Bas de tableau, toute une histoire

Petit Poucet un peu égaré dans la jungle du rugby professionnel, voilà plus de deux décennies que l’USDAX se bat pour conserver sa place à cet échelon du sport national. Deux périodes ont cependant redonné un bel enthousiasme au club et de la joie à ses supporters : celles de Marc Lièvremont (2005-2007) & de Jeff Dubois (2022- 2025) Malgré une embellie passagère dans l’entre-deux en 2012, c’est toujours en fond de tableau que nous avons bataillé, échappant même par deux fois à des relégations, (certains clubs s’étant montrés peu vertueux), avant de chuter inexorablement dans le monde amateur, et renaître par la suite. Dans toute cette trajectoire, les efforts réalisés par les joueurs, les staffs, les dirigeants, les encadrants, les bénévoles, pour revenir ou se maintenir à ce niveau, doivent être considérés comme précieux et respectés. Autant qu’hier qu’aujourd’hui. Ceux qui marquent l’histoire d’un club, le plus souvent, agissent clairement et énoncent discrètement.

Le 23 novembre 2007, le journaliste Jean-Louis Aragon, écrivait dans le journal Le Monde :

« Le club, qui a fourni de nombreux joueurs au XV de France, occupe la dernière place du championnat, avant de recevoir Auch, samedi. Aucun Dacquois n’oserait le dire ni peut-être même le penser, mais Dax, 20 000 habitants, est au rugby français ce que la gare de Perpignan était, pour Salvador Dali, le centre du monde. Albaladéjo, Dourthe (Claude), Lux, Bérot, Bastiat, Rodriguez, Lescarboura, Lacroix, Roumat, Dourthe (Richard), Pelous, Ibañez, Magne, Mignoni, Lièvremont (Thomas) : tous n’ont pas été baptisés dans les eaux de la Fontaine-Chaude qui fait la fierté de la première ville thermale française, mais tous font partie des 36 joueurs et glorieux héros que l’US Dax a fourni au XV de France. Et comme si le tribut de la sous-préfecture des Landes n’était pas suffisant, voici que la Fédération française décide d’emprunter un de ses deux entraîneurs, Marc Lièvremont, pour en faire celui des Bleus depuis que Bernard Laporte est parti au secrétariat d’Etat aux sports. Alors que le club venait de retrouver l’élite du Top 14, après cinq ans d’absence, le nouveau patron des Bleus n’aura pu assister qu’aux deux premières journées, soldées par deux défaites et la dernière place du classement. Au moment d’affronter l’avant-dernier, Auch, samedi 24 novembre, Jean-Philippe Coyola, l’entraîneur restant, se veut rassurant. « Ça fait deux ans qu’on a mis en place notre projet ensemble, avec Marc, il y a donc continuité, explique Jean-Philippe Coyola. Quatre-vingts pour cent de l’équipe n’a jamais connu ce niveau et il nous faut un temps de rodage. Dax et Auch vont lutter contre la descente et celui qui gagnera prendra un ascendant. Il ne faut donc pas passer à côté. » L’affrontement contre les Auscitains sera, pour le public dacquois, la première véritable occasion de voir à l’oeuvre l’une des vedettes de l’équipe, Thomas Lièvremont. « Quand j’ai signé ici, je ne savais pas que Dax monterait dans le Top 14, c’était forcément lié au plaisir d’être entraîné par mon frère », confie celui qui fera équipe, en troisième-ligne, avec le troisième frère, Matthieu.

« Des grands joueurs, il y en a toujours eu ici. Pendant cinquante ans, on était comme Toulouse maintenant »,assure fièrement Dindin, un fidèle supporter. « Dax est presque le trou du cul du monde mais c’est un village un peu plus grand que Tyrosse. Ce n’est donc pas illogique qu’il y ait plus d’internationaux au mètre carré », s’amuse Jean-Louis Bérot, le demi d’ouverture aux 21 sélections en Bleus, entre 1968 et 1974. Pour l’ancien président de Dax, la force du club est que plusieurs générations se sont côtoyées sur le terrain, créant une forte émulation. Jean-Pierre Bastiat, international à 32 reprises, de 1969 à 1978, voit une explication dans les traditions sportives des Landes, notamment taurines. « Il faut savoir qu’ici, tout le monde jouait au rugby sur les places publiques ou dans les cours de récréation, se remémore le deuxième-ligne. Quand ailleurs on trouvait un bon, ici on en trouvait cent. La sélection était donc très dure et seuls les meilleurs continuaient. »Malgré tous ses héros, Dax n’a jamais réussi à être champion de France. « Beaucoup d’entre nous ont tout gagné, même le grand chelem, et ça reste mon grand regret, plus pour la ville que pour moi », se désole encore Jean-Pierre Bastiat. Mais le pire reste la demi-finale perdue contre Toulouse, en 1996. « C’est rageant, parce qu’on avait une équipe superbe avec Ibañez, Roumat, Rodriguez, Magne, Dourthe, et tous ces jeunes d’alors ont explosé, mais dans d’autres clubs », se souvient cruellement Jean-Philippe Coyola, alors entraîneur adjoint d’un certain Jacques Ibañez, le père de Raphaël. Il ne reste plus à la grande famille dacquoise qu’à attendre « que ce club mythique retrouve ses heures de gloire, ce qui ne saurait tarder » ainsi que l’augure Raphaël Ibañez.

Jean-Louis Aragon *

Journaliste au Monde de 1994 à 2011, Jean-Louis Aragon est mort des suites d’un cancer, le 3 novembre 2023, à Pons (Charente-Maritime), à l’âge de 71 ans. Né à Pau (Pyrénées-Atlantiques) le 19 mai 1952 dans une famille originaire de Jaca (dans la communauté autonome d’Aragon, en Espagne), il a suivi des études de lettres modernes à Pau, à Toulouse, à Madrid et à Salamanque, construisant une impressionnante érudition littéraire et artistique. Contrebassiste dans de petites formations de jazz, puis restaurateur, il a abordé le journalisme par la face technique. Il a participé à l’existence éphémère mais intense et innovante du quotidien Le Sport, en 1987-1988, dont plusieurs journalistes, par la suite, ont rejoint la rédaction du Monde. Ce fut son cas, et il collabora largement à la rubrique sports.

Jean-Claude Barens

Photo David Le Déodic.

Commentaires

2 responses to “Bas de tableau, toute une histoire”

  1. Avatar de exactlystrawberryb4bd0decdd
    exactlystrawberryb4bd0decdd

    Danq les internationaux Dacquois, du moins ceux que l’on a vu, toi et moi, jouer, tu aurais également pu citer Azarete, Ugo Mola, Giordani, Begu, Bouet, Laperne etc….

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    1. Avatar de jcbarens

      Je reprends un article écrit par un journaliste du Monde, donc je respecte le contenu de ce qu’il a écrit 😉 même si c’est incomplet …

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