Une équipe peut difficilement être appréhendée de façon ponctuelle, hors du contexte et hors de son évolution dans le temps. Elle possède un passé, un présent et un futur. Le mot équipe viendrait trouver sa source au moyen-âge et proviendrait du mot esquif, qui signifie petite embarcation. Puis par extension, le mot désigne les occupants, que l’on retrouve dans le terme équipage. Quand notre embarcation rouge et blanche fut mise à l’eau dans le monde professionnel à l’été 2023, rares étaient celles ou ceux qui ne prédisaient pas un naufrage imminent, même si la navigation dans les eaux agitées du championnat de Nationale avait été des plus brillantes. Tout le monde sait que le sport à un certain niveau, devient un monde d’urgence. Celui de l’urgence de la performance. Les voiles hissées, le Capitaine de Vaisseau qui avait ramené son équipage dans les eaux du rugby pro, est sur le pont avec ses seconds Les amarres sont larguées, avec de sacrés matelots sur le rafiot. Lolo, Néphi, Ratu, Jope, Sam, ça fait du poids accroché au bastingage ! Et je ne vous cite pas les autres valeureux marins, dont certains naviguent au club depuis plusieurs années, sans parler d’autres capables de vous faire franchir la Barrere de corail au sortir du vestiaire. Après un léger tangage au démarrage, l’embarcation trouva son rythme de croisière, paraissant même parfois insubmersible. Plusieurs mois de bonheur pour nous qui suivions ce groupe qui avait le vent en poupe, et qui nous offrait des régates à régaler les plus sombres prédicateurs. Des années que nous attendions ce renouveau. Toutes voiles dehors jusqu’à la fin de l’hiver 2025, où un temps plus incertain s’installa. Parfois de la brume et du gros grain, comme peuvent le vivre toutes les armadas ovales à un moment de leur saison. Toutefois de gros nuages noirs s’accumulaient avec insistance. Fatalement, la tempête éclata. Violente. Le Capitaine de Vaisseau et ses seconds furent débarqués sans ménagement, après avoir fait du club une figure de proue d’un rugby résistant à la puissance des gros armateurs, en pariant sur la formation de jeunes mousses. La capitainerie dirigeante, par sa compétence limitée, son honnêteté relative, et ses soubresauts mensongers, est venue ternir l’image d’un club fraichement réhabilité sur le plan sportif. La punition tomba, et les points soustraits coulèrent à flots. 14 unités. De quoi vous arracher les haubans. Une nouveau Capitaine de Vaisseau expérimenté arriva avec ses seconds. Il fallait affronter le gros temps. La cohésion du groupe s’avérera capitale. 30 matelots, déjà présents à l’été 2023 embarquent pour une traversée de tous les dangers. Ils se connaissent bien, ont appris à jouer ensemble, ont navigué souvent sur des mers d’huile, connu des joies intenses malgré une fin d’escale plus mouvementée. Ils affrontent aujourd’hui des vents contraires d’une rare intensité. La cohésion d’un groupe ne forme pas un tout homogène, monolithique. L’équipe au contraire est organisée, et comporte un minimum de différenciation entre les individus qui la composent. Cet héritage collectif est un bien précieux, que le nouveau Capitanat va savoir gérer avec efficacité et sensibilité. Un sujet reste fondamental dans la vie d’un groupe : les émotions. Oui, le stress, la peur, la jubilation, l’anxiété face aux fluctuations et la joie font partie de ces moments forts qui ponctuent son existence commune. Ces éléments sont le moteur, l’énergie d’une équipe qui en a besoin pour survivre. Le sentiment d’injustice est un levier puissant qu’il faut savoir actionner. Aujourd’hui le bateau n’est pas loin d’arriver au port, avec cette formidable mission du maintien, quasiment accomplie. L’environnement dirigeant semble aussi avoir trouvé une boussole. Que peut-on souhaiter de mieux qu’un retour à l’apaisement et à une gestion saine. J’avais écrit, à l’ouverture de ce blog, que je souhaitais être une vigie et à ce titre je trouvai important de revenir sur l’histoire de ces courageux marins, mais aussi sur celle de ceux qui ont contribué à forger leur état d’esprit, et leurs engagements dans le temps. Et comme le dirait le conteur Henri Gougaud : « On n’oublie jamais ce qu’on aime ». C’est la grande différence entre des acteurs impliqués, qu’ils soient joueurs, partenaires, supporters ou dirigeants et des consommateurs, qui jettent le vendredi avec un grand mépris, ce qu’ils ont adoré le jeudi.
Hisse et haut matelots, et bravo !
Jean-Claude Barens

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