LES VALEURS DU RUGBY

Loin de l’image d’Epinal d’un sport de villages du Sud-Ouest, le rugby a connu au cours des trente dernières années une expansion qui a considérablement fait évoluer sa pratique. Avec la professionnalisation en 1995, il est entré dans l’ère du sport moderne avec toutes les conséquences que cela implique. « Les valeurs du rugby », cette antienne ressassée ad libitum par les médias a fait son trou dans l’idiome hexagonal. Elle a des échos on ne peut plus positifs : le rugby carburerait à la solidarité, la passion, la discipline, l’intégrité, et au respect. Cette feuille de route magnifiquement humaniste a d’ailleurs été intégrée en 2009 à la Charte du Jeu de World Rugby. Il faut regarder ce caractère décrit comme unique avec prudence, car il fait sous-entendre que les autres sports ne peuvent se prévaloir de réunir autant de qualités morales. Pour en avoir pratiqué d’autres, je n’ai pas eu l’impression d’être très éloigné de ceux prônés pour le ballon ovale. Mais par opposition, on pense spontanément au football, ce sport collectif qui aurait sacrifié sa pureté originelle sur l’autel du fric et du chacun-pour-sa-gueule, et les joueurs, à quelques saints près, ne songeraient qu’à amasser et à faire étalage de leur condition de nouveaux super-riches, à coups de fringues, bagnoles et montres de luxe, épouses-mannequins promenées comme des trophées. L’idée de leur ressembler peut apparaitre comme terrifiante.

« Rugby de village, d’école de commerce, de métropoles, professionnel, amateur, du midi rouge, de riches industriels, blanc, black, beur, inclusif, pour les gros, les petits, les minces, les garçons, les filles… Le rugby ne rentre dans aucune case. Quand on croit le saisir, un petit coup de reins et il vous met dans le vent et va à dame. » Le rugby à ce grain de folie, ce supplément d’âme, cette singularité qui nous rapproche, et nous fait vibrer ensemble. Mais ce sport s’est trop longtemps abrité derrière des valeurs de façade, en contradiction avec ses actes. Les valeurs, mieux vaut les défendre que les vendre. Il est peut-être aussi un peu victime de ses propres mythes, plus ou moins entretenus, plus ou moins actuels. Face à l’image désastreuse forgée par les récents épisodes d’abus sexuels, d’insultes racistes ou de violences, le rugby a une chance de se redéfinir, en prenant des mesures concrètes et en réaffirmant les principes d’unité, de respect et de solidarité qui ont toujours fait sa force.

Comment ne pas être indigné par l’attitude de Jaminet et sa détestable saillie, au cœur d’une troisième mi-temps éthylo poudrée, qui a précipité dans la nuit argentine, deux autres joueurs du XV de France dans une affaire sordide, faisant la une de tous les médias nationaux et internationaux Nous sommes bien loin de l’image d’un Bastareaud bêtement agressé par sa table de chevet. « Ces multiples débordements qui touchent aujourd’hui le rugby international comme amateur, illustrent le fait que notre sport souvent considéré comme une exception est aujourd’hui, comme l’ensemble des secteurs, sous la menace des dérives de notre société actuelle. La vraie question est de savoir si notre sport à vraiment un jour été un eldorado, notamment dans le monde professionnel, ou si ces dérives ont toujours existé, mais ont été trop longtemps couvertes par les institutions. Il est indéniable que le rugby, sport de plus en plus médiatisé, subit aujourd’hui une pression intense, non seulement pour performer sur le terrain, maintenir l’engouement autour du sport, mais aussi pour incarner des valeurs humaines irréprochables. L’éducation, dès le plus jeune âge, doit être au cœur de cette démarche. Les jeunes joueurs doivent apprendre non seulement les techniques de jeu, mais aussi l’importance du respect de l’adversaire, de l’arbitre, et des autres joueurs en dehors du terrain Le rugby doit redevenir ce qu’il a toujours été : un modèle de respect, de discipline, et de solidarité. Pour que notre sport au ballon ovale continue de faire rêver les générations futures, et qu’il redevienne l’école de la vie. » Il est également évident qu’il faut apporter une attention toute particulière, aux joueurs qui ont grandi et vécu à des milliers de kilomètres d’ici, et qui en arrivant chez nous, ont à absorber brutalement un choc culturel, une autre langue et des pratiques dans la vie de tous les jours, qui sont souvent bien éloignées de leurs repères.

Comment ne pas être scandalisé par ce qui se passe à Biarritz, club mythique à la dérive et nostalgique de ses heures de gloire. L’argent n’a-t-il à ce point pas d’odeur que des idéologues de la droite identitaire, exilés fiscaux, puissent prendre le contrôle d’un club de rugby en difficulté financière ? Charles Gave et Pierre-Edouard Sterin se sont succédé en endossant le costume de sauveurs du BOPB. Qui peut croire qu’ils étaient là pour l’amour de l’équipe et de ses valeurs ?  Se seraient-ils autant empressés pour secourir un club situé entre Guéret et La Souterraine ? (Je salue les Creusois que j’adore !). J’en doute fort. Comment ne pas craindre que le ballon ovale serve à court terme de cheval de Troie à une entreprise idéologique qui viendrait gangréner le cœur même de l’organisation. Argumentum ad nauseam !  Biarritz et ses brillances immobilières, devient le terrain de jeu idéal pour ceux qui ont soif de gros profits, quitte à trouver facilement des arrangements moraux avec les préceptes frugaux prônés par leur religion. Tous deux, sont de preux chevaliers de l’ »anti-wokisme », admirateurs d’Elon Musk, fermement anti-IVG, adeptes de la théorie du grand remplacement et fervents militants de la femme au foyer qui va faire beaucoup d’enfants. Trumpettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées. D’autant plus attristant, que c’est dans des milieux proches que grenouillaient les assassins de Federico Martin Arramburu. Le premier sauveur a aujourd’hui repris ses billes Hong Kongaises, en cédant quelques picaillons au chevalier servant Aldigé, missionné pour aller explorer d’autres terres littorales où l’immobilier est tout aussi florissant, et réaliser ainsi quelques montages astucieux. Voire douteux ? Very Nice ! Au niveau des montages, Pierre-Édouard Stérin avance lui ses pions avec méthode. Et dans l’ombre d’Aguilera, une nouvelle page de sa saga est en cours d’écriture. Tout cela l’absorbe au point de ne pas se rendre par deux fois, devant la Commission d’enquête parlementaire à l’Assemblée nationale. Un bel exemple de citoyenneté pour nos jeunes. Mais l’exilé fiscal n’en a cure. Pourtant l’homme ne semble éprouver qu’une jouissance atrophiée quand on lui parle de rugby. Ce qui doit rassurer les basques, c’est que Stérin est plus proche d’une fusion avec Lourdes, qu’avec l’Aviron Bayonnais, et le « Gloria in excelsis Déo » chanté avant les vêpres, aura du mal à faire chavirer Aguiléra. La Pena Baiona peut dormir tranquille ! A moins que le tube de l’été, pour parodier Fernandel, ne soit « Fiducie aussi … ». Avant la projection sur le rocher de la vierge, de Maïdernier tango au BO ? Personne ne bronche, tout le monde cajole. Il a l’argent. Beaucoup d’argent. Qui oserait donc se mettre l’Edouard dans le nez ? Difficile de smartboxer dans la même catégorie. Ça passe crème, sans châtiments. J’en entends déjà dire : il est milliardaire, il fait ce qu’il veut de son fric, et la politique, qu’elle soit de droite ou de gauche, on s’en fout, ça n’a rien à faire dans le sport ! Pas vraiment entendable, quand on touche à certaines valeurs évoquées plus haut. Confondre politique et action politique est une erreur. La démonétisation du personnel politique et son Tous pourris, est un ferment populiste de haute intensité et une cible tellement facile. D’ailleurs, si on se penche sur l’histoire du rugby, son implantation particulière en France, surtout dans le Midi et le Sud-Ouest, est en partie liée à l’action politique : face au football promu par les patronages catholiques, en Normandie et en Bretagne notamment, les élus républicains, radicaux-socialistes du Midi avaient plutôt investi le rugby. Sans compter que c’était aussi un sport d’instituteurs qui véhiculaient des valeurs humanistes. Symbole de cet investissement politique loin d’être univoque : la finale du Championnat de France de rugby en 1936, une semaine après la victoire du Front Populaire aux législatives. Narbonne, terre d’élection de Léon Blum, l’emporte sur Montferrand, le club de la famille Michelin.

Comment ne pas être choqué par tous ces staffs qui explosent comme du pop-corn, sous la pression d’actionnaires, et qui deviennent une variable d’ajustement dans des affirmations de pouvoir ? Que de départs par la petite porte : Chico Fernandes à Béziers, promis à une place dans le staff, Pierre Caillet malgré des résultats plus que probants, Sébastien Calvet et Adel Fellah à Agen, Jeff Dubois, Eric Artiguste, Hervé Durquety à Dax, Marc Dal Maso parti dans l’anonymat le plus total, idem pour le trio d’entraineurs montois, tous balayés en un tournemain nerveux, et probablement bien d’autres encore …Chico ne mâche pas ses mots : « La trahison est immense… Une personne est clairement à l’origine de mon éviction, la page ASBH se tourne aujourd’hui pour moi d’une manière absolument dégueulasse, n’ayons pas peur des mots… après 14 ans à m’être saigné pour ce club ». La déchirure est profonde. Seuls Pémméja à Nevers et Julien Sarraute à Colomiers ont eu la reconnaissance méritée, et une sortie à la hauteur de leurs investissements durant plusieurs saisons. Deux clubs stables avec des Présidents fortement implantés, qui ont su bâtir sur la durée, et considérer les hommes avec un autre regard.

Comment ne pas être troublé, par l’accueil réservé à nos joueurs venant des îles. Au peu d’attention apportée à leur environnement, par le club qui les reçoit. Aux carences de leur suivi dans la vie quotidienne, quand ils sont victimes de blessures. Il serait urgent pour certains de revoir le film « Mercenaire » de Sacha Wolf où Toki Pilioko, qui a porté notre maillot rouge & blanc, excelle à l’écran. Certaines attitudes et comportements, ne rendent pas fier l’humain que je suis.

Comment ne pas être surpris du manque d’imagination de nos décideurs, quand il s’agit de travailler sur l’identité du club. Engloutis dans le diktat de l’image, fascinés par les lumières de Canal Plus, n’ayant foi qu’en la tactique de TikTok, tout va se définir à l’aune d’un facsimilé de ce qui existe au plus haut niveau, des artifices du Top14 aux locutions de l’Hémisphère sud. Sans aucun discernement. La matière patrimoniale, dans un club historique, est riche et dense. Encore faut-il en saisir toute la singularité, les ramifications et les prolongements dans la sphère locale. Avoir la patience de prendre le pouls de celles et ceux qui vibrent fort pour nos couleurs. Que penser du fait que toutes les forces vives bénévoles soient progressivement évacuées sans ménagement ? A peine consacrés petits artisans, on veut nous faire croire que le CAC40 est à portée de mains. Je suis admiratif de la modestie d’Aurillac, qui navigue dans les mêmes eaux budgétaires que nous. Après une saison douloureuse, sauvés sur le gong du match de barrage, la première décision forte prise par leur Président fut de reconduire son staff ! Et chez eux, les nuages budgétaires ne s’amoncellent jamais pour faire tomber une pluie de sanctions. Plus de vingt ans qu’ils sont à ce niveau. Sans faire de vagues qui submergeraient les burons. Une gestion tranquille. Aux antipodes de ce que nous vivons actuellement ! C’est amusant de voir à quel point milliardaires et investisseurs sont si peu attirés par le Cantal !  Attention que ce ne soit pas nous qui héritions des faux mages !

Jean-Claude Barens, qui digère mal la situation, qui l’exprime librement et qui ne pardonnera jamais à ceux qui l’ont provoquée, tout en restant inconditionnellement au soutien de notre équipe.

Commentaires

One response to “LES VALEURS DU RUGBY”

  1. Avatar de Guy Suhubiette
    Guy Suhubiette

    Superbe analyse… tout est dit. A bientôt, bises Guy

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