germer l’homme. Le champion était le meilleur de son champ. Notre identité de base est le maillot. On l’a connu virginal. Dans les années 1980, on a commencé à y inscrire de petits trucs. Aujourd’hui, il est recouvert de huit, dix ou douze inscriptions.
Ces maillots ne représentent plus rien, ils représentent simplement une économie. Si Michalak arrive à la fin, on en sort un autre. Il faudra même qu’on en fabrique d’autres.
Michel Serres. Les transferts de joueurs entre équipes miment assez bien aujourd’hui les mouvements d’émigration. Quand je pars aux États-Unis, je suis un ouvrier émigré, d’une certaine manière. Quand tu émigres, il faut du courage au début. À la fin, tu tombes amoureux de quelqu’un, tu fondes une famille dans ce pays, tes enfants y naissent. Tu tricotes déjà ton appartenance.
Daniel Herrero. Effectivement. Cela permet un mixage que j’aime bien. On l’a vu jusque dans l’équipe de France. À un moment donné, la paire de trois-quarts centre était composée du Néo-Zélandais Tony Marsh et du Sud-Africain Brian Liebenberg, là, au centre où nous avons une généalogie épaisse d’hommes brillants, culturellement esthètes, porteurs à la fois de Jean Moulin et de Vercingétorix. Là, Laporte nous a mis deux golgoths sortis d’une culture aux antipodes de la nôtre au sein de l’équipe de France. Ces deux humains-là aimaient aussi les gens avec qui ils étaient.
Depuis le début de cette conversation, vous n’avez pas prononcé les mots collectif, solidarité, communauté, alors que le rugby est très lié à ces notions…
Michel Serres. Il s’agit de tout cela lorsque je parle de droit. Le droit c’est la construction du collectif. Si je fais une connerie, cela va coûter trois points à mon équipe, et je sais aussi que quatorze mecs vont pâtir de ma bêtise. Là, le péché est collectif.
Daniel Herrero. Il y a des nuances dans les synergies. Nous sommes en présence d’une communion industrialisée. Quand tu vois les Biarrots ou les Agenais sortir du vestiaire, tu prends peur. Tu as l’impression qu’ils vont manger le monde. Ils vont quelque part sublimer leurs richesses dans leur volonté de ne pas mourir. Quand tu vois les All Blacks, ça dégage. Les Anglais, quel qu’ils soient, ça déménage en termes de robustesse et d’appétence sociale. Cette âme-là est encore forte.
Michel Serres. Si tu joues au rugby, elle ne peut pas ne pas être là. C’est l’essence du jeu. Sinon, il faut jouer à la pétanque.
Un peu de prédiction : à quoi ressemblera le rugby dans dix ans ?
Michel Serres. Il faut demander cela à ma concierge. Avec ses cartes, elle est très forte ! De toute façon, l’invention est imprévisible. Elle part toujours d’un endroit complètement inattendu. Qui pouvait par exemple imaginer qu’un jour, alors que l’on pratiquait le rouleau ventral, un sauteur en hauteur effectuerait son saut le dos tourné à la barre ? C’était inouï. Tout un coup, un mec qui s’appelle Fosbury passe sur le dos et gagne dix centimètres.
Tournons la question autrement : percevez-vous autant d’émotion face à un match de rugby ?
Michel Serres. Il ne faut pas poser la question comme cela à un homme de soixante-seize ans. Je ne représente pas l’avenir. Il faudrait demander à un gosse de quinze ans. Ma réponse n’est pas pertinente.
Daniel Herrero. Pareil pour moi. Mon matelas d’émotion est assez fourni. Aujourd’hui, nous voyons du sérieux, du rigoureux, du sincère en dimension musculaire, et des tampons à haute densité. On est séduit par cela. Mais la séduction et l’émotion impliquent plus que de la performance et de la technicité. Elle inclut de l’âme.
Michel Serres. On a bradé le rigoureux. À force de voir des films américains, on est devenus des Anglo-Saxons. Ce qu’on appelait le french flair est un peu terminé.
Daniel Herrero. Est-ce que les minots qui jouent aujourd’hui s’emmerdent ? Je ne sais pas. On en voit des heureux.
Michel Serres. Pas beaucoup.
Daniel Herrero. Soyons honnêtes alors. On en voit des satisfaits.
Michel Serres. Dans un film italien, un homme, après avoir fait l’amour avec une femme, lui demande à la fin : « Contenta ? » Elle répond :« contentina » (rires). Oui, « pas trop déçue ».
On vous sent pessimiste vis-à-vis du rugby actuel…
Michel Serres. Nous n’avons pas dressé un tableau pessimiste du rugby. Nous avons cherché à caractériser une évolution. Nous avons connu une histoire et nous avons essayé de vous la raconter, en évitant le plus possible les jugements de valeur. Je n’ai pas envie de passer pour un vieux con qui répète qu’avant c’était mieux, car ce n’est pas vrai. Mais je suis obligé de dire que j’ai vécu dans un monde qui n’était pas celui-là. Maintenant, je m’adapte. Ce monde n’est pas plus mauvais qu’un autre. Mais, ce n’est pas le même jeu, pas la même culture, pas la même conduite. Le rugby est un bon cas pour lire le monde moderne.
Daniel Herrero. Le rugby est un beau champ humain. Nous constatons juste que nous sommes un peu industriels.
Michel Serres. Cette évolution est le reflet de la société.
Daniel Herrero. Elle n’est pas génératrice d’angoisses mortifères pour le futur. Certaines évolutions, il est vrai, peuvent générer quelques irritations. Le lien social m’apparaît fort. La qualité du spectacle m’apparaît recevable. Il y a malgré tout du bonheur chez les hommes. Le bonheur de s’insérer dans quelque chose qu’ils aiment. Le rugby est un jeu existentiel. Or la dimension spectacle remet un peu en cause cet existentialisme.
Depuis que je suis revenu dans la région, et pour la dixième année consécutive, je viens de m’acquitter du règlement de mon abonnement. En Tribune d’Honneur, génialement rebaptisée Adour. Quelques centaines d’euros qui vont venir participer au fonctionnement de la SASP USDAX RUGBY LANDES et de fait, me rendre parfaitement légitime, à pratiquer un exercice que j’aime bien : poser publiquement des questions ! Soulever le tapis, pour que la poussière ne s’y amasse. Décrypter les éléments de communication à tendances soporifiques associés à des roulages dans la farine. Mettre au grand jour les floutages de gueule. Avoir la curiosité de comprendre comment ça fonctionne au cœur de la machine. Le chassé-croisé de ce début d’été, voit le staff Dubois être dégagé de Boyau, et le staff Etcheto prendre sa place. D’après les médias encore autorisés avant que le Politburo ne leur demande le silence, une procédure de licenciements pour fautes graves, était sur la table. Que s’est-il passé depuis dans la moiteur des salons directoriaux ? Peut-on s’interroger quant au sort réservé à ces hommes ? Débouchera-t-on sur un communiqué de presse en trompe-l’œil où la perspective et le point de vue sont manipulés pour créer une illusion convaincante. ? Qui tient le manche de cet épilogue ? Autant de questions qui méritent une réponse. J’ai également hâte, que Jeff puisse s’exprimer. Je pense que je ne suis pas le seul.
Les méthodes pour évincer sont multiples. Isoler en faisant le vide autour de celui dont on veut se séparer, fuir l’échange, faire porter à l’autre un choix qu’il n’a pas réellement fait. Pour en bout de ligne, en arriver à un Licenciement, où l’on va probablement trouver que l’homme est rebelle et peu obéissant. Au même titre que ses adjoints.
Bien évidemment, comme dans toute communauté humaine, les avis divergent et des divisions se font jour chez les supporters : celles et ceux qui soutiennent aveuglément l’équipe dirigeante, celles et ceux qui pensent qu’il faut tirer un trait sur les faits récents et se projeter, comme si de rien n’était, sur la saison qui arrive. Et enfin, celles et ceux, qui ont du mal à digérer la méthode employée, qui la trouvent injuste, violente, et qui le font savoir, sans pour autant délaisser le soutien aux joueurs et hommes de terrain. On retrouve sensiblement les mêmes divisions que celles que l’on peut lire dans les commentaires Facebook d’après-match : les prompts à ériger une statue quand ça va très bien, et à creuser une tombe profonde dès que l’équipe est dans le dur. Et là, les attaques ad hominem pleuvent. De l’autre côté, des supporters sans doute plus sensibles aux histoires humaines, moins consommateurs du résultat à tout prix, respectueusement critiques sur le jeu proposé quand cela s’impose et toujours au soutien même dans la tempête.
Ces trois dernières saisons, j’ai passé des centaines d’heures le long des mains courantes, à suivre les entrainements, à avoir le sentiment d’être le témoin privilégié d’une belle histoire qui s’écrivait. A vivre intensément les épisodes dramaturgiques autant que la liesse collective. Ce matin, j’ai tenté d’y retourner. Cela s’est avéré impossible. Il y a une brisure. Je n’en veux pas aux joueurs, même si certains n’ont pas été exemplaires. Ni même au nouveau staff, qui vient mener une mission qu’on lui a confié. Mais j’ai l’impression que mon rapport à ce club, à sa culture, m’a été confisqué. Je me contenterai d’aller aux matches, de faire vivre un blog que je viens de créer, et de m’intéresser encore plus au parcours de l’équipe Espoirs. C’est par là que nous survivrons. J’ai toujours été engagé, et mon positionnement ne sera donc pas neutre, et déclenchera des polémiques J’aime bien ça finalement. Tant que cela reste dans l’esprit du pamphlet.
Si je vous dis que j’aime beaucoup Jeff Dubois, il va être difficile pour moi de vous parler de ses qualités sans qu’il y ait soupçon d’impartialité ou d’aveuglement. J’ai donc décidé d’interroger Chat GPT, pour savoir ce que l’intelligence artificielle affichait, en dehors de toutes contingences partisanes. A la question « connaissez-vous Jeff Dubois ? » voici la réponse : « Jeff Dubois incarne un parcours exemplaire dans le rugby: joueur formé dans les Landes devenu entraîneur ambitieux, il est loué, pour son jeu offensif, basé sur la créativité et le dynamisme. Salué pour sa capacité à obtenir de bons résultats avec des moyens limités, il est considéré comme un «magicien» par la presse locale, ayant su insuffler un nouvel élan à l’US Dax. Reconnu pour ses succès à tous les niveaux, son départ de Dax ouvre désormais de nouvelles perspectives dans sa brillante carrière ». L’IA a déjà intégré le discours de la direction, en précisant « son départ ». Les faits à venir, devraient apporter quelques éléments nouveaux.
En tout cas, sois certain Jeff, que je militerai de toute mes forces, pour que tu reviennes un jour, quand les conditions seront favorables, mener à bien le projet que tu avais imaginé pour notre Club. Être fauché en plein vol, ne peut que conduire à la tristesse et à la frustration.
Je voudrai citer Daniel Herrero, s’exprimant lors d’un entretien avec le philosophe Michel Serres, Agenais et grand amoureux du ballon ovale :
« Un jeu devenu métier. Les joueurs festoient moins. Ils robotisent leur musculature. Ils industrialisent leurs comportements, y compris leur camaraderie. On ne porte pas encore, pour l’instant, de jugement. Mais on sent bien tout simplement qu’il y a un prix à payer, que l’on ne formule pas bien. »
Le groupe né autour de toi, échappait à ce constat. Vouloir garder précieusement cette fibre culturelle dans notre club, en l’associant aux réalités du professionnalisme aurait pu être la base même d’un projet, en refusant de tout céder aux machines à cash. Travailler sur une identité forte, singulière, qui peut être le point d’appui de partenariats adaptés. Plutôt que de courir après des modèles totalement inadaptés à nos réalités et à notre histoire.
Jean-Claude Barens, cul rouge toujours !
Merci à l’ami LASSERPE, pour ce dessin paru dans le journal Sud-Ouest.
Le rugby marche-t-il sur la tête ? Nous sommes habitués aux feuilletons d’inter-saison, où le BOPB est souvent aux premières loges. Directement ou indirectement, il a encore trouvé sa place cette année. Uzair Cassiem, non conservé par l’Aviron Bayonnais, attise les convoitises, malgré ses 35 ans sonnés. Jean-Baptiste Aldigé, à la recherche permanente du bon coup médiatico-financier, crie sur tous les toits qu’il a obtenu les services de l’international sud-africain. On sort l’artillerie communicationnelle à coup de messages de bienvenue et visuels aux petits oignons. Bref, l’affaire est dans le sac, et le précontrat signé. Mais à l’éclosion des premiers bourgeons, Uzair trouve que le montage financier proposé par la Gave Connection, est truffé de bizarreries, et qu’il ne mangera pas de ce pain impur. Il l’annonce publiquement, provoquant l’ire de Jibé de Nice, qui aussitôt brandit l’indemnité de 200 000 euros, prévue en cas de rupture du fameux pré-contrat. Notre cher Cassiem estime que rester au Pays basque serait finalement la meilleure des idées. Pas de déménagement, le climat, la stabilité. Quand on quitte Bayonne, et qu’on veut rester au Pays basque pour pratiquer du rugby pro, on se tourne vers qui ? Biarritz évidemment. Le BOPB vient de passer, dans un épisode agité, de la descente au maintien, avec un milliardaire controversé qui a mis plein de sous sur la table. Sauf, que les finances du nouveau maintenu, demandent à être rigoureusement observées. Et l’indemnité, ça ne passe pas du tout ! Voilà notre Uzair bien contrarié. Après Nice et Biarritz, partir à la recherche d’un troisième club à l’ambiance littorale, genre triangle des Bermudas, aurait été parfait pour lui. Pensez donc, c’est Oyonnax, qui se met sur le coup ! Côté plage et crème à bronzer, ce n’est pas caractéristique. Le temps presse, et le club de l’Ain signe le puissant n° 8 pour une saison. JBA voit rouge, et lance tout une armada d’avocats, juristes et hommes de Loi, pour tenter de récupérer son trophée. Un été sans faire la une des affaires extra sportives, c’est totalement impensable pour lui. Et nous voilà repartis dans un scénario ubuesque. Dans ces feuilletons d’inter-saison, affligeants pour l’image du rugby, celui de l’USDAX, est tout aussi inquiétant, humainement et symboliquement. Mise à pied conservatoire d’un staff avec un contrat en cours jusqu’en juin 2026, anticipant un licenciement pour un degré de faute à déterminer. C’est assez hallucinant. Pendant ce temps, un autre staff est à la manœuvre, sans que le sort du précédent ne soit acté. La méthode est brutale, et irrespectueuse des hommes qui ont œuvré pour être au niveau où nous sommes. Le rugby hexagonal multiplie ce genre d’exhibitions, où les mots sont supplantés par des chiffres, où les hommes demeurent les pions d’un système. Jusqu’à quand ? Les soi-disant modèles économiques, qui reposent souvent sur du vent, ne sont pas loin d’être soufflés par un retour au réalisme. Celui qui a toujours préféré bâtir sur la distance, plutôt que profiter dans la minute.
Loin de l’image d’Epinal d’un sport de villages du Sud-Ouest, le rugby a connu au cours des trente dernières années une expansion qui a considérablement fait évoluer sa pratique. Avec la professionnalisation en 1995, il est entré dans l’ère du sport moderne avec toutes les conséquences que cela implique. « Les valeurs du rugby », cette antienne ressassée ad libitum par les médias a fait son trou dans l’idiome hexagonal. Elle a des échos on ne peut plus positifs : le rugby carburerait à la solidarité, la passion, la discipline, l’intégrité, et au respect. Cette feuille de route magnifiquement humaniste a d’ailleurs été intégrée en 2009 à la Charte du Jeu de World Rugby. Il faut regarder ce caractère décrit comme unique avec prudence, car il fait sous-entendre que les autres sports ne peuvent se prévaloir de réunir autant de qualités morales. Pour en avoir pratiqué d’autres, je n’ai pas eu l’impression d’être très éloigné de ceux prônés pour le ballon ovale. Mais par opposition, on pense spontanément au football, ce sport collectif qui aurait sacrifié sa pureté originelle sur l’autel du fric et du chacun-pour-sa-gueule, et les joueurs, à quelques saints près, ne songeraient qu’à amasser et à faire étalage de leur condition de nouveaux super-riches, à coups de fringues, bagnoles et montres de luxe, épouses-mannequins promenées comme des trophées. L’idée de leur ressembler peut apparaitre comme terrifiante.
« Rugby de village, d’école de commerce, de métropoles, professionnel, amateur, du midi rouge, de riches industriels, blanc, black, beur, inclusif, pour les gros, les petits, les minces, les garçons, les filles… Le rugby ne rentre dans aucune case. Quand on croit le saisir, un petit coup de reins et il vous met dans le vent et va à dame. » Le rugby à ce grain de folie, ce supplément d’âme, cette singularité qui nous rapproche, et nous fait vibrer ensemble. Mais ce sport s’est trop longtemps abrité derrière des valeurs de façade, en contradiction avec ses actes. Les valeurs, mieux vaut les défendre que les vendre. Il est peut-être aussi un peu victime de ses propres mythes, plus ou moins entretenus, plus ou moins actuels. Face à l’image désastreuse forgée par les récents épisodes d’abus sexuels, d’insultes racistes ou de violences, le rugby a une chance de se redéfinir, en prenant des mesures concrètes et en réaffirmant les principes d’unité, de respect et de solidarité qui ont toujours fait sa force.
Comment ne pas être indigné par l’attitude de Jaminet et sa détestable saillie, au cœur d’une troisième mi-temps éthylo poudrée, qui a précipité dans la nuit argentine, deux autres joueurs du XV de France dans une affaire sordide, faisant la une de tous les médias nationaux et internationaux Nous sommes bien loin de l’image d’un Bastareaud bêtement agressé par sa table de chevet. « Ces multiples débordements qui touchent aujourd’hui le rugby international comme amateur, illustrent le fait que notre sport souvent considéré comme une exception est aujourd’hui, comme l’ensemble des secteurs, sous la menace des dérives de notre société actuelle. La vraie question est de savoir si notre sport à vraiment un jour été un eldorado, notamment dans le monde professionnel, ou si ces dérives ont toujours existé, mais ont été trop longtemps couvertes par les institutions. Il est indéniable que le rugby, sport de plus en plus médiatisé, subit aujourd’hui une pression intense, non seulement pour performer sur le terrain, maintenir l’engouement autour du sport, mais aussi pour incarner des valeurs humaines irréprochables. L’éducation, dès le plus jeune âge, doit être au cœur de cette démarche. Les jeunes joueurs doivent apprendre non seulement les techniques de jeu, mais aussi l’importance du respect de l’adversaire, de l’arbitre, et des autres joueurs en dehors du terrain Le rugby doit redevenir ce qu’il a toujours été : un modèle de respect, de discipline, et de solidarité. Pour que notre sport au ballon ovale continue de faire rêver les générations futures, et qu’il redevienne l’école de la vie. » Il est également évident qu’il faut apporter une attention toute particulière, aux joueurs qui ont grandi et vécu à des milliers de kilomètres d’ici, et qui en arrivant chez nous, ont à absorber brutalement un choc culturel, une autre langue et des pratiques dans la vie de tous les jours, qui sont souvent bien éloignées de leurs repères.
Comment ne pas être scandalisé par ce qui se passe à Biarritz, club mythique à la dérive et nostalgique de ses heures de gloire. L’argent n’a-t-il à ce point pas d’odeur que des idéologues de la droite identitaire, exilés fiscaux, puissent prendre le contrôle d’un club de rugby en difficulté financière ? Charles Gave et Pierre-Edouard Sterin se sont succédé en endossant le costume de sauveurs du BOPB. Qui peut croire qu’ils étaient là pour l’amour de l’équipe et de ses valeurs ? Se seraient-ils autant empressés pour secourir un club situé entre Guéret et La Souterraine ? (Je salue les Creusois que j’adore !). J’en doute fort. Comment ne pas craindre que le ballon ovale serve à court terme de cheval de Troie à une entreprise idéologique qui viendrait gangréner le cœur même de l’organisation. Argumentum ad nauseam ! Biarritz et ses brillances immobilières, devient le terrain de jeu idéal pour ceux qui ont soif de gros profits, quitte à trouver facilement des arrangements moraux avec les préceptes frugaux prônés par leur religion. Tous deux, sont de preux chevaliers de l’ »anti-wokisme », admirateurs d’Elon Musk, fermement anti-IVG, adeptes de la théorie du grand remplacement et fervents militants de la femme au foyer qui va faire beaucoup d’enfants. Trumpettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées. D’autant plus attristant, que c’est dans des milieux proches que grenouillaient les assassins de Federico Martin Arramburu. Le premier sauveur a aujourd’hui repris ses billes Hong Kongaises, en cédant quelques picaillons au chevalier servant Aldigé, missionné pour aller explorer d’autres terres littorales où l’immobilier est tout aussi florissant, et réaliser ainsi quelques montages astucieux. Voire douteux ? Very Nice ! Au niveau des montages, Pierre-Édouard Stérin avance lui ses pions avec méthode. Et dans l’ombre d’Aguilera, une nouvelle page de sa saga est en cours d’écriture. Tout cela l’absorbe au point de ne pas se rendre par deux fois, devant la Commission d’enquête parlementaire à l’Assemblée nationale. Un bel exemple de citoyenneté pour nos jeunes. Mais l’exilé fiscal n’en a cure. Pourtant l’homme ne semble éprouver qu’une jouissance atrophiée quand on lui parle de rugby. Ce qui doit rassurer les basques, c’est que Stérin est plus proche d’une fusion avec Lourdes, qu’avec l’Aviron Bayonnais, et le « Gloria in excelsis Déo » chanté avant les vêpres, aura du mal à faire chavirer Aguiléra. La Pena Baiona peut dormir tranquille ! A moins que le tube de l’été, pour parodier Fernandel, ne soit « Fiducie aussi … ». Avant la projection sur le rocher de la vierge, de Maïdernier tango au BO ? Personne ne bronche, tout le monde cajole. Il a l’argent. Beaucoup d’argent. Qui oserait donc se mettre l’Edouard dans le nez ? Difficile de smartboxer dans la même catégorie. Ça passe crème, sans châtiments. J’en entends déjà dire : il est milliardaire, il fait ce qu’il veut de son fric, et la politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, on s’en fout, ça n’a rien à faire dans le sport ! Pas vraiment entendable, quand on touche à certaines valeurs évoquées plus haut. Confondre politique et action politique est une erreur. La démonétisation du personnel politique et son Tous pourris, est un ferment populiste de haute intensité et une cible tellement facile. D’ailleurs, si on se penche sur l’histoire du rugby, son implantation particulière en France, surtout dans le Midi et le Sud-Ouest, est en partie liée à l’action politique : face au football promu par les patronages catholiques, en Normandie et en Bretagne notamment, les élus républicains, radicaux-socialistes du Midi avaient plutôt investi le rugby. Sans compter que c’était aussi un sport d’instituteurs qui véhiculaient des valeurs humanistes. Symbole de cet investissement politique loin d’être univoque : la finale du Championnat de France de rugby en 1936, une semaine après la victoire du Front Populaire aux législatives. Narbonne, terre d’élection de Léon Blum, l’emporte sur Montferrand, le club de la famille Michelin.
Comment ne pas être choqué par tous ces staffs qui explosent comme du pop-corn, sous la pression d’actionnaires, et qui deviennent une variable d’ajustement dans des affirmations de pouvoir ?Que de départs par la petite porte : Chico Fernandes à Béziers, promis à une place dans le staff, Pierre Caillet malgré des résultats plus que probants, Sébastien Calvet et Adel Fellah à Agen, Jeff Dubois, Eric Artiguste, Hervé Durquety à Dax, Marc Dal Maso parti dans l’anonymat le plus total, idem pour le trio d’entraineurs montois, tous balayés en un tournemain nerveux, et probablement bien d’autres encore …Chico ne mâche pas ses mots : « La trahison est immense… Une personne est clairement à l’origine de mon éviction, la page ASBH se tourne aujourd’hui pour moi d’une manière absolument dégueulasse, n’ayons pas peur des mots… après 14 ans à m’être saigné pour ce club ». La déchirure est profonde. Seuls Pémméja à Nevers et Julien Sarraute à Colomiers ont eu la reconnaissance méritée, et une sortie à la hauteur de leurs investissements durant plusieurs saisons. Deux clubs stables avec des Présidents fortement implantés, qui ont su bâtir sur la durée, et considérer les hommes avec un autre regard.
Comment ne pas être troublé, par l’accueil réservé à nos joueurs venant des îles. Au peu d’attention apportée à leur environnement, par le club qui les reçoit. Aux carences de leur suivi dans la vie quotidienne, quand ils sont victimes de blessures. Il serait urgent pour certains de revoir le film « Mercenaire » de Sacha Wolf où Toki Pilioko, qui a porté notre maillot rouge & blanc, excelle à l’écran. Certaines attitudes et comportements, ne rendent pas fier l’humain que je suis.
Comment ne pas être surpris du manque d’imagination de nos décideurs, quand il s’agit de travailler sur l’identité du club. Engloutis dans le diktat de l’image, fascinés par les lumières de Canal Plus, n’ayant foi qu’en la tactique de TikTok, tout va se définir à l’aune d’un facsimilé de ce qui existe au plus haut niveau, des artifices du Top14 aux locutions de l’Hémisphère sud. Sans aucun discernement. La matière patrimoniale, dans un club historique, est riche et dense. Encore faut-il en saisir toute la singularité, les ramifications et les prolongements dans la sphère locale. Avoir la patience de prendre le pouls de celles et ceux qui vibrent fort pour nos couleurs. Que penser du fait que toutes les forces vives bénévoles soient progressivement évacuées sans ménagement ? A peine consacrés petits artisans, on veut nous faire croire que le CAC40 est à portée de mains. Je suis admiratif de la modestie d’Aurillac, qui navigue dans les mêmes eaux budgétaires que nous. Après une saison douloureuse, sauvés sur le gong du match de barrage, la première décision forte prise par leur Président fut de reconduire son staff ! Et chez eux, les nuages budgétaires ne s’amoncellent jamais pour faire tomber une pluie de sanctions. Plus de vingt ans qu’ils sont à ce niveau. Sans faire de vagues qui submergeraient les burons. Une gestion tranquille. Aux antipodes de ce que nous vivons actuellement ! C’est amusant de voir à quel point milliardaires et investisseurs sont si peu attirés par le Cantal ! Attention que ce ne soit pas nous qui héritions des faux mages !
Jean-Claude Barens, qui digère mal la situation, qui l’exprime librement et qui ne pardonnera jamais à ceux qui l’ont provoquée, tout en restant inconditionnellement au soutien de notre équipe.
Vincent LAGASSE, ancien espoir et coach des Crabos du CO, se bat depuis des années contre la maladie de Crohn. Le texte qu’il livre en 2022 est une analyse au cœur du réacteur d’un club professionnel, constat placé dans une perspective humaniste. Compte tenu de son combat au quotidien face à cette maladie invalidante, les décisions brutales de quelques responsables égocentrés, paraissent bien dérisoires. Je voulais vous faire partager ses écrits sur le rôle des hommes de terrain.
« Quel entraîneur n’a pas connu la spirale négative, les défaites qui s’enchaînent, la phase descendante ou bien ce que certains appellent la » fameuse fin de cycle » ? La solution miracle consisterait alors à limoger, à remercier, à virer, à couper la tête de celui qu’on accuse comme seul responsable de ces naufrages.
Le Castres Olympique a bien prouvé il y a quelques semaines que conserver le manager en lui donnant d’autres prérogatives peut être bénéfique plutôt que de le tenir comme seul coupable. En redistribuant simplement les cartes, les rôles et les missions de chacun, et en lui laissant le choix de ses hommes pour mette en œuvre son projet. Travailler en bonne intelligence avec le potentiel et les facultés de chacun doit permettre à un staff d’œuvrer collectivement en vue de rechercher l’efficience, l’efficacité et la performance. Ne serait-il pas judicieux, prioritaire de prendre également en compte l’usure que génère ce rôle et ce poste d’entraîneur ? L’usure mentale, psychique, physique, physiologique contribuent à annihiler la motivation d’un coach à cause de la pression du résultat. Rajoutés à ces éléments la charge de travail, les longs déplacements, le stress, la peur de perdre sa crédibilité et son emploi, devraient faire l’objet d’une prise en compte par le président d’un club. Une régénération nécessaire doit être proposée par les décideurs au sein d’un club en vue de préserver la motivation d’un entraîneur qui doit rester entraînant. L’usure générée par ce poste peut conduire certains à voir leurs relations détériorées avec leurs joueurs mais également avec leurs administratifs voire avec leurs supporters et parfois leurs présidents. Plutôt que de tirer sur la corde jusqu’à l’usure totale et la rupture, les présidents de clubs seraient bien malins d’installer des périodes de repos destinées à cette prise de recul salvatrice et gage de plaisir retrouvé. Parce qu’il n’est pas non plus aisé de retrouver un club, de rebondir après avoir subi des échecs et avoir fait l’objet d’un licenciement ou d’une rupture de contrat à l’initiative du club. La carrière d’un entraîneur reste fragile et précaire autant que celle des joueurs. Ces décisions sont ainsi lourdes de conséquences pour une famille, pour un sportif, pour son avenir. Il faut ici en appeler à l’intelligence et à la bienveillance des supporters pour ne pas invectiver leurs entraîneurs : s’ils aiment leur club, ils aiment leur coach. Les supporters devraient même soutenir et protéger leur entraîneur pour influer positivement sur l’équipe. La pérennité d’un entraîneur est gage de stabilité sur du long terme, certains clubs l’on bien compris. Il faut aussi être bien conscient que manager ne revient pas seulement à faire courir des garçons après un ballon ou bien à poser des plots. Sont en jeu l’image d’un club, sa politique générale, le pilotage de plusieurs staffs (médicaux, sportifs, intendants, administratifs) mais également le management et l’entraînement des joueurs, la gestion d’un projet de jeu et bien d’autres composantes. Entraîner et manager ne s’improvise pas, c’est un métier qui se forge dans le temps. La communication y est prépondérante, la posture, le positionnement, le sens oratoire, les mimiques, la tenue vestimentaire, tout se travaille pour véhiculer l’image d’un bon chef. La capacité d’un homme à gérer ses émotions est mise à rude épreuve. Faire preuve d’exemplarité devient rapidement primordial pour qu’un entraîneur puisse asseoir autorité et légitimité. Les présidents de clubs devraient réfléchir au système qu’ils créent eux-mêmes, le système qui déprécie, ce système qui dévalorise et qui rend seul responsable celui qui détient le même diplôme et les mêmes pratiques que son successeur. Cela laisse perplexe, d’autant plus qu’un entraîneur qui n’a jamais été viré devient une espèce en voie de disparition. En effet, certains présidents rappellent ceux dont ils s’étaient séparés quelques temps auparavant, allant même répéter la pratique à plusieurs reprises avec le même homme, alternant entre le costume de sauveur providentiel, de pompier de service et celui de vilain petit canard, responsable de tous les maux.
Alors, Messieurs les présidents, un peu de réflexion sur le système de bannis que vous êtes en train de fabriquer. »