Tous les mois, je vous proposerai une rencontre avec une personnalité, avec bien souvent l’USDAX en filigrane.
JCB- Henry, la dernière fois où nous nous sommes vus, c’était à Auch, au vernissage de l’exposition « Du coq à l’âme », initiée par Pascal Geneste et les Archives Départementales du Gers. Une plongée passionnante dans cette belle épopée du rugby gersois. Quel regard portes-tu sur l’évolution du rugby dans le Gers, et l’absence de tout club professionnel dans le département ?
HB- Bien sûr, je suis de très près les évolutions des clubs gersois depuis le modeste mais d’autant plus méritant Vals-et-Villages-l’Isle-de-Noé (VVAL) jusqu’aux têtes d’affiche : le RCAuch et l’ASFleurance en passant par Panjas et l’Isle-Jourdain. Toutes ces identités m’ont tellement aidé, lors de ce passage de 9 ans, à la tête du FCAG, en me confiant, systématiquement, leurs meilleurs éléments, à deux exceptions près – des fautes de notre camp -Après la catastrophe de 2017 prévisible bien auparavant, le RCA s’est reconstruit toujours dans le local autour de dirigeants attachés à la cité et de deux entraîneurs du pays : Grégory Menkarska et Titi Bosque, deux enfants de la maison. Actuellement, il marque un temps d’arrêt dans cette Nationale 2 qui manque un peu d’attractivité. Il faut que les Auscitains accèdent à la division supérieure et retrouvent Tarbes, Narbonne, Bourgoin, Nice… Aux commandes, toujours du local : Frédéric Pujo, digne fils de Roland, Julien Campo élevés au Moulias et Jorick Dastugue formé dans la cuvette de Lousteau. Monter : il le faut afin de pouvoir conserver les meilleurs jeunes tentés par les voisins célèbres : le Stade Toulousain, Colomiers, Pau, Agen, Montauban, le Stade Montois… Pourtant, autour de trio Van de Kerkhove (Plaisance), Debets (Nogaro) et Guttierez (Auch), un bon travail de formation s’active depuis plusieurs saisons. L’arrivée d’un nouveau Président venu de Tarbes mais bien du 32 (Riscle), ambitieux et à l’esprit rugby, associé à un recrutement correct, autorisent quelques espérances. Cependant, il faut mettre fin aux larmoiements sur la composition de la poule avec les longs déplacements ! Le souvenir (Frédéric Pujo s’en souvient !), pendant la saison 2001-2002, d’un déplacement au LOU, en 24h : nous n’avions pas gagné mais le groupe s’était bien resserré !
JCB- Personnellement, je viens de vivre un épisode douloureux avec l’US DAX, mon club de cœur, que tu as croisé plusieurs fois dans ta carrière, et le licenciement brutal de JEFF DUBOIS et de ses adjoints, après trois années jouées à un niveau que nous n’avions pas connu depuis bien longtemps. C’est pour moi violent et injuste. Un métier dur et précaire ?
HB- Les US DAX-FC AUCH rappellent de bons souvenirs, des affrontements sans concession entre deux clubs aux moyens limités mais fiers pour ne pas dire orgueilleux. Toujours un peu d’amertume après la 1/2 finale du printemps 2006 perdue, à la dernière minute, sur une transformation difficile de Diaz, après un changement d’arbitre (Poite au départ, après…) fatal ! Souvenir inoubliable (encore une défaite auscitaine !), à Mathalin, le vieux stade célèbre par sa cuvette, en avril 1956. À l’époque, je suivais les rencontres, assis en tailleur, sous la main courante, à moins de 2m. des acteurs ; ça manquait de vue d’ensemble mais les commentaires de mes bérets noirs valaient ceux de Loys Van Lee ; j’adorais Othats et je réclamais, pour lui, une place chez les Coqs ; c’était le temps des Boniface, Martine, Maurice Prat, Bouquet, Stener, Marquesuzaa…et Roger Lerou ne m’écoutait pas ! Les Landais mènent 6-0 ; les Gersois marquent un essai que j’estime, bien sûr indiscutable ; l’arbitre le refuse ; nos supporters irascibles envahissent le terrain ; Pierre Albaladejo, qui jouait 15 cette après-midi-là, n’est pas exempté de l’ire de la foule que j’accompagne… du regard ! On ne se qualifiera pas mais Mathalin ne sera pas suspendu et l’USD sera très bien accueillie, 3 semaines après, lors de son 16eme victorieux contre Cahors : « allez les rouges ! ».
Une longue digression pour en revenir à Jeff Dubois dont le père, Gaston, évoluait – pas commode sur un terrain, le type ! – dans la période relatée plus bas. J’ai été surpris par son éviction ; avec un effectif relativement modeste, je pense qu’il a tiré le maximum du potentiel à sa disposition ; je ne connais pas la Direction de l’USD et je ne peux pas porter de jugement. Le poste d’entraîneur en chef est ingrat et trop de gens pensent qu’apporter des moyens financiers suffit pour connaître le Rugby alors que les meilleurs coachs du monde ne parviennent pas à en maîtriser tous les rebonds. Cependant, je suis sûr que Jeff aura l’opportunité de prouver, rapidement, l’étendue de son indiscutable talent.
JCB-Que penses-tu, de ces nouvelles formes de gouvernances, souvent bien éloignées de l’histoire des clubs, de leur enracinement et qui semblent essentiellement obsédées par l’image et la rentabilité. En somme, pour eux, le terroir qu’est-ce ?
HB-Je réponds tout simplement que les deux meilleurs clubs de France, le Stade Toulousain et Begles-Bordeaux sont dirigés par deux anciens joueurs, Lacroix et Marti, et que ce n’est peut-être pas anodin. Maintenant, on ne peut pas empêcher des gens fortunés de placer leurs capitaux où bon leur semble mais ne les prenons surtout pas pour « des naïfs aux 40 joueurs !!! ». C’est un débat qui mérite des pages et des pages. Un soir d’hiver, un de ces nouveaux arrivants déjà bien pourvu, s’est confié : « On m’a proposé d’être maire de la ville – plus de 100 000 h- ou Président du club de Rugby, j’ai choisi le Rugby ! ». Inégalable en termes d’images.
JCB-Nous parlions de Jeff Dubois, mais sans doute son papa Gaston t’évoque-t-il ce formidable travail d’éducateur, toi qui as été un militant acharné du rugby scolaire ?
HB – Gaston Dubois jouait donc ce fameux match de 1956 à Mathalin : Cassiede, Lasserre, Bachelet… ça pesait lourd ! Puis le Prof d’EPS s’est fixé à Peyrehorade et son collège et, pour ma génération d’enseignants attachés au ballon ovale, évoquer cette cité, c’est penser à lui et à son implication dans le milieu scolaire. Pendant les 27 ans passés au Collège de Samatan et les six au Collège Carnot d’Auch, je me suis efforcé de faire du Dubois bis, recrutant les bons jeunes des alentours et de plus loin, multipliant les rendez-vous ovales dans la cour de récréation, lorgnant les aptitudes des footballeurs et basketteurs afin d’intégrer les meilleurs à la Section, faisant jouer les gosses pour ne pas perdre car je pensais que JOUER C’EST GAGNER !!! Des liens très forts avec le club de rugby de la cité, le rôle d’avocat de la défense aux conseils de classe ce qui n’empêchait pas de régler les différends en tête à tête avec les fauteurs… A l’instar de Gaston, nous ne comptions pas les heures supplémentaires parce que nous y trouvions notre bonheur et c’était du BONHEUR ! De nos jours, j’ai mal au rugby scolaire : le professionnalisme et les centres de formation l’ont massacré !
JCB – Tu as longtemps été affublé de l’appellation d’origine contrôlée : « Le sorcier Gersois » D’où te vient ce surnom ?
HB – Le surnom, c’est un Conseiller Technique du Gers, Pierre Barthe qui me l’a attribué ; il a conduit de nombreuses équipes à des titres de Champions de France dont Aire sur Adour chez vous : rien ne nous rapprochait sauf le Rugby : les opinions politiques, les conceptions de la vie, les rapports humains, la culture, l’humour…tout nous opposait et nous avions vite compris que ces sujets-là ne pouvaient être abordés. En revanche, que de jours et de nuits à couper en tranches le jeu, à fouiller dans les arcanes, lui, étant encore plus fou que moi ! Après avoir entraîné des milliers de joueurs, il est parti, en 2020, dans le pire des anonymats. Plaqué violemment par Alzheimer, il a fini dans un Établissement d’Accompagnement. De temps en temps, il convoquait ses congénères et, sur le tableau de la salle commune, il leur marquait les combinaisons qu’il avait affectionnées !
JCB- Aujourd’hui, on nous jette facilement au visage d’être encore les porte-voix de vieilles lunes passéistes, d’un rugby complètement révolu. Mais les Bru, Dupont, Jelonch, Alldritt, Bourgarit, Patat, Sarraute … et j’en oublie, ne sont-ils pas un peu tes enfants ? En tout cas, des hommes qui ont pu éclore dans un environnement que tu as su créer, et qui profite au professionnalisme actuel ?
HB – Les noms que tu cites sont les enfants de TOUS les Éducateurs gersois. Nous avons beaucoup de chance ici : l’argent ne nous a pas contaminés et nous avons toujours dans nos clubs une masse d’éducateurs BÉNÉVOLES de grande qualité, passionnés, compétents, au service des enfants. Je suis sûr que dans les Landes, vous avez les mêmes ! Ils sont nos forces ; jusqu’à quand ?
JCB- Un grand merci cher Henry, pour cet échange, et à une prochaine sur les chemins de l’ovalie.
Jean-Claude Barens « Cul rouge un jour, cul rouge toujours »

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