PORTRAIT : Marc Dal Maso, un talonneur à l’honneur

À Escalans, l’aube se lève souvent dans la brume légère des vallons et les couchers de soleil y embrasent un ciel d’un rose orangé. Dans ce paysage de carte postale, le château de Caumale se dresse comme un navire de pierres rousses sur un océan de verdure. Nous sommes là, aux confins du Gers et du Bas-Armagnac Ici, la nature joue une partition à deux visages. Au nord, la forêt landaise, cathédrale de pins maritimes, murmure sous le vent et avec le soleil ardent, nous délivre ses fragrances de résine. Au sud, le paysage s’adoucit et se drape de collines aux sables fauves, où les vignes s’alignent comme les plis d’un manteau de velours.  C’est là, que les Dal Maso, originaires de la région de Brescia en Italie, ont posé un jour leur valise. Le 14 février 1967, Marc vient au monde. Il est le cinquième, d’une fratrie de six. Cette année-là, la grogne sociale monte à travers le pays contre le pouvoir gaulliste, annonçant les prémices des contestations qui exploseront plus tard. L’équipe de France des frères Camberabero se prépare à affronter l’Angleterre dans l’antre de Twickenham. Le capitaine Christian Darrouy, joue sous les couleurs jaunes et noires du voisin montois. Marc va grandir au cœur du Gabardan, terre où le ballon ovale pousse comme les champignons, où chaque clocher surplombe un pré avec des poteaux qui s’élancent vers le ciel. Il sera talonneur, avant d’être à l’honneur. Ce numéro 2 il le portera avec fierté sur les terrains du monde entier. D’abord au stade montois, son club de cœur, avant de rejoindre Agen puis Colomiers, Pau, Perpignan. Trente-trois fois il enfilera le maillot frappé du coq. Je ne vous parlerai pas de son palmarès, long comme un bras d’une bonne liaison en mêlée. Une vision de la mêlée elle-même très terrienne : une histoire d’ancrage, de liens et de poussée collective où l’individualisme n’a pas droit de cité. Un état d’esprit forgé dans le combat et l’altruisme. L’âge de la retraite de joueur ayant sonné, les crampons ne resteront pas rangés bien longtemps. C’est vers le terrain qu’il revient naturellement pour partager ce qu’il a appris. Là encore, le parcours est saisissant : Limoges, le stade montois, Toulon, Brive et le Japon. Son expertise de la mêlée est reconnue dans le monde entier. C’est un taiseux, peu enclin à venir pérorer dans les phares de la médiatisation. Cependant, en 2015 il brise le tabou autour de sa maladie de Parkinson, et fait preuve d’une humanité bouleversante. En reliant publiquement ses maux aux commotions de sa vie de joueur, il n’a pas cherché à s’apitoyer, mais à protéger les générations futures, tout en laissant les spécialistes en tirer des conclusions documentées. Ce courage de se montrer vulnérable dans un milieu parfois marqué par le culte de l’invincibilité témoigne d’une profonde bienveillance envers autrui. Malgré la lourdeur de la maladie et une importante opération cérébrale, il a continué à partager sa passion sur les terrains aussi longtemps que possible grâce à des aménagements de poste. Pour lui, entraîner était un devoir de transmission, une manière de rendre au rugby ce que la vie lui avait donné, en plaçant toujours l’homme au centre du projet sportif. Mais Marc a les Landes comme boussole. Son passage à l’US Dax entre mai 2022 et mai 2025 restera un formidable exemple de résilience et d’humanisme. Sollicité par Jeff Dubois, il rejoint le staff landais en mai 2022. Ainsi chapeautée, la mêlée dacquoise devient l’une des plus performantes du championnat, participant à propulser le club de la Nationale à la Pro D2. Malgré les tremblements et la fatigue imposés par la maladie, il se place au cœur du pack, ajustant un placement d’épaule ou corrigeant un angle de poussée d’une simple pression de la main, n’hésitant pas même à grimper sur l’édifice pour en mesurer la solidité. Sachant que sa santé ne lui permettait plus d’assumer l’exigence du quotidien, il tire sa révérence le 16 mai 2025. Jeff Dubois savoure d’avoir pu travailler avec lui jusqu’au bout. « C’est une autre fierté que je garderai, que notre club ait permis à ce grand homme de conserver une place dans ce rugby professionnel tellement ingrat et intraitable »

Jean-Claude Barens

30/08/24 DAX Rugby Pro D2 USDax contre USMontalbanaise Sylvère Reteau & Marc Dal Maso

Commentaires

2 réponses à « PORTRAIT : Marc Dal Maso, un talonneur à l’honneur »

  1. Avatar de patrolsensationally2a6ecead13
    patrolsensationally2a6ecead13

    Un formidable joueur et un homme d’une grande gentillesse une personne simple et d’une extrême compétence , un super mec !!!

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  2. Avatar de Claude Juliette Fevre
    Claude Juliette Fevre

    C’ est un réel bonheur, Jean- Claude, de te lire… Ce regard qui est le tien, partagé entre ta sensibilité pour cette nature que tu nous restitues dans ses lumières et ses couleurs, et ton goût des hommes de combat que ta plume honore. Simplement merci ! Bises Claude Juliette

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